Interviews

Neil Marshall (Interview)

25 avril 2008 | Par : Damien Taymans

Quand Neil se fait courser au BIFFF...






Il arrive que par certains malentendus dus (ou non – ne relançons pas la polémique) à des attachées de presse fatiguées, un gentil petit journaliste plein d’entrain et de rêves loupe une interview cruciale et soit d’une humeur massacrante pour le reste de la journée. Quand le sujet de l’interview n’est autre que le sympathique et talentueux réalisateur de The Descent, un monument de trouille qui a marqué durablement les cinéphiles, il s’agit là d’un couac pour le moins fâcheux.

Heureusement Neil Marshall, puisque c’est de lui qu’il s’agit, était accompagné au BIFFF par sa femme, l’adorable et néanmoins talentueuse (tous ces gens sont formidables) Axelle Carolyn, une amie de longue date auprès de laquelle le journaliste en question n’a pas hésité un seul instant, en traître, à tirer quelques ficelles pour pouvoir malgré tout approcher l’artiste.

C’est donc après une longue journée passée devant des journalistes belges aux mines tristes et aux longues figures que Neil Marshall, éreinté mais de très bonne humeur a accepté sous l’insistance de sa « belgian beauty » (comme il la surnomme) à me recevoir dans le coin V.I.P. du BIFFF. La veille, le public déchaîné de ce festival de MALADES avait réservé à son nouveau film Doomsday un accueil digne de son talent et de son enthousiasme sincère pour un cinoche de genre fun et décomplexé. C’est donc décontracté, devant quelques savoureuses Cuvées des Trolls, que ce jeune marié heureux et amoureux (dans l’ordre, d’Axelle et du cinéma fantastique) m’a reçu pour parler de son formidable opus post-apocalyptique.

Depuis votre rencontre avec Axelle la Belgique est un peu devenue pays d’accueil. Alors dites-moi, est-ce que vous appréciez notre bière ?

(Rires) Oui beaucoup ! Même si celle-ci est un peu trop douce et sucrée à mon goût.

Etes-vous satisfait de l’accueil qu’a reçu Doomsday hier soir lors de sa projection ?

Assez oui, mais il faut dire qu’il est parfois difficile de discerner ce que crie le public. Le volume du film est tellement fort que je n’entendais pas toujours toutes les réactions. Mais les échos que j’ai reçus et les applaudissements à la fin m’ont vraiment fait plaisir.

C’est votre troisième long métrage et également le troisième qui est présenté ici au BIFFF. Est-ce que vous appréciez l’ambiance très particulière du festival et son public déchaîné ?

Beaucoup ! C’est un public très franc et c’est génial car ils disent ce qu’ils pensent. Ou plutôt ils hurlent ce qu’ils pensent ! C’est une attitude qui me plait car de mon côté je n’ai pas envie de leur proposer un film de merde. Je suis honnête envers eux, c’est la moindre des choses. Nous sommes sur la même longueur d’ondes et le jour où je me planterai ils ne manqueront pas de me le faire savoir ! Jusqu’ici j’ai eu la chance qu’ils apprécient mon travail. Et c’est vrai que je réalise mes films en pensant à mon public. C’est pour eux que je fais du cinéma.

J’ai remarqué qu’avec Axelle vous étiez présent à presque toutes les séances ici au BIFFF. D’où vous vient cette passion du cinéma de genre ?

Elle m’est venue tout simplement en regardant énormément de films, de genre ou pas. Et effectivement c’est une passion que je partage avec ma femme ! Ma première expérience de cinéma c’était probablement le Frankenstein de James Whale quand j’avais 5 ans, un film qui m’a marqué à vie. Vers mes 11 ans c’était l’avènement des magnétoscopes, j’ai donc regardé énormément de films en vidéo. Les Aventuriers de l’Arche Perdue est sans aucun doute le film qui a changé ma vie ! C’est le film qui m’a donné envie d’être réalisateur. Encore aujourd’hui il reste un de mes films préférés.

