Interviews

MADE IN FRANCE - Delirium Tremens (Part 2)

11 novembre 2011 | Par : Quentin Meignant

Entretien avec Maximilien Poullein, l’acteur principal du film...

Après l’interview de Mehdi Belhadj, réalisateur de Delirium Tremens, nous revenons comme promis une nouvelle fois sur cette micro-production française qui pourrait faire du bruit. Et, pour ce faire, quoi de mieux que de passer Maximilien Poullein à la questionnette, lui que nous connaissions déjà suite à sa participation au toujours inédit In the Shadow.

Sans concession, l’acteur nous parle de ce film, mais aussi du fameux Delirium Tremens, pour lequel il s’est donné corps et âme, un peu à la manière de Jim Sturgess sur Heartless, comme il se plaît à l’affirmer.

Pour rappel, Maximilien campe dans Delirium Tremens un peintre alcoolique et agoraphobe, qui est également sujet à de nombreux cauchemars qui l’obligent à subir une vie d’insomnie presque totale. Estimant que la source de ses problèmes est son addiction à l’alcool, une amie, Nina (Prisca Silie) entreprend de l’aider à se sevrer. C’est alors que Gabriel s’enfonce dans une spirale de transes durant lesquelles il peint le portrait de jeunes femmes que l’on retrouve bientôt violées et assassinées.

NB : Lien vers MADE IN FRANCE - Delirium Tremens (Part 1), interview de Mehdi Belhadj.

ENTRETIEN AVEC MAXIMILIEN POULLEIN

Salut Max. Ton nom est déjà connu des lecteurs de CinemaFantastique pour ta participation à In the Shadow. Peux-tu nous en dire plus concernant l’avenir de ce projet, toujours pas distribué ?

Salut Quentin et merci de ton intérêt pour Delirium Tremens. Alors, In The Shadow ! Voilà un projet qui nous aura tenu à cœur mais qui se sera également avéré contraignant à de nombreux niveaux : tournage essentiellement nocturne, en hiver, en très peu de temps, avec trop peu – il faut bien l’avouer – de préparation et des moyens financiers limités... Autant d’éléments qui, malheureusement, ont nui – selon mon ressenti – à la concrétisation des ambitions de départ. Une fois le film monté et mixé, il me semble que certains distributeurs, outre-Atlantique, avaient manifesté un intérêt timide pour lui mais en formulant de nombreuses réserves et finalement, aucun accord n’avait été signé entre Shiba Inu, la boîte de prod’, et un distributeur. Aux dernières nouvelles, un remontage du film serait prévu, si je ne m’abuse, et il n’est pas exclu qu’il soit soumis à certains festivals consacrés au film de genre.

Depuis In the Shadow, de l’eau a coulé sous les ponts. As-tu été impliqué dans d’autres projets ?

En effet. Deux projets, durant l’année 2010, m’auront permis de poursuivre mes aventures anglophones en tant qu’acteur – ce qui est toujours un plaisir... Quitte à avoir une Maîtrise d’Anglais, autant que ça ne serve pas qu’à faire plaisir à ma mère, ;-) : un téléfilm destiné au marché asiatique, tout d’abord, Dear Brother. Une expérience sympathique en soi mais dont le produit final ne risque pas de marquer les esprits, à mon sens. En revanche, je suis ravi d’avoir tenu le deuxième rôle d’un jeune docteur anglais tête-à-claques et libidineux dans Killing Uncle Roman, le second long-métrage franco-américain de Stéphane Guénin dont la sortie est prévue en 2012. Ce film-là est complètement barré, un thriller au croisement du road-movie et du western contemporain, avec des tueurs en série ou à gages en guise de cowboys. Le casting est formidable, l’équipe technique comporte des gens qui ont bossé avec Tarantino, Cameron, Forman ou Coppola et les quelques scènes que j’ai pu en voir durant ma séance de post-synchro m’ont littéralement ébloui. Très impatient que celui-ci sorte. D’autre part, j’ai eu le grand plaisir de participer au premier court-métrage – End Game – d’un réa bourré de talent, Maxime Fossier, aux côtés de Gowan Didi (Q de Laurent Bouhnik) Le film est en cours de finition et ce que j’en ai déjà vu est impressionnant. Et puis, évidemment, il y a eu Delirium Tremens, donc.

Comment as-tu fait la connaissance de Mehdi ? Quels ont été les atouts qui t’ont convaincu de participer à Delirium Tremens ?

