INDIE EYE

INDIE EYE - Amateur porn star killer 3

Snuff à la coke

Remis sur le devant de la scène par les succès successifs de Témoin muet (Anthony Waller), de 8mm (Joël Schumacher) et de Tesis (Alejandro Amenabar), le snuff movie reste plus que jamais un tabou inavouable, même dans les milieux les plus pervers de la pornographie brute et crasse. Pourtant, ces uniques plans-séquences filmés de manière instable au fond d’une cave continuent d’alimenter les légendes urbaines et de hanter les marchés clandestins de la vidéo pour trouducuteux en quête d’extrême. Evidemment, le cinéma d’exploitation horrifique ne pouvait passer à côté du phénomène et les pellicules comportant de pseudo meurtres et de vraies exécutions animales pullulent sur les rayons empoussiérés des vidéoclubs insalubres. Plus grand exemple, la série des Guinea pig a fait son chou gras de ces fausses mises à mort aux détails anatomiques macabres. Plus accessibles et moins onéreuses, les plate-formes vidéo regorgent de morceaux amateurs présentant tantôt des lynchages publics, tantôt des exécutions écoeurantes (Nick Berg et Saddam Hussein, en tête) tantôt de vagues humiliations de rues tout aussi abjectes puisqu’elles flirtent avec une semblable soif de voyeurisme.

Conscient de ce changement de mentalité, le réalisateur Shane Ryan réalise en 2007 son premier long-métrage, intitulé Amateur porn star Killer, plus connu sous l’acronyme APSK. Complètement amateure, la bande propose un spectacle extrêmement réaliste qui s’inscrit complètement dans la lignée du snuff puisque l’essentiel du métrage offre en pâture une jolie donzelle qui entretient un dialogue avec un caméraman invisible qui l’insulte, l’humilie et la châtie à tour de bras. Une œuvre qui se veut le reflet d’une société en pleine dérive qui salive devant l’intensité de l’expérience, une main dans le caleçon, tout en vêlant, l’autre poing tendu, sa haine à l’égard des téléréalités et des journaux à scandale. Depuis la création d’Internet, les vidéastes amateurs qui mettent en avant les galbes de leur chérie ou d’obscures inconnues a décuplé et la crédulité des futures stars de l’écran ne cesse d’atteindre des abysses devenues depuis insondables. Amateur star porn killer, malgré sa construction lassante, possédait au moins ce mérite de révélation, tout en entretenant une impression de réalité d’autant plus efficace que la pellicule ne se voyait jamais obscurcie par des effets gore outranciers. Malgré un succès quasi immédiat sur la Toile, le film de Shane Ryan ne trouve dans un premier temps pas de distributeur pour le marché DVD auquel l’œuvre était pourtant initialement destinée. Injustement estampillé porno (l’érotisme ne dépasse pas le cadre d’Aphrodisia) ou étiqueté horreur (autant de sang déversé que dans le Massacre à la tronçonneuse de Hooper), Amateur porn star killer franchit finalement doucement le cap, au point qu’un deuxième volet soit mis en chantier courant 2008. Un deuxième volet qui explore plus profondément encore le personnage de la séquestrée au détriment de l’inaltérable "tueur invisible" incarné par le réalisateur.

Invariablement, des actrices inconnues et inexpérimentées, des connaissances du cinéaste, relèvent le défi proposé par Shane Ryan et subissent ses outrages durant quelques heures non-stop sous l’œil avide de la caméra qui continue de tourner quoiqu’il advienne. Aux Michiko Jimenez et Kai Lanette des deux premiers opus succède, pour cette nouvelle cuvée 2009, l’actrice adulte professionnelle Regan Reese, vue dans une cinquantaine de films de boules auparavant. Une véritable aubaine pour Ryan, alors en plein désarroi devant le refus perpétuel d’actrices qui craignent que la pellicule nuise à leur image. « Cela prend deux heures de tourner un de ces films mais des mois pour trouver des gens qui veulent y figurer » avoue le réalisateur, bien conscient de la difficulté de l’entreprise et de la bizarrerie du projet pour les néophytes. Car son étiquette de « spécialiste du viol » lui colle à la peau et l’idée de rester enfermée pendant des heures dans une pièce avec un tel « obsédé », qui simule viols et corrections et tourne en rond, sa caméra à l’épaule ne réjouit généralement pas les postulantes. Le déclic aura finalement lieu lors d’une partie Troma au cours de laquelle Ryan rencontre le producteur Ron Jeremy qui le met en contact avec Matt Zane, autre messie du cinéma adulte, lequel lui présente Regan Reese.

