Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Un chasseur sachant chasser…
Après Pascal Laugier et son torture movie mystique Martyrs, Xavier Gens et son apocalyptique Frontières, Kim Chapiron et le diabolique Sheitan ou encore le duo Rocher/Dahan et leur zombiard La Horde, c’est au tour d’Antoine Blossier de s’attaquer au film de genre français avec son premier long métrage, La Traque (aka La Proie), survival forestier dans lequel une bande d’agriculteur partis défendre son territoire des méfaits d’un mystérieux prédateur se retrouve elle-même prise en chasse par le monstre, prisonnier des arbres et des ombres.
A l’origine de La Traque, il y a la rencontre de son réalisateur Antoine Blossier, avec Oliver Roussel, producteur audacieux auquel on doit notamment 13 Tzametti. Après un court métrage hommage au cinéma expressionniste très remarqué en festivals, L’Abomidable Malédiction du peintre Gray (2004), Blossierest en effet désireux de se frotter à la grammaire des films qui ont ravi son adolescence et façonné son univers de cinéaste. Lui et son co-scénariste Erich Vogel (qui travaille notamment sur Frisson Break) ont d’abord dans l’idée de signer une histoire de maison hantée, mais les conditions d’élaboration du script les font rapidement changer d’avis. Partis s’isoler en pleine campagne pour écrire, les deux auteurs décèlent dans les paysages ruraux typiques auxquels ils se confrontent
l’équivalent d’un véritable personnage de cinéma, un cadre idéal et bizarrement sous-exploité au développement d’un film de genre. Pour eux, la campagne française automnale peut être « aussi flippante que le Texas de Massacre à la Tronçonneuse ou le Maine de Stephen King ». L’idée d’une chasse familiale qui tourne mal séduit Olivier Oursel, dont le nom se greffe au développement du projet, développement qui s’étend sur près de deux ans. Pour le trio, l’enjeu est de parvenir à créer un équilibre entre cinéma français et survival, entre fantasmes de réalisateur et réductions budgétaires. Il ne s’agit pas seulement d’écrire un film de monstres, mais plutôt d’emmener la chose du côté des conflits, des tensions familiales, d’ancrer la menace dans un mouvement d’aller-retour entre intérieur (du groupe) et extérieur (la forêt). De cette dynamique résulte donc de fait un univers diégétique dense avec lequel il a fallu composer pendant les trente-deux jours de tournage, tant sur le plan théorique (narration et visuel) que pratique. « Le rapport créateur/créature est un truc qui m’a toujours fait rêver au cinéma, déclare Erich Vogel. Faire ça en France était assez excitant, même si on a dû, pour des raisons budgétaires, se calmer sur la gestation, la mutation et l’exposition des monstres. Du coup, on s’est resserré sur les personnages, ce qui a permis de très bien les connaitre, ce qui n’est pas plus mal ».
Ce souci d’équilibre se retrouve dans les influences citées par les deux hommes. Si l’on pense en premier lieu au célèbre Razorback de Russel Mulcahy (1984), Blossier et Vogel ont plutôt tendance à le réfuter, préférant invoquer le Cujo de Lewis Teague, les romans de Stephen King, The Descent de Neil Marshall, mais aussi La Traque de Serge Leroy et certains Claude Chabrol. A ce panel viennent bien sûr s’ajouter les noms de John Carpenter et Walter Hill, ainsi que l’incontournable Jaws de Steven Spielberg, comme le confirme le réalisateur : « Jaws est sans aucun doute le film que j’ai le plus regardé pour La Traque, notamment pour l’incroyable capacité de Spielberg à filmer des scènes d’agression et de tension sans jamais montrer le requin. Lors du scénario, Erich et moi tentions d’élaborer des scènes se déroulant dans des décors susceptibles de cacher les bêtes. En gros, nous avons remplacé la mer par la végétation de la forêt… ».
L’intelligence de traitement de La Traque réside
vraisemblablement dans l’ingestion de ces références. Il s’agissait de d’abord considérer ce qui était propre à la France et aux paysages investis avant d’y accoler les références américaines. Pour Erich Vogel : « L’idée, c’était avant tout de faire un film d’horreur français, pas un ersatz de film américain avec des adolescents qui courent pour échapper à un tueur. On l’aurait obligatoirement moins bien fait que les américains, parce qu’on n’aurait pu l’ancrer dans aucune réalité crédible. ». De cette prise de distance, La Traque tire un potentiel certain qui n’a pas échappé au comité de sélection des festivals, puisque le film a cette année trainé ses guêtres à Gérardmer, au BIFFF, au Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg et au Festival International du Film de Rome. A vos fusils le 13 juillet.
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