Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
L’horreur en héritage ?
Vieux de soixante-deux ans, le festival de Cannes ne déroge une nouvelle fois pas à la tradition en accueillant le fleuron d’un cinéma trop rapidement jugé auteurisant. Tapis rouges, montées des marches en costumes de pingouins et flashs des paparazzis, autant d’éléments qui résument à merveille le festival côtier dans l’imaginaire collectif. Pourtant, en raclant un peu la surface reluisante de l’événement, on constate que Cannes constitue bien plus que cette simple farce médiatique. Effectivement gangréné par le syndrome de Peter Paon, le festival constitue avant tout un formidable rassemblement de la profession et une caverne aux trésors du septième art.
Une caverne dans laquelle le cinéma de genre a indéniablement sa
place. Loin de la fermeture d’esprit des Césars, Cannes propose une nouvelle fois quelques pellicules attendues en la matière dans sa sélection officielle. En compétition, le dernier métrage du danois Lars von Trier qui persévère dans sa découverte des genres et revient, quinze ans après L’hôpital et ses fantômes, dans le genre avec Antichrist. Primé de la Palme d’or avec son drame musical Dancer in the dark, le cinéaste revient en terre cannoise présenter ce thriller tendant vers l’horreur. Au départ de l’œuvre, un postulat cinglant : la création du monde incomberait au Diable et non à une quelconque force divine comme essaient de le faire croire toutes les doctrines monothéistes. Dès lors, la Nature, devenue l’Eglise de Satan, perd ses vertus régénératrices et contraint plutôt à la dégénérescence tant physique que psychologique. L’homme (Willem Dafoe, ancien Jésus Christ tenté de Scorsese) et la femme (Charlotte Gainsbourg), heurtés par la perte de leur fils, partent se ressourcer dans une cabane (baptisée Eden) perdue dans les bois. Mais l’état de la nouvelle Eve se dégrade petit à petit et plonge le couple à la dérive dans un cauchemar éveillé…
Autre déconstruction religieuse, Thirst de Park Chan-Wook décrit la lutte d’un homme d’église en proie à une malédiction sanguine. Parti en
Afrique servir de cobaye pour les tests d’un nouveau virus mortel, Sang-hyun, jeune prêtre respecté et aimé, succombe à la maladie. Mais une transfusion sanguine d’origine inconnue le ramène in extremis à la vie. De retour en Corée, le prêtre subit d’importantes mutations physiques et psychologiques : il est devenu un vampire. Faisant suite à sa trilogie sur la vengeance et à sa comédie Je suis un cyborg, le cinéaste coréen revient à des thèmes moins légers et concrétise avec cette péloche un fantasme vieux de dix ans. Centré sur son personnage principal placé devant un dilemme irrésoluble (rester fidèle à sa foi ou tuer des humains pour survivre), Thirst dépeint autant la lente dégression de son héros qu’il ne déstructure le mythe du vampire, pour le coup défiguré par rapport aux archétypes du modèle occidental.
Hors compétition et pour clôturer le festival en beauté, Jusqu’en enfer de Sam Raimi sera présenté en toute fin d’édition. Revenu pour un temps à ses premières amours horrifiques (qu’il avait quittées depuis Intuitions en 2000), le réalisateur américain flirte avec un paradoxe tout aussi singulier que les œuvres précitées puisque l’héroïne du film n’est
autre qu’une femme qui possède littéralement le cœur sur la main. Généreuse et emplie de compassion pour ses semblables, Christine Brown répond incessamment à ses principes altruistes dictés par une morale inébranlable. Pourtant, afin de prouver à son supérieur qu’elle est capable de se durcir, la jeune banquière piétine ces mêmes principes et refuse à une vieille gitane le prolongement de remboursement qu’elle était venue quérir. Privée de sa demeure, la vieille, un brin revancharde, convoque les démons et jette le mauvais œil à la banquière qui voit petit à petit son quotidien devenir un enfer (d’où le titre, malin, hein ?). Le cinéaste a d’ores et déjà indiqué que ce métrage serait moins sanguinolent que ne l’ont été ses trois Evil Dead et qu’il jouerait davantage sur une peur plus viscérale et moins agressive (le PG-13 l’impose).
Gageons que cette soixante-deuxième édition du festival soit placée sous le signe du fantastique et de l’horreur et que le genre, une fois n’est pas coutume, reçoive de jolies lettres de noblesse.
Journaliste, scénariste et réalisateur, je suis tombé dans le chaudron du cinéma fantastique depuis que je porte des couches-culottes et depuis, les soucoupes volantes, les gorilles géants et les (...)
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