Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Break on through
La claustrophobie, la prise d’otage et le manque totale d’échappatoire sont des thèmes récurrents du thriller, maintes et maintes fois exploités à travers les époques. En digne héritier d’Hitchcock et de son sens de la mise en scène, l’espagnol Rodrigo Cortés impose cependant son deuxième long métrage, Buried, comme une expérience unique, étouffante, sacrément brillante et perverse.
Avec son scénario casse gueule et son énorme buzz, Buried avait tout pour faire peur, tant il rappelait de par son déploiement médiatique l’immense déception du genre que fut l’année passée Paranormal Activity. Très vite pourtant, le bébé de Cortés est remarqué en festival
et reçoit le Prix de la Critique à Deauville ainsi que le Prix du Nouveau Genre à l’Etrange Festival de Paris. Ce succès, Buried ne le tient pas tellement de son pitch, mais plutôt de l’intelligence de son réalisateur. Indéniablement cinéaste, Rodrigo Cortés pense d’emblée son film en termes cinématographiques, comme un objet où la forme doit coller au fond, sans épargner ni le personnage, ni le spectateur. « Buried n’est pas un film que l’on regarde passivement, explique-t-il. Il s’agit aussi de le ressentir. Le long métrage s’ouvre sur deux minutes d’écran noir, pendant lesquelles on n’entend rien d’autre qu’un homme respirer. Le spectateur commence le film avec Paul Conroy, vit ce qu’il vit et sait ce qu’il sait. Cette séquence était un bon moyen de prouver au public qu’il n’était pas devant un film noir, expérimental et introspectif, mais plutôt devant un thriller à haute tension, à la Hitchcok. Vous êtes dans un cercueil, certes. Mais c’est Indiana Jones qui est enfermé » Au-delà de l’expérience, Rodrigo Cortés prend surtout le pari de faire du spectaculaire avec du linéaire - soit rendre passionnante l’histoire d’un mec allongé dans un cercueil pendant 90 minutes, sans aucune séquence en extérieur. Aussi, concevoir et appréhender émotionnellement son scénario, c’est indubitablement le penser en terme de mise en scène. « Pour commencer, il faut renoncer au bon sens et ne pas se focaliser sur le décors, explique le réal‘. Si on utilise sa raison, on se rend compte qu’un tel film est impossible. Je ne voulais me rendre compte de ça qu’à la dernière minute, pour ne pas éprouver les contraintes de la logique. Je ne pensais qu’aux outils dont j’aurais besoin pour permettre aux gens de ressentir ce que je voulais qu’ils ressentent. Si j’avais besoin de tourner autour de mon acteur ou d’être caméra à l’épaule, je réfléchissais d’abord à l’outil à utiliser et à la façon dont je devais m’y prendre. Réfléchir autrement m‘aurait fait prisonnier des limites de mon sujet. »
Pour tenir la longueur, il fallait un acteur de taille. Il y a trois ans, Cortés prend dans la tronche The Nines, et tombe amoureux de son acteur principal, Ryan Reynolds, soit le Deadpool de Wolverine : « Ce mec est un véritable acteur. Il peut procurer des émotions très profondes par de tous petits gestes. Il est toujours authentique, pas seulement dans la façon dont il pleure ou hurle, mais dans la façon dont il écoute, dont il se tient ou dont il tient un objet. C’est dans des moments comme ceux-ci que la vérité transparait et que la magie se fait. Ryan a un sens parfait du timing. Il a un contrôle total des nuances et de la tonalité d’une scène. » Tourné en seulement 17 jours de quelques 30 à 50 plans chacun, Buried fut indéniablement une expérience physique et sensorielle pour son acteur qui, sous sa gueule d’héros de comédie
romantique, cache une intelligence de jeu, assez rare si l’on en croit Cortés : « Ryan ne voulait pas répéter, et au départ, je n’étais pas trop d’accord avec ça. Mais il tenait absolument à tout découvrir en même tant que son personnage, sans préparation. Il voulait que ce soit aussi inconfortable que possible pour lui. On l’a renvoyé à LA le dos en sang, les doigts cramés par le briquet et la peau brûlée par le sable. Mais tout le travail émotionnel fut bien pire. Il a du développer un panel émotions dont la plupart des gens n’auront aucune expérience. Il va de la peur primale à la panique, en passant par la joie, la colère, le renoncement, l’espoir, la frustration… Buried est une valse. Ryan Reynolds a été le meilleur partenaire de danse qu’on puisse imaginer. » Quasi unanime, la critique salue bien sûr la performance de l’acteur, mais aussi et surtout la virtuosité de la mise en scène. Inconnu au bataillon il y a encore peu de temps, Rodrigo Cortés signe ici un objet culte, parce qu’unique, parce qu’ambitieux, parce qu’honnête. Rendez vous six pieds sous terre dès le 3 novembre.
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