Cerise sur la gâteau, la jeune actrice aux formes ravageuses figurera également dans le dernier volet de la franchise, intitulé Amateur porn star killer 3D. Cette dernière volée se posera comme une parodie de la trilogie dans son entièreté sous forme d’expérience stéréoscopique qui compte sur son gimmick du relief pour engranger un beau score au niveau des ventes (les lunettes accompagneront le DVD). Le voyeur n’aurait-il donc pas encore tout vu ?

INDIE EYE - Distortion

Cinéaste en roue libre

George, un monteur de vidéo lambda, découvre des images effarantes sur son poste de télévision : plusieurs personnes sont assassinées par un tueur mystérieux d’une manière assez brutale. A mesure que les images s’intensifient et qu’elles gagnent en clarté, le héros découvre que l’assassin n’est autre qu’un tueur surnaturel, revenu d’outre-tombe pour liquider les futurs soldats de la lutte entre le Bien et le Mal. Sauf que, pour pouvoir les estourbir en toute impunité, le sadique doit s’exécuter avant que ses victimes ne soient au courant de leur engagement futur. George est désormais le seul à posséder la clé de l’intrigue et à pouvoir enrayer cette vague de meurtres…

Ancien routinier du cinéma indépendant qu’il fréquente depuis plus de dix ans (il a notamment réalisé, écrit et monté Drop Off, un thriller fauché dans lequel apparaissait Reggie Bannister, l’acteur fétiche de Don Coscarelli), Richard Diaz réalise avec Distortion son premier film sang pour sang indépendant qui ne comptera au générique que celui du casting et … son propre patronyme. Producteur, metteur en scène, scénariste, monteur de sa propre pellicule, Diaz cumule les fonctions et s’en réjouit. « Je sais que je n’ai personne en train de regarder par-dessus mon épaule, le fouet à la main, pour regarder la manière dont je monte mon film. Techniquement, je pourrais mettre cinq ans à le monter. Mais je veux me fixer une limite. », explique-t-il afin de mettre en avant la liberté totale qu’il s’est lui-même fixée. Une liberté qui ne comporte pas que des avantages. Tourné en lieux réels, le film accuse lors du tournage quelques retards dus aux conditions du plateau « bricolé » à la hâte : la première scène shootée prend place dans un bar aux heures d’ouverture et il faut, pour le cinéaste, calculer habilement chacune des prises pour que les bruits extérieurs (clients qui bavardent, sonneries du téléphone) et les mouvements des clients ne viennent pas polluer ses rushs. "Les plus grandes difficultés de créer un film intégralement indépendant sont les plus logiques : le temps et l’argent. J’ai réalisé ce film avec l’équivalent de ce qu’un blockbuster peut dépenser en bouffe sur une seule journée. Evidemment, le temps, c’est de l’argent : il y a des choses que je n’ai pas pu tourner ou que j’ai dû minimiser étant donné que je n’avais pas le temps de les tourner."