Tout comme ce fut le cas avec Jimmy Philémond-Montout (producteur d’In The Shadow), Mehdi et moi nous sommes rencontrés sur le tournage de La Horde, en novembre 2008, où on se gelait les miches dans un hangar de Seine-Saint-Denis, du sang plein la tronche, à faire les zombies. Mehdi et Jimmy se connaissaient de Poitiers où ils avaient fait leurs études ensemble et moi, je me suis retrouvé près d’eux pendant le tournage de la scène où Jean-Pierre Martins se fait bouffer. Du coup, on a parlé ensemble toute la journée, on a bien accroché et ce qui s’est passé avec Jimmy s’est également passé avec Mehdi : nous sommes restés en contact. En Janvier 2010, tous les zombies ont été invités à l’avant-première/projo de presse parisienne de La Horde et Mehdi, qui n’habite pas en Île-de-France, avait fait le voyage spécialement pour l’occasion et avait également ramené quelques DVD de ses courts, dans l’espoir d’en refiler à certaines personnes. Finalement, il lui en restait et, comme j’avais proposé à Jimmy et Mehdi de venir prendre un petit café chez moi, nous en avons profité pour regarder les courts de Mehdi. Et là, avec l’un d’entre eux, Piégée, inspiré d’un authentique fait divers d’une extrême barbarie, Mehdi m’a tout bonnement troué le cul : certes, on sentait les limites du budget, dans les effets spéciaux notamment, mais son sens inné de la mise en scène en était d’autant plus éclatant. Dès cet instant, je lui ai dit que s’il voulait bosser avec moi à l’occase, ce serait avec grand plaisir, car je m’efforce de plus en plus de travailler avec des gens qui savent ce qu’ils veulent raconter, comment et pourquoi. Et Mehdi fait partie de ces gens. Pour ses 21 ans, il dispose d’une maturité hallucinante. C’est pour ça que quand il m’a proposé de tenir le rôle principal de son premier long, je n’ai pas réfléchi : une fois que nous nous étions mis d’accord sur les dates de tournage, ma participation lui était, de toutes façons, acquise.

Tu m’as déclaré voici peu être « fier et content de Délirium Tremens », ce qui est assez rare venant de toi. Quelles sont, selon toi, les grandes forces du film ?

Delirium Tremens, au même titre que Killing Uncle Roman et End Game, fait partie de ces rares projets que j’ai envie de défendre avec la plus grande sincérité, en effet. Dans le cas du film de Mehdi, les raisons sont multiples. Premièrement, c’est un projet « autre », qui dépasse allègrement son statut de film de genre – néanmoins assumé et revendiqué. De nombreux clins d’œil très subtils à tout un tas de fleurons de ce type de cinéma, de The Thing à Re-animator, y sont d’ailleurs disséminés – pour se concentrer sur un propos, un fond d’une grande profondeur. C’est un film sur le mal-être et les émotions les plus sombres qui composent l’être humain, un film sur le rapport ténu entre l’âme de l’artiste et son art. La peur qui en résultera ne sera pas due qu’à des jump scares à la Paranormal Activity, procédé souvent opportuniste et frauduleux, mais bien sur une impression sourde et viscérale de malaise. D’autre part, dans la relation qui unit Gabriel à Nina, interprétée par Prisca Silie, il s’agit également d’une magnifique histoire de rédemption et, finalement, celle d’un amour fort, rare et peu conventionnel. C’est un projet extrêmement ambitieux et maîtrisé malgré ses contraintes budgétaires et temporelles ( le tournage s’est effectué en huit jours chrono, avec une équipe réduite et très peu d’argent.) Visuellement, le film est particulièrement soigné : les cadres comme leur contenu sont riches et j’en profite pour adresser un grand Big Up à Brice Cloup, le peintre responsable des splendides tableaux du film ainsi que le concepteur des effets spéciaux de plateau, tous bluffants. Bref, connaissant le sens du montage de Mehdi et ses partis-pris, je n’ai absolument aucun doute sur le fait que le résultat final sera à la hauteur de nos ambitions et nos impressions à tous. D’autant que, crois-moi, la bande-annonce n’est que la pointe de l’iceberg et je t’affirme que le film réserve un nombre de surprises auxquelles elle ne peut pas vous préparer.

Dans la première bande-annonce de Delirium Tremens, on retrouve un Maximilien Poullein particulièrement investi et convaincant. Comment as-tu abordé le rôle que t’as confié Mehdi ?