Quels sont les réalisateurs qui vous influencent dans votre travail ?

Steven Spielberg est certainement le premier sur la liste, c’est lui qui m’a donné l’envie de réaliser. Mais je suis également un grand fan de Ridley Scott, Peter Jackson, Sam Raimi... Tous ces réalisateurs passionnés ! John Carpenter est un réalisateur qui a eu une influence incroyable sur mon travail. J’ai d’ailleurs eu la chance de le rencontrer récemment et je n’ai pas été déçu. C’est un personnage ! J’ai également beaucoup de respect pour Howard Hawks, Sam Peckinpah… des réalisateurs d’une autre époque, pas forcément habitués au fantastique mais dont j’apprécie énormément le travail et qui m’ont influencé d’une manière ou d’une autre.

La presse américaine n’a pas été tendre envers Doomsday, l’accusant de n’être qu’un démarquage d’autres films post-apocalyptiques. Pourtant votre film est réellement un hommage sincère à tout un pan du cinéma des années 80 dont il reprend des éléments mais le scénario est entièrement original et les personnages particulièrement réussis. Comment avez-vous procédé pour ne pas franchir cette frontière invisible entre hommage et plagiat ?

Il faut évidemment apporter vos propres éléments à l’histoire, en faire un film totalement personnel. Prenons la scène finale, une poursuite entre plusieurs véhicules qui rappelle Mad Max 2. J’avais évidemment le film de George Miller en tête et j’avais donc besoin de lui apporter des éléments qui en feraient quelque chose de totalement différent tout en préservant l’esprit. Ca se passe aux Royaumes Unis, les véhicules sont tous anglais. Tout est fortement exagéré. Quelque part on n’est pas très loin de la parodie à la Shaun Of the Dead ou Hot Fuzz. Mais c’est n’est pas une comédie, même si le film contient beaucoup d’humour. J’ai un peu l’impression que tout ce côté humoristique n’a pas été bien perçu aux Etats-Unis alors qu’en Europe cela passe beaucoup mieux. J’ai donc réalisé et monté cette séquence en abordant un autre point de vue : la majorité de cette séquence se déroule A L’INTERIEUR du véhicule. C’est une voiture « entourée » par une poursuite en voiture. J’aimais cette idée d’un combat à 3 vitesses, ça amenait quelque chose d’original à la poursuite ! Je sais pertinemment que beaucoup de personnes au point de vue limité vont crier au plagiat mais ceux qui connaissent un peu le cinéma dont je m’inspire et qui ont vu mon film savent qu’il s’agit réellement d’un hommage délibéré à des films comme ceux de Carpenter, Miller, Walter Hill ou encore Excalibur de John Boorman.

Les personnages sont suffisamment bien écrits pour apporter quelque chose d’original, je pense particulièrement à la relation entre Rhona Mitra et Bob Hoskins !

Oui ! C’est presque une relation père-fille. Il y a déjà toute cette histoire que l’on devine derrière l’histoire principale. Ils échangent très peu de mots, ils fonctionnent plus par des regards, des gestes. Le talent de Rhona et de Bob fait qu’on n’a pas besoin d’en dire beaucoup plus pour deviner leur affection mutuelle.
Parlez-nous de la manière dont vous avez tourné cette scène de poursuite qui semble réellement dangereuse…

Nous avions 2 semaines et demi pour tourner cette scène. Chaque jour nous avions des cascades extrêmement dangereuses et potentiellement mortelles, des explosions… J’ai adoré être dans la voiture-caméra et diriger cette grosse scène d’action, coordonner tout, donner le départ aux véhicules… J’étais comme un gosse qui s’amusait avec ses jouets ! Ca peut paraître cliché mais nous avons même répété toute la scène avec des petites voitures en plastique ! J’ai adoré cette logistique insensée pour laquelle nous nous sommes préparés comme jamais. Il fallait vérifier chaque recoin de la route, calculer la vitesse de chaque véhicule. C’était un vrai défi, beaucoup de travail mais également très amusant, grisant ! C’est la première fois que je réalisais une scène de cette ampleur et ça me changeait des grottes de The Descent ! Ici je pouvais enfin bouger ma caméra et explorer les grands espaces.

