Chroniques

OSE COURT - OSC DIST

29 décembre 2008 | Par : Damien Taymans

Love from Japan...

Déjà en charge sur l’excellent Batman : Ashes to ashes de Julien Mokrani et Samuel Bodin, Fabien Dubois continue sa propre route avec ce OSC-Dist., court-métrage plus sensitif qu’expositif qui fait fi de toute clarté narrative pour s’engoncer plus avant dans le cinoche expérimental. A n’en pas douter, cette pelloche marque la rétine, entraînant le spectateur dans une expérience singulière dont il ressort bouleversé, heurté dans son intellectualité profonde devant cette intrigue quelque peu obscure. C’est que OSC-Dist. se pose comme une expérience particulière semblable au trauma post-accidentel. La caméra tourbillonne et effectue quelques voltiges, passe d’une situation à une autre en un temps record, Fabien Dubois réutilisant les mêmes personnages pour fournir une nouvelle version des événements, reformater une réalité acquise et, du coup, brouiller une nouvelle fois les cartes.

L’intitulé OSC-Dist (abréviation d’Oscillator in Distorsion, titre d’un album du groupe japonais Mad Capsule Markets) renvoie ainsi directement autant au traitement formel de l’ensemble (la caméra adopte tantôt le point de vue subjectif, tantôt volète en suivant les pas des protagonistes, se posant dès lors comme notre plus fidèle compagnon intra muros de cet effrayant chaos) qu’aux altérations d’un scénar’ naviguant sans cesse entre rêve et cauchemar, entre fantasme et réalité. Fortement implanté dans la culture cyber-punk (une des influences du réal’), le métrage se voit en sus influencé par la vague nippone extrêmement viscérale et par l’esthétique très Tetsuo d’un Shinya Tsukamoto. . Des amours japonaises que le cinéaste ne renie aucunement : "Il y a beaucoup de cinéastes japonais que je respecte, d’ailleurs Osc(DisT) se rapprocherait plus du cinéma de Sogo Ishii. Mais j’avoue que c’est devant un film de Tsukamoto que j’ai eu envie de devenir réalisateur, son Bullet Ballet m’a envouté."

Un marquage prégnant du cinéma de Tsuka auquel OSC-Dist. renvoie inévitablement via son esthétique granuleuse, ses déconstructions du récit ("l’idée de faire un film à l’américaine surexplicatif ne me branchait pas, en tant que spectateur, je préfère les structures complexes") et son aspect réalisme artistique proche du trip sous acides. "Sur ce court, j’ai effectivement privilégié la sensitivité à l’émotion, raconte Fabien, je voulais qu’il ait une aura particulière. J’ai choisi de faire un film rock’n’roll où le son est aussi important que l’image."

Mission réussie pour le jeune Fabien Dubois qui, avec OSC-Dist., prouve incontestablement l’étendue de sa palette filmique. En attendant de le retrouver sur un format long...

L’INTERVIEW DU REALISATEUR, FABIEN DUBOIS

Comment est né le projet d’Osc ?

Une envie pressante de réalisation ! La rencontre d’Elise (actrice principale) et du groupe InSecT (japan sound and visual unit) m’a permis de concrétiser ce projet.

Quelles étaient les conditions de tournage au niveau temporel, budgétaire et logistique ?

J’avais envie de tourner vite ! C’était mon premier tournage en haute définition avec son lot d’imprévus mais, contrairement au film, le tournage s’est déroulé dans la joie et la bonne humeur.

Le titre renvoie au titre d’un album des MCM, le court est lui-même très implanté dans la vague punk, rock, cyber à l’instar d’Other side. Est-ce là ton domaine particulier ?

La culture cyber punk fait partie de mes influences. Même si elle puise son origine en Amérique, je trouve le point de vue japonais sur ce mouvement plus viscéral. Je ne suis pas du tout fermé aux autres styles de cinéma, je mets à profit ce surplus d’énergie aujourd’hui, demain…

Au fil du temps mon travail s’est révélé de plus en plus sombre, mais j’aime aussi le cinéma plus optimiste, comme celui de Wes Anderson. Seulement, cela demande plus de maturité et je m’en sens incapable pour le moment.

De plus, à chaque fois que je commence un scénario avec de l’amour et des petits lapins roses, ça se finit en noir et blanc avec pertes et fracas.

Le cinéma de Tsukamoto est prégnant au sein du court aussi bien au niveau filmique que scénaristique. Un cinéaste phare pour toi ?

Il y a beaucoup de cinéastes japonais que je respecte, d’ailleurs Osc(DisT) se rapprocherait plus du cinéma de Sogo Ishii. Mais j’avoue que c’est devant un film de Tsukamoto que j’ai eu envie de devenir réalisateur, son Bullet Ballet m’a envouté.

Outre l’univers du cinéaste, on retrouve des effets asiatiques (manga, film). Quels sont tes modèles absolus en la matière ?

J’ai commencé à lire du Koji Suzuki, c’était juste après la sortie dvd du premier Ring, le film, à l’époque, était déjà bien efficace mais je trouve les romans réellement effrayants. Cet auteur est impressionnant. Je pense que si j’avais le pouvoir d’adapter une œuvre japonaise, ça serait surement le manga Gantz, qui mêle habilement SF, violence et fun !

Après, comme tout le monde, je me mets à genoux devant devant Otomo et je dis : oui monsieur, combien de sucres, monsieur ?

Osc fait forcément référence à l’aspect formel de la pellicule. Mais il colle à mon sens très bien au scénario du court fait de dérivations et de distorsions majeures d’où naît parfois une certaine incompréhension. Pour avoir opté pour ce flou artistique ?

L’idée de faire un film à l’américaine surexplicatif ne me branchait pas, en tant que spectateur, je préfère les structures complexes. Pour moi, les courts métrages sont faits pour affûter les couteaux en vue d’une vraie histoire. Dans le cas d’Osc, c’est le segment d’une envie plus profonde, il faut se laisser porter.

Entre Rêve et cauchemar, entre fantasme et réalité, le court navigue sans cesse deux monde dont on ne distingue pas tjs la frontière. Pas peur de casser le milieu de la drogue ?

Sur ce court, j’ai effectivement privilégié la sensitivité à l’émotion, je voulais qu’il ait une aura particulière. J’ai choisi de faire un film rock’n’roll où le son est aussi important que l’image. Les projets qui arrivent sont très éclectiques, certains, plus sombres et torturés d’autres, plus optimistes avec l’espoir d’arriver peu à peu à un équilibre.

LE TRAILER

Osc(DisT) - teaser

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