Le projet s’étale en tout sur six années. En 2003, Diaz commence à coucher les premières idées sur papier et entre en pré-production dès l’automne 2007. Suit l’étape du casting qui prend quelques mois et est complètement finalisé en mai 2008. A l’affiche, que des inconnus dont c’est pour la plupart, la première apparition à l’écran (seul Shon Lange, le tueur de l’œuvre, a déjà œuvré dans deux petites productions auparavant). Tourné à la hâte à Chicago (à l’exception de quelques shoots dans l’Indiana) dans des emplacements réels, le métrage accapare l’essence même de la métropole et utilise adroitement ces mises en scènes réalistes sans pour autant se coltiner l’apanage habituel des œuvres indépendantes aux budgets faméliques. Soigneux et minutieux, le réal filme en HD à l’aide d’une Panasonic HVX200 et retouche ensuite son image, tel un puriste, afin de ne laisser transparaitre aucune trace attestant de la pauvreté financière de l’ensemble. Epurée de tout amateurisme pictural, la pellicule a d’ailleurs tapé dans l’œil de Fangoria qui en a présenté le trailer au prestigieux Week-End of Horrors. Actuellement en post-prod’, le métrage devrait connaître une sortie en DTV aux States avant d’arriver sur notre continent avec quelques mois (ou années ?) de retard. A suivre…

LE TRAILER

INDIE EYE - Camp kill

Les jolies colonies de vacances...

« Les jolies colonies de vacances » chantait gaiment Pierre Perret, comme prémisse avantageuse à la réalité, moins rose et jolie que prévu. Par l’entremise de l’expérience enfantine, Perret dressait un constat éloquent : les colonies en question sont le lieu de toutes les atrocités pour un marmot innocent qui y courtise les premières minettes, pisse et défèque en pleine nature et subit les brimades de chefs de colo omnipotents. Lieu béni pour les dégommages en bonne et due forme d’enfants prépubères et d’adolescents acnéiques, ces camps d’été, sorte de mélange poisseux entre des camps de concentration et un pitoyable EuroDisney, n’ont cessé d’être exploités dans le genre horrifique. Du camp de Cristal Lake cher à Jason Vorhees à l’Arawak de Sleepway camp en passant par celui de Carnage (The Burning), le combat est le même : une tripotée de jeunots, explorant nocturnement les parties génitales du sexe opposé, se font dézinguer par un psychopathe sanguinaire.

Fervent admirateur des slashers des eighties, Nate Hainley reprend une recette similaire pour son premier long métrage « pro » et renvoie ainsi à l’âge d’or du cinéma d’exploitation, époque où les réalisateurs usaient de tous les moyens possibles et imaginables pour susciter, chez leurs spectateurs, un féroce mélange d’inquiétude et d’amusement. A coups de sexe sadique et écoeurant et de blagues potaches inoffensives, Hainley entrevoit la nostalgie de l’enfance à travers le prisme d’un kaléidoscope ensanglanté. Une façon de dédramatiser une mélancolie bien réelle : « Nous faisions du canoë », raconte le réalisateur, « des feux de camp et nous racontions des histoires de fantômes. Je n’oublierai jamais cette expérience. C’était un grand moment. » Avant de terminer sur une note moins édifiante : « Mais les camps d’été réveillent l’animal qui est en nous : vous êtes en pleine nature et vous revisitez vos origines de primate, sans parler des filles qui passent leur temps à bronzer. » Emulsion de testostérone et bestialité totalement en phase avec le tueur assoiffé de sang, planqué dans les bosquets pour mieux surprendre ses victimes.

Fan de la première heure des films d’horreur, Hainley n’est pourtant pas un amoureux du gore qui tache et du sexe sirupeux. Son attention se porte surtout et avant tout sur l’atmosphère qu’il désire aussi tendue qu’un string et aussi poisseuse que les fesses de Maité sous un soleil de plomb. Un soleil qui s’est fait attendre et qui a contraint le cinéaste à repousser son tournage, initialement prévu en 2007. La météo, tout comme une écriture plus longue que prévue, fut l’un des aléas traditionnels de cette pauvrette production que l’auteur affectionne. Cumulant les postes de réalisateur, scénariste, producteur, monteur, chef opérateur et responsable des effets spéciaux, Hainley jouit de sa liberté totale et ne manque pas de souligner à quel point budget famélique rime avec créativité et originalité. « Tout ce dont vous avez besoin, c’est d’une bonne idée, d’une caméra, d’un casting sérieux et de plus d’un tour dans votre sac. » Question casting, le réal’ a d’ailleurs débauché une fine équipe aguerrie aux prods indie parmi lesquels figurent la séduisante Rachel Grubb, la non-moins intéressante Scarlet Salem et Landyn Banx, trois acteurs déjà réunis dans Tales of the Dead et Terror Overload, deux péloches horrifiques flirtant déjà avec le slasher flick.