Comme dans vos films précédents, Dog Soldiers et The Descent, vous privilégiez ici les effets en direct plutôt que les images de synthèse. On sent réellement le danger, le réel des situations.

Effectivement, c’était un film très dangereux et nous avions une équipe de cascadeurs extrêmement doués et rodés à leur boulot depuis des années ! Je préfère tourner les choses en direct sur le plateau plutôt que de faire appel aux ordinateurs. Non seulement c’est le genre de film que j’aime faire mais c’est le genre de film que j’aime voir ! Il faut que les spectateurs y croient. La transpiration des acteurs est réelle car ils se donnent tous à fond physiquement. J’ai toujours eu l’impression que quand on commence à remplacer la réalité par des images de synthèse on se sent forcément moins impliqué dans l’histoire ! C’est l’erreur par exemple d’un film comme I Am Legend, surtout dans la mesure où leurs monstres sont sensés être humains au départ. Pourquoi ne pas avoir pris des acteurs en chair et en os ? Avec le budget dont ils bénéficiaient ils pouvaient se le permettre. C’est incompréhensible ! Ca n’a aucun sens et pour moi, ça m’a vraiment gâché le film… Donc je préfère toujours privilégier les effets « à l’ancienne » parce que les spectateurs ne sont pas dupes et font très facilement la différence.

Parlez-nous de Sol, le méchant principal de l’histoire interprété par Craig Conway. C’est vraiment la grande révélation du film selon moi…

Craig tenait déjà de petits rôles dans mes deux premiers films, il était l’une des créatures de The Descent. Je voulais vraiment que ce personnage complètement timbré, violent et sanguinaire soit réussi et je savais exactement ce que Craig Conway pouvait lui apporter. Il a travaillé très dur pour ce rôle. Mais ce qui m’a convaincu de le lui confier c’est la scène du show dans le centre-ville. Je savais qu’il serait tout à fait dans son élément car c’est un acteur qui vient du théâtre et il est habitué à jouer devant la foule. Cette scène est la plus importante pour lui. Il en fait un personnage complètement théâtral qui aime à se donner en spectacle, violent, charismatique, ridicule et extrême à la fois. Il dépasse les limites de la folie ordinaire.

En parlant de violence, tout comme dans vos films précédents vous ne vous êtes certainement pas fait des amis chez les sociétés de défense des animaux ! Vous explosez un gentil lapin, vous écrasez une vache… Alors dites-moi Neil, aimiez-vous torturer les animaux quand vous étiez gosse ?

(Rires) J’adorais ça !... Non évidemment dans la réalité j’ai horreur de la violence envers les animaux ou envers les humains. Ma femme plaiderait d’ailleurs cette cause beaucoup mieux que moi. Elle est une végétarienne convaincue et déteste le fait que je mange de la viande ! Dans Dog Soldiers ça se justifiait évidemment par le côté surnaturel. Dans The Descent, il y a ce côté « la nature qui s’entredévore pour survivre », la violence n’avait donc rien à voir avec de la barbarie. Dans Doomsday, ces effets sont surtout là pour la comédie : la vache écrasée, c’est pour continuer cette tradition vue dans tellement de films. J’aime la violence à l’écran quand elle est accompagnée d‘humour noir.

Et le lapin qui explose pourrait sortir tout droit de Monty Python and the Holy Grall !

