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Interview Jean-Pierre Putters (Dying God)

24 mai 2008 | Par : Damien Taymans

Le pro de la prod...






Peux-tu faire le pitch du film ?

Le pitch punche : L’inspecteur Fallon, flic corrompu et désabusé, enquête sur une série de meurtres atroces, avec l’aide d’un parrain de la mafia dérangé dans ses propres affaires criminelles (Lance Henriksen : Millenium), assisté d’une prostituée au grand cœur (Erin Brown : Spiderbabe) et de Camila, une jeune professeur d’université (Mariana Seligman : Left for dead). Il va devoir lutter contre ses démons intérieurs pour affronter une indicible créature venue du fond des âges et décidée à survivre coûte que coûte. En fait, le sujet participe de plusieurs influences, thriller, fantastique, giallo, etc...

Pourquoi ce choix d’aller tourner en Argentine et cette collaboration avec Buenos Aires Rojo Shocking ?

Pour des raisons de budget, tout d’abord, mais aussi parce que Fabrice, le réalisateur, a des antennes là-bas. Sa femme est Argentine (très belle antenne, d’ailleurs !). Nous avions aussi apprécié notre première expérience avec Buenos Aires Rojo Shocking à l’occasion d’un court métrage titré Le Sang du Châtiment, sorti dans quelques festivals, plus un DVD qui compremait également Insanity, autre court de Fabrice. Et puis les conditions de tournage sont beaucoup plus fluides là-bas, tu peux encore faire du cinoche à l’échelle humaine. Tu cries "action" et, miracle, t’as pas aussitôt trois gus qui se mettent en grève. Au niveau des effets spéciaux, par exemple, le rapport qualité/prix ne peut se comparer à la France (ou à la Belgique !!! Ouf...).

Comment arrive-t-on à attirer des acteurs comme Lance Henriksen, James Horan ou encore Erin Brown avec un budget restreint (500 000$ selon IMDB) ?

En les intéressant un tant soit peu à l’aventure. Nous avions interviewé James Horan dans un numéro de Metaluna, notre magazine (trois numéros parus), ce qui crée des liens, ou pour le moins des contacts. Pour Lance, je tenais à une "gueule" connue, référentielle. J’adore cet acteur. Pour l’avoir avec nous, on s’est fendu d’un sixième du budget, environ. Maintenant, il ne rêve plus que de retravailler avec nous. Erin Brown, Misty Mundae pour les intimes, désirait changer d’image après une décennie à jouer les nymphettes effarouchées de séries Z horrifiques en nanars érotiques. Elle est émouvante dans Dying God, et je ne parle pas de ma préférée, Agathe de la Boulaye, fascinante dans ce rôle étrange de garde du corps d’Henriksen, avec ce regard d’oiseau de proie, qui me rappelle assez l’Elsa Lanchester de La Fiancée de Frankenstein. En les travaillant un peu au corps (euh.... oui !), nous sommes arrivés à respecter à peu près le budget prévu.

D’où vient cette fidèle collaboration avec Fabrice Lambot ?

Fabrice, je le connais depuis des lustres. Il lisait déjà Mad, que j’étais à peine né (si, un peu quand même). Je l’ai vaguement aidé quand il tenait sa boutique de cinéma, à Paris, on joue au tennis ensemble. C’est un gars sincère, passionné, capable et ambitieux à la fois. Dans le bon sens du terme, je veux dire. Nous sommes tous deux issus du fanzinat, avec un vrai désir de réaliser des choses nouvelles dans la liberté la plus totale possible. Nous sommes partis à l’aventure avec Metaluna, sans connaître rien de ce nouveau métier. C’est la prise de risque maximum, un peu comme nous éditions autrefois nos fanzines, lui Atomovision et moi Mad Movies. Et puis, nous fonctionnons à la confiance réciproque, ça détend bien dans ce monde opportuniste et procédurier.

Le titre Dying God n’est-il pas également un rappel de cet athéisme que tu affiches souvent lors d’interviews ?

Oui, mais je ne suis pas militant. Je réagissais autrefois en des occasions bien précises. Lors de la visite du Pape, par exemple, ou bien toutes ces pitreries à Lourdes (concentrez 100.000 malades répandus en prière sur Romorantin et vous obtiendrez autant de guérisons miraculeuses !), les excès de l’Opus Dei, le suaire de Turin qui nous fait suer depuis des lustres, les balivernes créationnistes, l’attaque contre la pilule, le préserv’ hâtif. En fait, je considère toute religion comme un folklore, rien de plus. Dieu et le Père Noël même combat ! Je respecte les convictions de tout un chacun, mais dans la tolérance réciproque. Depuis la séparation de l’Eglise et de l’Etat, nous bénéficions d’une certaine liberté de penser. Utilisons-la, usons-la.