Actuellement toujours en phase de production, Camp kill devrait décourager une nouvelle fois la jeunesse de se terrer dans des camps estivaux. Ou comme le résume la tagline : « Live. Camp. Die. »

INDIE EYE - The Crypt

Chasse aux trésors souterraine

Depuis le déjà cultissime The Descent de Neil Marshall, sorti en 2005 et provoquant un engouement énorme auprès des fantasticophiles de la planète entière, nombre de cinéastes tentent tant bien que mal, à coups de budgets réduits, de profiter de la vague initiée par l’Anglais. Alors que Osunsanmi Olatunde fut le premier à se planter dans le sillage de Marshall avec son dispensable et crétin The Cavern, un autre réal du pays de l’Oncle Sam va tenter sa chance en envoyant ses héros tout droit dans les entrailles de notre belle planète : Craig McMahon.

A ce titre, le cinéaste lui-même ne dément pas que l’inspiration lui est venue « en regardant The Descent et, aussi, en étant intrigué par The Cave, The Cavern et autres œuvres horrifico-souterraines. » Cette information, qui n’est pas de nature à rassurer les fans du genre, est néanmoins tempérée par un pitch un brin plus original que les simples copiés-collés de l’œuvre de Marshall. The Crypt prend place dans les catacombes d’une ville où six délinquants pénètrent en plein nuit pour y dérober bijoux et or, cachés durant la Grande Dépression. Malheureusement pour ces gros durs, l’aspect labyrithique des lieux n’est rien à côté d’habitants avides de chair humaine.

S’il est certain que The Crypt ne risque pas de révolutionner le cinéma de genre, son ancrage historique pourrait rendre le propos un peu plus lourd de sens. McMahon compte en tout cas jouer « sur l’obscurité et l’aspect claustrophobique de l’endroit où se déroule l’action » car il a « toujours été intéressé par les lieux suffocants » mis en image dans les œuvres précitées. Et pour ce qui est des occupants des catacombes, là aussi le cinéaste a tout de suite eu une idée précise de ce qu’il désirait. « Les criminels trouvent les habitants des lieux qui sont un mélange entre fantômes et zombies, qui protègent leurs richesses. Le film commence dès lors comme une chasse aux trésors avant de se transformer en un survival.Le but était de rendre le décor aussi dangereux que les habitants des lieux. »

Les criminelles, essentiellement de sexe féminin, vont donc avoir du mal à se sortir de ce mauvais pas, d’autant que toutes les actrices employées à cet effet sont des… quasi-néophytes. Qu’à cela ne tienne, McMahon est sûr de son fait : les donzelles « ont fait tout leur possible et ont donné le meilleur d’elles-mêmes. C’était un véritable challenge. »

McMahon paraît dès lors confiant, d’autant que, depuis cinq ans, ce jeune réal est distribué par Lionsgate. Il faut repéré à l’occasion de « Machined et ensuite, Lionsgate a, à chaque fois, travaillé avec moi pour la distribution d’Orville, de SportKill et Machined 2 ». Preuve s’il en est que la firme a confiance en lui, The Crypt est sorti dans quelques salles américaines le 25 juin dernier, entraînant quelques échos laissant entendre que le résultat final était passable.

