Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Poussé par un désir d'aventure et l'envie de se retrouver, un groupe d'amis se lance sur une via ferrata, une voie d'escalade en haute montagne. Pour Chloé, Guillaume, Fred, Karine et Loïc, le vertige des sommets et celui de sentiments enfouis va vite compliquer le voyage, d'autant qu'ils découvrent avec horreur qu'ils ne sont pas seuls... L'expédition va rapidement virer au cauchemar.
Vertige (d’abord titré Ferrata) nous emmène en Croatie où un groupe d’amis (Fanny Valette et Johan Libéreau dans les rôles titres) se préparent à une petite journée d’escalade. Beaux paysages, soleil rayonnant, quelques tensions au sein du groupe (deux ex se retrouvent après quatre ans), mais bonne ambiance tout de même. Ca chante à tue-tête Allright de Supergrass (sorte de fil rouge musical). Mais, première mauvaise surprise la voie Ferrata est fermée. Faisant fi de l’interdiction (nos joyeux lurons ne vont pas s’embarrasser de la consigne croate), la grimpette commence. Et les ennuis avec.
Pont défectueux, ligne de vie interrompue (pour les non pratiquants, dont je suis, ce sont les pitons accrochés à flanc de montagne qui
balisent et sécurisent le chemin), piège à loups, et présence locale inhospitalière. Très vite, l’expédition se métamorphose en chasse à l’homme. Premier long pour Abel Ferry (après des pubs et quelques sketches pour les Guignols), tourné en décors naturels, avec une implication physique des acteurs (très peu de trucages, pas de fond vert), Vertige se présente comme un film ambitieux. La première partie du métrage, malgré une exposition un peu longue, parvient à faire ressentir le malaise des hauteurs et la peur panique du vide. Plans en contreplongée des alpinistes comme suspendus dans les airs, survol des parois rocheuses où, agrippés, ils apparaissent désespérément seuls, fragiles et vulnérables. Ferry filme la verticalité, arrive à faire flipper avec un pont suspendu branlant, à rendre tangible l’idée de vertige. Doublant sa narration avec deux événements dramatiques simultanés (trois personnages qui ont « décroché » et un autre pris dans un piège), le film glisse progressivement de Cliffhanger à Délivrance. La séquence nocturne, grâce à une bonne idée visuelle (noir complet, bruits inquiétants, seuls les flashes d’un appareil photo révèlent la scène) provoque malaise et frousse, tout à la fois.
Malheureusement, la deuxième partie ne tient guère ses promesses.
Autant les extérieurs, par leur beauté et leurs dangers intrinsèques faisaient saliver, autant la découverte de la tanière de l’ennemi coïncide avec un abandon formel trop visible. Les plans deviennent confus,
boursouflés, la caméra épileptique et brouillonne. Les acteurs, jusque là assez sobres, tombent dans l’hystérie. Ca gueule, ça hurle, ça éructe. La musique omniprésente essaie de guider les émotions du spectateur, comme si les images ne suffisaient plus. On est déstabilisé par des incohérences scénaristiques qui ne cadrent pas avec la psychologie des personnages qui nous a été brodée depuis le début (le jeune homme amoureux qui abandonne sa petite amie, la petite amie qui oublie un couteau près du corps du « chasseur » forcément encore un peu vivant…). La volonté de nommer le monstre, de lui donner un visage, une identité nuit à l’abstraction qu’il doit représenter. Incarner le Mal, c’est l’humaniser donc l’édulcorer. Les ultimes minutes, mettant aux prises la proie et le prédateur, frisent le ridicule. La crudité bestiale et sèche, marque de fabrique d’un bon survival cède la place à un salmigondis de mauvaise facture. Vertige perd l’équilibre et oublie alors la différence entre film ambitieux et prétentieux.
Dommage que la tension inaugurale ne tienne pas la distance, dommage que le scénario se disperse aux quatre vents, dommage que l’épouvante tourne au grotesque. Dommage, trois fois dommage.
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