Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Un rêve éveillé
Jin se réveille après un cauchemar dans lequel il cause un accident de voiture en allant chez son ancienne compagne. Se rendant sur les lieux, il arrive sur la scène d’un accident identique à celui de son rêve.
La police retrouve le chauffard grâce à une caméra de surveillance et se rend chez le suspect. Jin suit les enquêteurs sans vraiment comprendre ce phénomène dans lequel il se sent impliqué, mais sa curiosité le conduit à vouloir percer ce mystère. Confrontée à la police, Ran, la suspecte, nie toute accusation de délit de fuite, disant qu’elle a dormi toute la nuit alors même qu’une voiture accidentée est garée devant chez elle. Jin s’avance et leur dit que c’est lui qui devrait être arrêté puisqu’il était le conducteur dans son rêve et que celui-ci s’est déroulé exactement de la même manière que dans la réalité. La police prend Jin pour un fou et arrête Ran. Celui-ci fournit des preuves pour montrer qu’il a pu, d’une certaine façon, être présent dans cette scène.
La police emmène Ran chez sa psychologue, qui confirme qu’elle souffre de somnambulisme depuis plusieurs semaines, au moment même où Jin a commencé à faire des rêves étranges. A travers cet inexplicable paradoxe, Jin et Ran découvrent une étrange corrélation entre eux : quand Jin rêve, Ran agit inconsciemment dans son sommeil.
En pleine évolution, le réalisateur coréen Kim Ki-Duk persévère avec Dream dans l’expérimentation cinématographique qu’il édifie comme une véritable expérience sensorielle enrobée de mystères et de métaphores au sein de laquelle le spectateur éprouve bien des difficultés à se situer. Témoin de la maturation et de la perpétuelle recherche d’innovation de l’auteur, Dream constitue une rupture totale avec les œuvres antérieures du cinéaste. Son obsession de l’eau s’assèche au gré d’une scène anodine (un verre d’eau versé dans la couche, sans effet) et le mutisme dans lequel il cloisonnait volontiers ses personnages se réduit considérablement, les héros de Dream franchissant une solide barrière linguistique pour entrer en communication (l’acteur est japonais et l’actrice coréenne, chacun s’exprimant dans sa langue natale). Le métrage s’avère ainsi être une composition minutieuse qui atteste de la volonté du metteur en scène du splendide The isle de s’extirper des canevas dans lesquels il s’était lui-même abîmé jusqu’à s’engourdir dans un cinéma un brin auteurisant.
Parallèle intéressant que celui de ces deux héros qui sombrent et s’ankylosent de concert et sans coup férir dans un gouffre aux méandres paradoxalement réguliers (certaines séquences ressassées à l’envi). Une régularité qui mène à l’irrégularité via des passages singuliers plus instinctifs qu’explicatifs. Embrumé par de nombreuses métaphores, une foule d’ellipses et une légion de faux-fuyants, le récit s’épaissit progressivement et amène inéluctablement le spectateur à remettre en question ce qui lui est donné à voir. Perdue entre rêve et réalité, entre matérialisme fourbe et vérité fantasmée à l’image des deux êtres qui se construisent cahin-caha une relation tendant vers la stabilité, la pellicule gagne en consistance autant qu’elle perd en pragmatisme et en clarté. Les deux personnages finissent par n’être plus qu’un (à l’image des estampes de Jin qui fonctionnent en effet
miroir), recourant à une série de stratagèmes tantôt doucement naïfs (les menottes) tantôt extrêmement violents (l’autodestruction de Jin) pour rendre leur vie de couple bricolée un tantinet viable. Dream dépasse le simple cadre de l’expérience pour se poser comme une profonde autopsie du couple qui n’hésite pas à investiguer sur les terres du passé (les relations tumultueuses avec les ex) pour décrire un présent invivable puisque découlant d’un inévitable manque de confiance. Yin et Yang, scissions chromatiques du plan, découpements finement ciselés, tout concourt à séparer et à réunir ces deux âmes écorchées par un fatalisme d’autant plus incontournable qu’il pousse à l’aliénation (le premier opus de Nightmare on Elm street de Craven jouait sur une tension similaire) et à l’implosion psychologique et physiologique.
Sélectionné au festival de San Sebastian et lauréat de la compétition 7ème parallèle du BIFFF 2009, Dream a su rencontrer son public et charmer par son maîtrise de la dramaturgie teintée de fantastique. Rêve éveillé enivrant qui contraint par moments à l’insomnie, le dernier film de Kim-Ki Duk reste nettement en-deçà de son The isle.
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