Cela devrait donc encourager un cinéaste qui pense déjà à la sortie DVD de The Crypt, dans laquelle il y aura notamment les scène coupées. « Je ne voulais qu’on les fasse figurer sur le DVD mais les distributeurs ont affirmé qu’ils en avaient besoin. Vous pourrez notamment découvrir en détail l’endroit fort particulier dans lequel on a tourné. Ca, ça vaut vraiment la peine ! »

En plus de cette sortie, très attendu par les amateurs de fiilms un brin fauchés, Craig McMahon s’attèle désormais à d’autres projets par le biais de sa firme Post Reel Pictures. « C’est ma compagnie, je l’ai créée parce que les autres réals avaient besoind’une firme qui travaillait sur la post-production de leur œuvre. Post Reel Pictures s’occupe ainsi notamment de montages, de trailers, de CGI,… » Bref, McMahon est un vrai touche à tout, un passionné qui, espérons-le, a tout donné avec son The Crypt. Si l’originalité ne devrait pas être au rendez-vous, le résultat visuel semble en tout cas satisfaisant. A quand une sortie européenne pour The Crypt ?

(Propos recueillis par Mae-Nak)

LA BANDE-ANNONCE

INDIE EYE - Ghost house et The coffin

Louisiane : deux pour le prix d’un

Lieu de villégiature privilégié des admirateurs des oreilles de Mickey, la Floride est également un berceau reconnu pour le cinéma depuis la naissance de Jacksonville. Aujourd’hui essentiellement prisé pour son climat subtropical ainsi que pour ses installations balnéaires et astronautiques, l’Etat pullule en talents potentiels qui s’unissent et pactisent afin de coucher sur pellicule leurs fantasmes éhontés.

La production Glass Asylum témoigne de cette volonté de donner leur chance aux réalistes en herbe, nourris au téton bien ferme et à l’horror flick dégoulinant d’hémoglobine. Rory T. Penland, scénariste de Deadly species, récidive dans le domaine de l’horreur en scénarisant et réalisant Ghost house, une histoire de maison hantée (comme l’indique son intitulé) tout ce qu’il y a de plus traditionnelle, enrobée dans un style documentaire. Auteur de quelques scénarii d’animes (parmi lesquels trône le Dr Piranha auquel il a donné vie lors de représentations au festival de Floride) et de nouvelles vampiriques, Penland enfile le dossard du first-time director et offre sa version personnelle du lieu fantomatique.

En mai 2001, un medium reconnu tient une séance de spiritisme dans une véritable maison hantée, située sur la côte de la Floride. La séance tourne au drame et toutes les personnes qui ont osé franchir le seuil de la maudite bicoque se voient transformés en chair à pâté. Deux ans plus tard, une équipe tente de réaliser un documentaire sur le tragique charnier. Composée d’un réalisateur, d’un scénariste, d’un professeur, d’un medium, d’un chasseur d’esprits, de deux cameramen, d’un technicien-son et de deux étudiants, l’équipée entend éclaircir le mystère et expliquer au mieux le déroulement de cette nuit fatale. Mais, à mesure que l’aiguille de l’horloge se rapproche de minuit, les corps continuent de s’amonceler…

Ghost house s’appuie donc un script d’une banalité exemplaire que le cinéaste entend contrebalancer en imprimant la rétine du spectateur avide de sensations fortes. D’ailleurs, avec une ironie difficilement perceptible, qualifie-t-il son travail d’ « expérience choquante » pour ceux qui se risqueraient à le regarder jusqu’au bout. Actuellement en recherche de distribution (et toujours pas présent sur IMDb), Ghost House sent la bande gentiment Z filmée avec un sérieux qui confine à l’austérité, source d’hilarité privilégiée des potes de chambrée gavés à l’alcool de cerise. En un mot, une expérience inoubliable…