Comment trouves-tu le cinéma de genre actuellement par rapport à celui des débuts du Mad par exemple ?

Notre industrie du film et le monopole de la distribution cinématographique répondent à des critères commerciaux de nature à écarter chez nous ce qu’on appelle le cinéma de genre. Au temps des débuts de Mad, il existait encore des circuits de salles spécialisées. Pas seulement dans le fantastique, mais des salles dévolues au cinéma populaire : western de série, péplum, guerre, polar, giallo, burlesque, etc. Ce n’est plus le cas actuellement. Le cinéma de genre avance masqué ou se casse la figure. Une exception comme le Cinquième élément, démagogique, flagorneur, parodique, servile à l’égard de la production américaine, pose assez bien le problème et le résoud du même coup. Le cinéma de genre doit se conformer à des règles précises ou bien disparaître. De là naît une uniformisation, cette impression de visionner toujours un peu le même film. Le cinéma indépendant tente de lutter contre cet état de fait au niveau international. C’est pourquoi nous avons tourné directement en anglais, nous ne nous faisions pas trop d’illusion sur une éventuelle sortie dans les salles francophones. Mais l’édition du DVD nous satisfait pleinement, c’est un bel objet, bénéficiant d’un fort tirage pour ce genre de produit.

Tu as été acteur, maintenant producteur et pourtant jamais réalisateur. Pas envie de passer derrière la caméra ?

Alors là, je ne m’en sens absolument pas les capacités. L’envie non plus d’ailleurs, et c’est bien quand ces deux paramètres s’équillibrent... En fait, la technique pure ne m’intéresse pas. Je l’oublie au cinéma, sinon je ne rêve plus. Il suffit de me lire : dans mes diverses chroniques je ne parle presque jamais de mouvements de caméra, de contre-plongées fouillant l’indicible, de plans larges ou de zooms frénétiques. Pour prendre une comparaison culinaire, je dirais que la recette d’un plat ne m’intéresse pas davantage, il me suffit de l’apprécier à sa juste valeur, sans chercher à en identifier les divers ingrédients. J’ai collaboré à des films, c’est vrai, mais toujours en dilettante, en imposteur, en trublion. Parce que ça me faisait rire. Plus que le cinéma, j’aime peut-être tout simplement la marrade. J’ai des plaisirs simples !

Pourrais-tu nous donner les nombres de K7 vidéos et de DVD que tu possèdes dans ta collection ? L’arrivée du Blu-Ray devrait encore une fois modifier ta collection non ?

Je dois avoir 7000 films, dont 2000 en DVD, mais je me calme. J’ai à peu près maintenant les titres que j’aime, et j’enregistre en DVD ce qui m’intéresse sur le câble. Oui, donc, doit-on jeter ses VHS, ses lasers, ses vinyles, ses 78 tours, ses rouleaux de cire à chaque récente innovation ? OK, le Blue Ray... Plus de capacité, taille réduite, coût moindre (idéal pour les éditeurs qui nous le vendront pourtant tout aussi cher). Avec la HD, on nous encourage à racheter ce qu’on possède déjà. Quand on l’aura, il faudra changer pour ce nouveau support. En fait, je me méfie de la technique, de plus en plus inféodée à la loi du marché et non à l’intérêt des consommateurs. Je crois qu’il faut savoir brûler quelques étapes. Ainsi, je n’ai jamais sacrifié au disque laser. J’avais confusément l’impression qu’il s’agissait d’un support transitoire. J’ai bien fait, d’ailleurs. Déjà, pour remonter au début de la vidéo, j’utilisais un splendide Betamax, bien meilleur que la VHS (les scènes de nuit, notamment, c’était... la nuit et le jour !). Mais en peu d’années, Betamax perdit ses parts de marché. J’avais l’air fin : "gros bêta !" qu’ on m’appelait, quand mes copains se prêtaient leurs K7 et que je restais seul avec mon format illisible pour eux... Plus tard, entre PC et Mac, je n’hésitais pas non plus une seconde lorsqu’il s’agit de passer Mad à la PAO, je choisis... Atari, bien sûr ! "Ah t’as ri ?" s’esclaffèrent aussitôt les mêmes esprits moqueurs, eh bien va pleurer maintenant... En quelques années, Atari revint à ses jeux, nous laissant tout penauds avec nos logiciels outdated. Bref, tout ça pour dire, : attendons de voir, mais surtout profitons du présent, prenons le temps d’apprécier notre matériel en usage avant de devoir le remplacer par de nouveaux modèles sortis au moment même où vous claquez la porte du magasin.