Merci beaucoup, tout d’abord. Beaucoup de conversations téléphoniques et d’échanges de mails avec Mehdi auront été nécessaires avant d’aborder l’étape du tournage. En effet, j’habite à Paris et Mehdi dans le Limousin et il n’était pas possible de se voir pour effectuer des lectures du scénario ensemble. Or, le personnage de Gabriel est complexe et nécessitait que Mehdi et moi nous trouvions bien à la même page le concernant. Nous voulions éviter de tomber dans le pathos ou le mélo que l’agoraphobie, les insomnies et l’alcoolisme du personnage auraient pu entraîner. De plus, étant complètement déconnecté du monde extérieur et de ses us et coutumes, Gabriel s’avère susceptible de passer d’une humeur à l’autre, d’une scène à l’autre et il fallait trouver un point d’ancrage, un équilibre dans tout cela. Je crois pouvoir dire que cette préparation au préalable nous aura permis d’atteindre ce but. Ensuite, travailler avec une équipe de gens doués, passionnés et convaincus par le bienfondé de leur entreprise, ça te pousse automatiquement à donner le meilleur de toi-même. Et n’avoir qu’une semaine pour mettre toute cette histoire en images t’oblige à passer l’essentiel de ton temps dans ton personnage et à ne plus réfléchir : tu le deviens littéralement, ce qui, d’ailleurs, m’a provoqué quelques troubles et ne s’avère pas sans risques ; les jours qui ont suivi la fin du tournage auront été particulièrement éprouvants tant Gabriel refusait de me quitter.

Le binôme que tu formes avec Prisca Silie semble irréprochable. Comment se travaille cette complicité à l’écran ?

Je suis ravi que tu aies ressenti cela. Prisca a été l’un de mes nombreux cadeaux durant ce tournage. Une rencontre rare et formidable. Dès le premier jour, j’ai eu l’immense plaisir de constater qu’elle ne faisait pas partie de ces jeunes actrices bourrées de prétention et d’ego qui, pourtant, ne manifestent aucune passion particulière pour le jeu et ont choisi ce métier uniquement parce qu’être sous les projecteurs semble moins chiant que de bosser dans un bureau. Prisca est une fille simple et vraie, une fille qui aime l’art sous toutes ses formes et ne recule devant rien pour livrer une prestation incarnée et authentique. C’est une actrice bourrée de talent, de sensibilité, de courage, d’intelligence et qui manifeste une curiosité énorme pour tout le cinéma qu’elle pourrait ne pas connaître. Comme tu l’auras compris, donc, la complicité qui nous unit à l’écran est également celle qui nous unit désormais dans la vie et elle s’est faite d’elle-même, grâce au sens du casting de Mehdi, qui a trouvé cette perle rare, et aux qualités profondément humaines de Prisca, une des partenaires avec qui j’ai pris le plus de plaisir à tourner et qui, depuis, est devenue une amie précieuse. Je suis ravi de la façon dont les choses se sont déroulées avec elle sur le tournage : certaines de nos scènes se sont avérées particulièrement intenses et nous avons, je crois, réussi à créer quelques moments de pure émotion. D’ailleurs, une fois de plus, je tiens à féliciter et remercier Mehdi et son équipe d’avoir eu la grande présence d’esprit de prévoir le tournage de ces scènes en fin de planning, nous permettant, à Prisca et moi, de développer ce rapport unique sans lequel, j’en suis convaincu, le film ne serait pas le même.

Souvent, les comédiens s’inspirent de la prestation de pairs pour donner vie à leurs personnages. Quelles ont été tes inspirations pour construire le personnage de Gabriel ?

La plupart du temps, j’avoue aborder mes personnages avec la plus grande « virginité » possible, par peur, certainement, de tomber dans la copie. Mais dans le cas de Delirium Tremens, plusieurs éléments m’ont servi à construire Gabriel. Bon, tout d’abord le brillant script écrit par Mehdi et sa connaissance intime du personnage qu’il m’a fait partager. Ensuite, les conditions de tournage ainsi que la virtuosité ébouriffante de la caméra de Mehdi et Samy Kim, cadreur et chef-op’, me contaminaient littéralement et me plaçaient toujours, d’après mon impression, dans le ton et l’énergie adéquats. Par ailleurs, certains aspects du script m’évoquaient des œuvres qui me tiennent à cœur, me parlent, et dans lesquelles je trouvais un écho et une base d’inspiration intéressante dans le cadre de l’élaboration de Gabriel : The Machinist de Brad Anderson (l’insomnie, le personnage perdant pied avec la réalité), Black Swan de Darren Aronofsky (l’artiste soumis à une atmosphère de cauchemars et de changements) ou La Part des Ténèbres, autant le film de Romero que le roman original de King (les transes artistiques, le rapport viscéral entre l’âme de l’artiste et son art...) Je me suis donc, plus ou moins, laissé inspirer par ces quelques titres et certains aspects des interprétations de Christian Bale, Natalie Portman ou Timothy Hutton pour incarner, donc, un Batman très mignonne qu’on voit de moins en moins au cinéma. Ou, plus sérieusement, un personnage neuf, au croisement de ces influences.