Au style « reality show », The coffin préfère le non-style gonflant de la fable serinée par une voix-off omnisciente. Réalisée par les néophytes Mickey M. Bonura (qui est apparue dans Dracula 2000 et The Waterboy) et Daniel H. Ingraham (responsable du maquillage du Deadly species précité et acteur de Zombies ! Zombies ! Zombies), la pellicule retrace l’histoire, depuis ses origines, d’un cercueil construit en pin (alors que le chêne redevient abordable) qui est le berceau de nombreuses malédictions. A l’origine dernière demeure d’une sorcière brûlée vive, la bière devient tour à tour porte d’entrée du royaume des vivants pour une poignée de zombies, une boîte maléfique pour plusieurs jeunes et lieu de repos d’un vampire. Et papy Mad Jake de conter l’historique complet de cet amas de planches maudit à la petite Bobbie Sue qui, l’œil hagard et l’air hébété, phagocyte les fabuleuses histoires de son conteur d’un soir.

Musée d’histoire de la bière grandeur nature, The coffin possède les atours d’un guide touristique (peu enchanteur, il est vrai) du Southland puisque le récit vagabonde dans toute la Louisiane, peuplé de figures connues de l’horreur. Se bousculent ainsi dans le casting Scott Schwartz (A Christmas story), James Hampton (Teen wolf), Brinke Stevens (Hybrid et le futur remake du Plan 9 d’Ed Wood), la scream queen Kimberly L. Cole (vêtue pour l’occasion en gothique), Mike Christopher (le zombie Hare Krishna du Dawn of the dead romerien) et, potentiellement, Lloyd Kaufman (qui devient itinérant puisqu’on le verra également dans le Ouvert 24/7 de Vettier et Paya).

The coffin stagne quant à lui dans sa phase de pré-production et attend que de charitables âmes investissent à son endroit. Et, pendant ce temps, des millions s’écoulent pour un nouveau Transformers. Triste monde...

LE TRAILER DE GHOST HOUSE

INDIE EYE - Nun of that

Pray for your death

Dans le registre « genre poussés à leur paroxysme », Richard Griffin tape très fort. Signataire de quelques délires bis tirant sur le Z (Pretty Dead things, Necroville), Griffin exploite cette fois le filon de la « nunsploitation », sous-genre méga-codifié qui a accouché de quelques délicieuses bandes parmi lesquelles le mexicain Satanico pandemonium ou le rital Malabimba, deux films qui bafouent avec allégresse le politiquement correct en compilant de nombreuses séquences voyeuristes et violentes, qui détonnent forcément avec un environnement inondé de signes et symboles religieux.

Nun of that délaisse les habituelles tortures infligées à une bande de nonnettes en chaleur et adopte un contrepied vachement intéressant, transformant la nonne en un vigilante revanchard qui revient régler ses comptes sur Terre. Abattue dans une allée, la sœur Kelly Wrath monte au ciel et y reçoit l’entrainement de certaines grandes figures de la mythologie religieuse (Bouddha, Moïse, …). Elle est ensuite renvoyée sur Terre où elle rejoint l’Ordre des Habits noirs, un groupe de nonnes vengeresses qui sont au service du Tout-puissant… Suivant l’exemple des extrapolations grindhouse de Rodriguez et Tarantino, Griffin s’est d’abord attelé à proposer de ce projet foldingue une fausse bande-annonce :

Devant l’engouement des internautes et du public face à ce trailer caricaturant à l’excès le genre traité, Griffin mit en route la machine pour que le projet devienne un long métrage dans lequel une myriade de religieuses high tech (l’habit de laine est troqué contre des équipements en latex, héritage d’un fétichisme de plus en plus présent dans le genre). Aujourd’hui en post-production, Nun of that comporte une affiche pour le moins alléchante puisque se bousculent au sein des castings les fidèles ouailles du cinéaste indépendant (Sarah Nicklin et Alexandra Cipolla, déjà présentes dans Beyond the Dunwich Horror et Splatter Disco du même réalisateur) et quelques gloires du cinéma de genre comme la scream queen Debbie Rochon (Poultrygeist, Chicago Massacre) ou le Pape du ciné indie Lloyd Kaufman (également à l’affiche de Poultrygeist, son propre film et d’Ouvert 24/7) qui, par analogie, interprète le rôle du Pape… catholique (et non cathodique).