Putters, c’est pas un peu belge comme nom, ça ?

Oui, une grand-mère a convolé autrefois en justes noces avec un fier militaire batave (c’était durant la guerre, en 18), mais nous n’avons pas gardé contact avec ce côté de la famille. Ils ont divorcé durant la guerre (une autre !). J’ai croisé un jour en Belgique un camion avec "Putters" marqué en grand, je ne sais pas s’il existe un rapport. J’ai croisé aussi une bouteille de porto nommée Pitters, mais là, je ne crois pas ! En tous cas, j’adore Bruxelles, ses librairies, son Festival, le marché aux puces, le salon des collectionneurs de cinéma à la Woluwe...), les gens y sont plus chaleureux, je m’y sens bien.

Un réalisateur et un acteur de l’actuelle génération que tu retiendrais particulièrement ?

Le Peter Jackson de King Kong m’a pas mal impressionné. Le nouveau Bond aussi : remise en question totale, prise de risques maximum, et déjà celui de déconcerter son public. C’est rare et courageux.

Est-il prévu un quatrième tome de Ze craignos monsters ?

Eh bien, voilà l’histoire : j’ai arrêté les huit chapitres d’un hypothétique quatrième tome, j’ai sélectionné quelqes photos décisives, et je m’en suis hardiment tenu là. Je pensais disposer de davantage de temps après la vente de Mad Movies. et ce n’est pas le cas. Comme l’eau dans l’aquarium, l’emploi du temps occupe à fond l’espace de son propriétaire et je me demande encore comment je parvenais à faire autant de choses à la fois. A l’époque, je démarrais tous les matins par le train de 5 h 06, faut le signaler. Evidemment, ça aide ! Sinon, les trois livres se suffisent peut-être à eux-mêmes, est-il bien nécessaire d’en attendre un quatrième ?

Si tu devais choisir la facette professionnelle que l’on retiendrait de toi entre l’encyclopédie vivante du cinéma fantastique, le fondateur du Mad Movies ou le producteur, laquelle choisirais-tu ?

Aucune des trois, j’ai changé de métier toute ma vie durant. J’ai toujours eu peur de m’encroûter au fil de mes nombreuses activités successives. J’ai adoré Mad et ses lecteurs d’une passion sans bornes, mais vers la fin je rêvais d’en sortir, de retrouver ma liberté. Tiens, voilà, j’aimerais laisser l’image d’un libertaire tendance adolescence attardée, observateur ironique, un peu rebelle, un peu naïf, un peu en marge, sincère en tous cas. De toute façon, mon image ne m’appartient pas, chacun me verra comme il le désire, cela ne me gêne pas.

Ressens-tu la nostalgie de cette époque où jeune scribouillard tu éditais péniblement ce qui allait devenir le Mad Movies ?

Bien sûr, parce que je ressentais une soif de curiosité, parce que je libérais ainsi la face cachée de ma véritable personnalité. Parce que la passion de l’écriture me flanquait jusqu’à de réelles crises de tachycardie. Et puis, je sentais le vent de l’aventure sans deviner où elle me mènerait. Je partais en festival, j’assistais à mes premières projections de presse, je collectionnais les photos de films. Je distribuais moi-même les numéros de Mad Movies dans les librairies de cinéma. Au début, je tirais à domicile le magazine en ronéo. Puis, une fois passé à l’offset, j’assemblais encore les exemplaires, puis je les agraphais et les massicotais. Il y avait un côté atypique, underground, opiniâtre, amateur, utopique qui me plaisait bien. Cela représentait un sacré travail, mais je faisais vraiment ce que je voulais.

Il paraît que désormais tu te reposes et que tu te consacres au tennis. Comment évoluent le coup droit et le revers ?

Les deux vont bien et ils te remercient, mais en ce moment c’est plutôt le poker qui m’attire, Internet ou tournoi en live, J’organise même le mien depuis quelques mois, dans mon propre salon, avec environ 4 tables de 10 joueurs à chaque fois. ça marche pas mal, ça rigole sec et le tournoi commence à bénéficier d’une certaine réputation auprès des afinioados du coin. Les inscriptions sont généralement closes dans la journée de leur mise en ligne. Je pense même à créer un club officiel. Au poker, comme au tennis, on devine la psychologie des adversaires à leur façon de jouer. C’est tout aussi fascinant... en un peu moins fatiguant, quoique, en tournoi, on puisse dépasser très vite les douze heures de jeu consécutif ! Une passionnante guerre des nerfs et de l’émotion garantie... Finalement assez comparable aux secousses de mon cher cinéma fantastique

Interview réalisée par Gore Sliclez et Damien

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