Tout à fait ! C’est le même esprit ! Ce qui est marrant c’est que dans toutes les interviews que j’ai faites aujourd’hui on m’a posé la question du lapin ! On dirait presque qu’il est devenu la star du film. Je suis persuadé que certaines personnes ont cru que nous avions réellement massacré ce lapin parce que l’effet est vraiment réussi ! C’est le premier moment dans le film où quelque chose de totalement extravagant se produit. Jusque là tout se déroule plus ou moins calmement et puis quand ce plan arrive, c’est là qu’on se dit « Wow !... Maintenant ça va chier ! » C’est un peu un plan annonciateur de tout ce qui va suivre.

Vous aimez également torturer vos acteurs. On dirait que vous prenez un malin plaisir à trouver de nouveaux stratagèmes pour tuer Nora-Jane Noone de manière plus violente dans chaque film !

C’est un peu la même chose avec Sean Pertwee. Je trouve toujours des façons plus délirantes de les tuer à l’écran ! Ce sont tous les deux de très bons amis et j’aimais l’idée de leur donner des petits rôles dans ce film et de les faire disparaître de façon mémorable.

Vous êtes très fidèle à vos acteurs !

Oui. Et ils sont très fidèles envers moi. Ce sont des amis avant tout ! Nous adorons travailler ensemble tout en essayant de ne jamais nous répéter. Donc ça ne marche que si je leur écris des rôles complètement différents à chaque fois ! Nous adorons tous le cinéma et c’est un plaisir à chaque fois renouvelé de bosser ensemble ! On rigole, on travaille dur, on adore être sur le plateau ! Y’a rien de mieux.

Vous-même, êtes-vous satisfait de votre film ?

Oui, tout à fait ! Je suis très fier d’être arrivé à relever ce défi ! J’en suis très heureux. Il s’agissait d’un budget important, en tout cas important pour moi et ce n’était pas facile. C’était éreintant mais le résultat est conforme à mes objectifs.

Parlez-nous de vos différents projets. Ils sont nombreux…

Sacrilege est un nouveau film d’horreur dont je vais commencer l’écriture pour Road Pictures, les producteurs de Doomsday et que je tournerai l’année prochaine. Drive est une commande, un gros film d’action que je n’ai pas écrit mais que je réaliserai pour une autre boite. Le tournage se fera à Los Angeles et ce sera un projet totalement différent pour moi ! Un autre projet qui me tient particulièrement à cœur est Eagle’s Nest…

… Que vous définissez comme un mélange de Die Hard et des Vestiges du Jour ! Je suis impatient de voir ça !

(Rires) Voilà ! Il s’agit d’un film d’aventures vaguement inspiré de faits réels qui se passe pendant la seconde guerre mondiale, avec un commando de soldats de l’armée Russe chargés de capturer le nazi Rudolph Hess après son parachutage en Ecosse.

Qu’en est-il de ce projet de faire revivre Sherlock Holmes à l’écran ?

J’ai effectivement été impliqué brièvement dans ce projet qui aurait vraiment été excitant mais c’est tombé à l’eau, je ne suis plus impliqué…

Le succès de Dog Soldiers et The Descent a-t-il ouvert beaucoup de portes pour vous ? Vous avez bénéficié d’un budget nettement supérieur pour Doomsday…

Bien entendu ! Je n’aurais pas pu faire The Descent si je n’avais pas fait Dog Soldiers et je n’aurais pas pu faire Doomsday sans The Descent ! Sans l’accueil très positif de The Descent je pense qu’on ne m’aurait pas fait confiance et confié un budget de ce genre. Chaque nouveau film influence ma manière de travailler et d’envisager le suivant. Je suis donc rassuré de voir que Doomsday a été très bien accueilli ici au BIFFF. Pour le reste, on verra !

En tout cas je me suis beaucoup amusé devant votre film ! Merci beaucoup et à la vôtre !

A la vôtre et merci à vous !

Propos recueillis par Grégory Cavinato alias Swan

Remerciements aux organisateurs du BIFFF.
Remerciements spéciaux et grosses bises à Axelle Carolyn.

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