Parachevant une peinture très crue des béguines entamée depuis longtemps déjà, Nun of that leur colle cette fois entre les mains des flingues phalliques et termine de détruire le semblant de moral qu’il leur restait en les propulsant au centre de gunfights destructrices. Un film bad-ass en somme qui égraine un à un chacun des éléments propres au genre au prix d’une parodie assurément jouissive.

LE TRAILER OFFICIEL

GALERIE PHOTOS

INDIE EYE - Lynch Mob

Quand les zombies s’attaquent à la mafia...

Quel rapport entre des parrains de la mafia et des morts-vivants ? A priori aucun. Pourtant, ces deux communautés, qui n’ont en commun qu’un insatiable amour du sang et un fumet pestilentiel propre à la chair en putréfaction, partagent l’affiche d’une petite pellicule indépendante made in US intitulée Lynch Mob (littéralement, le gang des lyncheurs).

Weasel, balance invétérée qui a fait d’importantes révélations au FBI à propos du clan Giavanni, famille de mafieux réputée pour ses méthodes expéditives, bénéficie du programme de protection des témoins et espère couler des jours paisibles dans la petite communauté de Lynchburg, village engoncé dans le sud de l’Amérique qui ne compte qu’une minorité d’âmes. Mais ce bled en rase campagne recèle un secret inavouable : il est frappé par une malédiction séculaire qui a condamné les citoyens à se repaître des touristes égarés. En apparence paisible, ce lieu de villégiature prétendument idyllique est en réalité le pendant de l’Enfer sur Terre et Weasel et les mafiosi qui le traquent vont l’apprendre à leurs dépens.

Roulez genèse

La genèse du projet diffère selon les géniteurs. Chacun y va de sa petite légende pour édifier autour de l’œuvre un nébuleux mystère. Toujours est-il que si le producteur John J. Cornetta, magnat de l’industrie du sexe (il est le propriétaire de dizaines de compagnies dans le domaine comme Xcitement magazine et le Stroerotica Tradeshow), affirme que chacune des idées découle de recherches opérées sur Google, recherches destinées à déterminer quels étaient les pôles les plus vendables (les réponses sont sans appel : sang, meurtre, sexe, horreur et mafia), le lien tissé entre le milieu mafioso et celui du film d’horreur résulte principalement du casting opéré par la production. Paul Borghese, ami d’enfance de Cornetta, est le premier guest à rejoindre l’équipe. L’effet boule de neige ne se fait pas attendre : Paul contacte l’une de ses connaissances, l’acteur Tony Darrow. Surtout connu pour son rôle de proprio du resto dans Les Affranchis de Martin Scorsese, cette gueule mafieuse s’est aussi illustrée dans la série Les Sopranos essentiellement centrée sur ce milieu porteur de talents de la gachette. Face à cette prolifération de mafiosi, la production se doit d’opter pour un cap particulier et d’incorporer un gang mafieux au sein du chaos anthropophagique qui règne à Lynchburg.

Vendre l’invendable…

« Quand La nuit des morts-vivants rencontre Les Sopranos » indique le trailer avant d’ajouter que la fin est tellement incroyable que personne ne peut la sentir venir (« An incredible ending you won’t see coming »), deux taglines évocatrices censées charmer un public assez ingénu pour gober de telles balivernes. Le prosélytisme publicitaire façon n’a pas évolué d’un iota depuis des décennies. La formule est simple, directe : il s’agit de présenter le produit comme le meilleur depuis du millésime afin de drainer dans les salles une majorité d’amoureux du genre ou de devins de pacotille, persuadés de l’impact de cette nouvelle simili-révolution. Mieux, optant pour le principe « kingien » du marketing (des tas de séries B possèdent sur leur cover une appréciation du maître de l’horreur), la promo de Lynch Mob se pare de messages attractifs déclarés par des membres de l’équipe du film, procédé vachement casse-gueule s’il en est. Ainsi, le réalisateur du métrage argue-t-il que son film est l’un des « Meilleurs films d’horreur de l’année » ou encore « Destiné à devenir un classique » seriné par Tony Darrow, l’un des acteurs principaux.

