Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
"Balivernes !"
On ne change pas une recette gagnante. A chaque fin d’année, il est strictement impossible de passer à côté d’une quelconque adaptation du classique littéraire de Charles Dickens, Un chant de Noël, que ce soit à la télévision, ou quelquefois, au cinéma. En 2009, c’est au tour du génial Robert Zemeckis de livrer sa version du célèbre conte, avec une idée originale et réjouissante : utiliser la Motion Capture et la 3D.
Ecrit en 1843 afin par Dickens afin de rembourser une dette, Un Chant de Noël nous emmène à la rencontre de Ebenezer Scrooge, un vieil homme acariâtre et grippe-sou qui, le soir de Noël, reçoit la visite de trois entités : les Fantômes des Noëls passés, présents, et futurs. Ces esprits lui font revivre certains moments de sa vie, lui en feront découvrir d’autres, mais ont surtout pour but de lui montrer la voie de la rédemption, qui passe inévitablement par l’altruisme. Malgré des frais
de production désespérants pour l’auteur, c’est par miracle que son ouvrage, initialement intitulé A Christmas Carol in Prose, Being a Ghost Story of Christmas, connait à la fois un grand succès public et critique, et les éditions se vendent comme des petits pains (tiens, une expression que je n’avais pas utilisé depuis au moins 8 ans !).
La toute première adaptation cinématographique de l’œuvre-phare remonte à 1908, où l’acteur Tom Ricketts tenait le rôle de Scrooge. Depuis, on dénombre près d’une trentaine d’adaptations audiovisuelles, allant aussi bien de la comédie musicale (Scrooge - 1970) à la comédie tout court (Scrooged, avec Bill Murray - 1988), sans oublier les innombrables versions animées avec les Muppets ou Mickey Mouse (d’ailleurs, rappelons que Carl Barks a créé le personnage Balthazar Picsou d’après le texte de Dickens, d’où le nom original du célèbre canard, Scrooge McDuck). Un must pour les fêtes de fin d’année, avec son lot d’humour, d’émotion, et de morale chrétienne pour toute la famille.
2003, Robert Zemeckis, réalisateur célèbre et adulé de Retour Vers Le Futur, Qui veut la peau de Roger Rabbit ? (et pas l’inverse) ou encore l’Oscarisé Forrest Gump, signe un joli conte de Noël tout en images de synthèse - et en 3D selon les salles - nommé Le Pôle Express. Le film reçoit des avis partagés de la presse, il y a ceux qui aiment la performance capture et admirent l’aspect visuel du métrage et ceux qui trouvent le résultat moche et creux. Le même problème se posera avec le pourtant grandiose, que dis-je, épique La Légende de Beowulf, où si l’on note une véritable amélioration,au niveau de la captation des expressions du visage, certains choix de mise en scène n’étaient pas sans rappeler certaines cinématiques de jeux vidéo. Toujours est-il que dans une scène du Pôle Express, l’un des nombreux personnages incarné par Tom Hanks utilise une marionnette de Ebenezer Scrooge, dont le design, inspiré des illustrations originales de John Leech, restera le même entre les deux films.
Pour Walt Disney Pictures, dont c’est la troisième adaptation depuis
l’achat de la compagnie de Jim Henson, et donc, de Noël chez les Muppets, le choix était plus qu’évident : pour redonner vie au conte, Robert Zemeckis était l’homme de la situation.
"Evidemment, c’est une incroyable histoire de rédemption, et bien entendue, universelle... Mais j’ai aussi réalisé à quel point elle était cinématographique !, explique le cinéaste, Dickens l’a écrit un siècle avant la création du cinéma, et il l’a pourtant écrite de façon totalement filmique. C’est stupéfiant, et c’est surtout cela qui m’a donné envie de l’adapter sur grand écran."