Si tu devais décrire le personnage de Gabriel en quelques mots, qu’en dirais-tu ?

Je dirais qu’il s’agit d’un personnage véridique car complexe et paradoxal, comme nous le sommes souvent. Un personnage troublé et troublant, au carrefour de la noirceur et de la lumière, du nihilisme et de l’espoir... Un homme égaré qui cherche le bout du tunnel et qui est amené, par le biais d’une quête presque initiatique, à se rendre compte à quel point l’atteindre peut parfois être synonyme de douleur.

Penses-tu que le film de Mehdi a des chances d’être distribué en salles. Que dirais-tu aux éventuels distributeurs pour les convaincre de franchir le pas ?

Difficile de répondre. Le film est bourré de potentiel et vu le piètre niveau de certains longs qui atteignent les cabines de projection – on se demande vraiment comment, d’ailleurs -, je crois que le long de Mehdi n’y démériterait pas sa place. Loin de là. Ceci étant, nous vivons à l’époque du téléchargement illégal et la plupart des distributeurs ne prennent, malheureusement, plus le risque de soutenir des films indépendants, réalisés et interprétés par des inconnus ou quasi-inconnus, quelles que soient leurs qualités formelles. Je sais que le but premier de Mehdi est, en tous cas, de commencer par faire diffuser Delirium Tremens dans plusieurs festivals de renom ce qui, le cas échéant, pourrait éventuellement contribuer à concrétiser son avenir dans les salles obscures. Tout ce que je peux donc dire, à l’heure actuelle, à d’éventuels distributeurs, c’est d’essayer de nous faire confiance vis-à-vis de ce film. Nous y avons mis nos tripes au service d’une histoire véritablement intéressante, riche en ramifications, en peur et en émotions diverses et variées et je crois très sincèrement que nous avons atteint notre but. Il y a un public pour ce genre de cinéma qui n’exige pas nécessairement que les noms qui y sont associés soient connus du moment que le résultat est là. Et ça, je l’affirme.

Tu sembles avoir une vie professionnelle fort remplie. Quels sont tes projets futurs ? Te vois-tu évoluer dans le domaine de cinéma de genre ?

J’adorerais continuer dans le cinéma de genre, bien entendu, étant donné qu’il s’agit de mon domaine de prédilection. Je suis donc ouvert à bien des propositions tant que les projets sont intéressants et que ceux qui veulent les concrétiser savent où ils veulent les emmener en termes artistiques, techniques et d’exploitation. A côté de ça, en tant qu’acteur, je dois notamment collaborer à nouveau avec Maxime Fossier, au détour de son adaptation d’une nouvelle de mon super pote Michael Mention, écrivain de grand talent avec qui je travaille également énormément. En effet, lui et moi avons, cet été, adapté un de ses romans à paraître très bientôt, Unter Blechkoller, en scénario. Il s’agit d’un survival à bord d’un sous-marin allemand durant la Seconde Guerre Mondiale, au croisement de Das Boot et Alien, en gros. Étant destiné au marché américain, je suis actuellement en pleine traduction de celui-ci. De son côté, échange de bons procédés, Michael vient justement de terminer l’adaptation en roman d’un de mes scenarii : Santa’s Death sera donc une histoire de vengeance froide et déjantée située dans une ville américaine fictive, Greydawn, à la période de Noël. Un univers hard-boiled – au croisement de Jim Thompson et Sin City - et une expérience qui nous ont tellement conquis que nous sommes actuellement en train de préparer la suite littéraire des aventures de Greydawn, une suite qui prend d’ailleurs une direction radicalement différente et surprenante. Depuis quelques mois, je m’investis également dans la musique par le biais de Kino Cold, le groupe que nous avons créé avec mon beau-frère (Shane Meurrens, grand mélomane par héritage et l’un de vos compatriotes puisque son père n’est autre que le chanteur de l’ancien groupe d’EBM carolo à ;GRUMH) et avec lequel nous devons, d’ailleurs, signer un ou deux titres pour Delirium Tremens. Mon investissement dans le film de Mehdi, un peu à l’instar de celui de Jim Sturgess avec Heartless, dépassera donc le cadre du jeu... C’est dire si j’y crois !

BANDE-ANNONCE


"Delirium Tremens", bande-annonce #1 (2011) par MaxPoullein

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