Autant de déclarations douteuses qui desservent plus la pellicule qu’elles ne la servent, tandis que la restriction imposée par la MPAA (classement R pour violence et sexualité abusives) pourrait séduire les fanas du trash et de l’horreur séminale. Lynch Mob surprend par sa capacité à cultiver la contradiction de bout en bout en s’empâtant dans l’auto-éloge et en se réjouissant des filtres de la censure...

TRAILER

INDIE EYE - The violent kind

Une nouvelle fournée de barbaque signée Butcher brothers

Mitchell Altieri et Phil Flores, les faux frangins qui composent le tandem des Butcher brothers, s’étaient fait remarquer grâce à leur second film commun, The Hamiltons, leur premier essai intitulé Long Cut ayant fait l’effet d’un pavé dans la mare. Fauché comme pas deux (le budget avoisine les 100 000 dollars, de quoi payer le café pour les acteurs du Choc des Titans), The Hamiltons marque par son réalisme carnassier, ancrant son action dans un foutoir anonyme où vit une famille de dégénérés qui pourraient bien être nos voisins, pour peu qu’on crèche loin des quartiers résidentiels de Desperate housewives. Minimaliste mais terriblement efficace, la pellicule des Butcher bros tire indéniablement profit de son budget resserré et de ses moyens logistiques limités qui lui valent une pluie de critiques élogieuses et de sélections en festivals.

Prompt à pervertir les cinéastes les plus prometteurs (Chris Sivertson se voit refilé le projet I know who killed me), Frank Mancuso Jr., à la tête de la boîte 360 pictures, débauche les réalisateurs et leur confie le remake de Week-end de terreur, slasher de Fred Walton qu’il avait lui-même chapeauté dans les années 80, exploitant le filon du meurtrier anonyme jusqu’à la corde dès le second massacre de Jason Vorhees. Contraints de revoir leur script à la demande de la production, visiblement trop frileuse, les Butcher brothers signent avec Avril sanglant une œuvre dénuée du moindre intérêt. L’aventure hollywoodienne tourne au désastre et le duo part se refaire une jeunesse dans le cinéma indie qui lui a permis d’atteindre un vedettariat mérité.

Leur nouveau projet se pose à la croisée entre leur précédent opus et le délire de Robert Rodriguez, Une nuit en enfer, titre que n’aurait certainement pas usurpé cette nouvelle bande énergique. Produit par Andy Gould et Malek Akkad (à l’origine du Halloween de Rob Zombie) et Jeffrey Allard (exécutif sur les reboots de Massacre à la tronçonneuse), The violent kind (tout est dans le titre) s’attache à une bande de bikers-voyous qui, partis avec leurs pépées faire la fête dans une cabane isolée dans les bois, s’apprêtent sans le savoir à passer une nuit cauchemardesque sitôt que l’une de leurs minettes se voit possédée par un esprit diabolique.

Ce huis clos tendance survival, tourné dans le nord de la Californie, fait d’ores et déjà parler de lui, ne serait-ce que pour sa sélection en compétition au festival de Sundance 2010. Mais également pour son casting, peuplé de trognes connues du cinéma de genre comme la délicieuse Tiffany Shepis (Night of the demons, Zombies ! Zombies ! Zombies !), Taylor Cole (Avril sanglant, Clones) ou encore Cory Knauf, vu dans The Hamiltons des mêmes réalisateurs.

Chroniqueurs

Hellrick

Psychologue, j’ai découvert le cinéma tout gamin et la lecture de Starfix, Mad Movies et Impact a rapidement eu une énorme influence sur moi. Inconditionnel du cinéma gore humoristique des années 80, (...)

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