Vu la passion du bonhomme pour placer des éléments irréels dans un semblant de réalité (une DeLorean qui disparait, des Toons qui se saoulent dans un bar, Tom Hanks qui rencontre Kennedy et j’en passe, sa filmographie recelant d’exemples), et chez qui l’aspect visuel dessert avec brio une bonne histoire, on ne peut que comprendre son enthousiasme et lui accorder notre entière confiance.
Souvent critiqué, Zemeckis justifie son utilisation de la technique de performance-capture : "J’aime beaucoup la liberté que cela permet au réalisateur... Je ne sais pas si je l’utiliserais sur tous mes films, mais j’aime vraiment ce procédé, et si je trouve une histoire qui convient, je serais heureux de l’utiliser à nouveau.".
Le Performance-Capture, comme son nom l’indique, permet de saisir le meilleur du jeu des acteurs pour le retranscrire ensuite dans des images entièrement composées, le cinéaste utilisant la métaphore de la peinture : il faut écrire le film en réfléchissant à l’avance au contrôle total de chaque scène... Un enjeu risqué, mais libre, où le physique des acteurs importe peu, tant que sa prestation est juste. "La direction d’acteur ne change pas par rapport à un film classique [...], il faut expliquer à l’acteur si on veut que son jeu soit plus ou moins intense. Ce procédé met les acteurs à égalité, si vous êtes parfaits pour un rôle, le physique ne compte pas."
L’autre aspect attirant de cette relecture moderne, c’est l’implication de Jim Carrey dans le projet. Totalement fasciné par l’univers du conte, qu’il a découvert tout jeune grâce a un Téléfilm datant de 1971, où la prestation de Aleister Sim l’a bluffé, c’est presque sans hésiter que le comique canadien au mimiques légendaires s’est engagé dans l’affaire.
"Il y a des challenges [à faire ce film, ndlr], mais il y a aussi beaucoup de bénéfices, puisque tu peux jouer une scène entière, descendre 25 pages de scénario par jour. C’est incroyable, c’est comme jouer une pièce de théâtre, tu dois connaître tes répliques par cœur" confiait le comique à la presse au début du mois, avant de poursuivre : "J’étais entre de bonnes mains, je n’avais donc pas peur... et j’étais fasciné par la technologie et les possibilités qu’elle offre. [...] Maintenant que j’ai vu le résultat, je envie de recommencer. C’est vraiment une forme d’art merveilleuse." Il faut dire qu’il ne se contente non pas d’un seul rôle mais 8... enfin presque, puisqu’il incarne, grâce à la magie d’aujourd’hui, Scrooge a différentes époques de sa vie, ainsi que les 3 fantômes de la rédemption.
Si la star hilarante assure évidemment le show même sous ses avatars
numériques (à coups de gesticulations et de "Balivernes !") , il est accompagné par les tout aussi excellents Gary Oldman (qui joue feus ses anciens associés Bob Cratchit, Marley et le jeune Tiny Tim), Colin Firth (Fred, le neveu optimisme de l’homme d’affaire mal-aimé) et Bob Hoskins (Mr. Fezziwig, ancien patron de Ebenezer), entre autres. C’est la première fois que les acteurs sont confrontés à une telle manière de jouer, et autant dire qu’ils n’ont pas l’air désenchanté de jouer dans cette histoire, justement, enchantée.
Quant à Zemeckis, il renoue évidemment avec son compositeur fétiche, Alan Silvestri, pour signer une Bande Originale aux accents de poésie et d’aventure, combinés à l’esprit de Noël.
Sorti le 4 novembre au Royaume-Uni et le 6 Outre-Atlantique, le film a rapporté en 10 jours pas moins de 74 millions de dollars à travers le monde. Un joli score pour un succès programmé de fin d’année (mais attention, le grand méchant AVATAR ne va pas tarder à arriver !) qui, semble t-il, n’a pas convaincu toute la presse, assez partagée, mais louant ) l’unanimité - et c’est rare - la richesse visuelle du film. A nous de juger le 25 Novembre prochain, et autant dire que, tel un gamin devant ses cadeaux sous le sapin, on en trépigne d’impatience !
LE TRAILER
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