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L’envol de Zack Snyder.
Réalisateur à la fois détesté ou admiré des cinéphiles depuis les succès de L’Armée des Morts (2004), 300 (2007) et de Watchmen - Les Gardiens (2009), Zack Snyder nous revient cette année dans un registre pas si différent, celui de l’animation, avec l’adaptation de la saga littéraire de Kathryn Lasky Les Gardiens de Ga’Hoole. Retour sur un défi visuel que le metteur en scène avoue sans peine avoir accepté de mettre en scène pour ses propres enfants.
Pas loin d’être décrit comme un Seigneur des Anneaux pour plus jeunes, l’épopée de Lasky suit les aventures de Soren, jeune chouette fascinée par les légendes autour des gardiens de Ga’Hoole, des guerriers à plumes luttant contre les forces du mal, qui mettent en péril la communauté des chouettes de Sang-Pur. Lorsque le terrible Bec d’Acier et son armée reviennent à la charge, Soren se voit obligé de suivre un apprentissage pour devenir à son tour l’un de ces gardiens, et sauver son espèce toute entière.
Initiée en 2003 et achevée en 2008, la série se divise en 15 tomes dont seuls les trois premiers ont servis de base à l’adaptation cinématographique, dont la production fut engendrée dès 2005. Partant dès le départ sur l’idée d’un long-métrage entièrement en images de synthèse, la Warner Bros fit alors appel à l’auteure elle-même pour scénariser l’adaptation (avant d’être entièrement réécrit plus tard par John Orloff et John Collee). Le projet stagnera alors durant 3 années, jusqu’au moment où Village Roadshow Pictures, connue pour avoir amplement contribué à la trilogie Matrix, engage officiellement Zack Snyder, alors à peine sorti du succès de l’aventure 300 qui a alors marqué les esprits pour sa violence graphique et son esthétisme particulière. Conquis par les croquis du directeur artistique Grant Freckelton, Snyder voit en ce projet l’occasion de signer là où personne ne l’attendait, et se lance dans un défi risqué : signer un film d’animation qui conserve pourtant sa patte visuelle désormais reconnue (et décriée).
Pourtant, Snyder est loin d’être un mauvais choix pour diriger le long-métrage.
Alors qu’il étudiait la peinture en Angleterre et le design en Californie (par ailleurs, il avait pour camarades de classe Michael Bay et Tarsem, ça vous étonne ?), le futur cinéaste restait un féru de films d’animation, ne perdant pas une occasion de découvrir les nouveaux métrage des studios Disney, tel Le Roi Lion, sorte de descendant du Royaume de Ga’Hoole quand on y réfléchit.
Une passion venue assez tardivement, puisque enfant, ce sont plutôt des posters de feu Frank Frazetta, des revues sur La Guerre des Etoiles et des exemplaires de Métal Hurlant qui peuplaient sa chambre.

Faites un mélange de tout cela et vous obtiendrez exactement le résultat attendu pour ce film. Avec la contrainte d’enlever toute violence sanglante possible du film, tout en restant une aventure épique et sombre aux couleurs des dessins de Frazetta, Snyder se voit forcé de collaborer avec les artisans de Animal Logic, la société derrière l’excellent Happy Feet de George Miller pour rendre cette aventure crédible. "Je voulais qu’on puisse s’immerger dans le film et qu’on le prenne sérieusement" affirme le cinéaste "Je ne voulais pas que l’idée que des chouettes portant des casques et ayant leur propre culture puisse faire sourire. Pour cela, il fallait que tout soit extrêmement réaliste (...) L’univers de Kathryn est sombre : dès le départ, on a compris que le film devait l’être aussi."
Clamant sans complexe que son métrage s’inscrit dans la lignée de Star Wars ou du Monde de Narnia (oui bon, à une échelle différente... on le saurait si "Niania" était aussi réussi que la saga de George Lucas - l’originale, bien sûr), le projet part donc sous de bonnes augures aussi bien pour l’équipe que pour les studios, lesquels décident d’en faire un film en 3D dès le débout des conversations. "Je voulais que la 3D ouvre une fenêtre sur un autre monde, qu’elle nous emmène dans un univers inconnu, à l’instar d’Avatar" souligne Zack, lequel se met alors à expérimenter avec ce joujou aux règles parfois compliquées. Un long processus qui semble servir à merveille les graphismes photo-réalistes de Animal Logic tout en permettant à Snyder de perpétuer sa tradition, c’est à dire balancer des ralentis à tout va et sans cesse jouer avec les effets stylistiques. Pourtant, cette expérience enrichissante l’a également convaincu de ne pas convertir son prochain métrage, Sucker Punch, de crainte de bâcler son travail.
Si il admet que mettre en scène un film d’animation ne change pas vraiment de la réalisation d’un film live, le cinéaste reconnait volontiers qu’il a voulu faire attention aux moindres détails - même presque invisibles, telle la puissance de l’air lorsque nos protagonistes volent - afin de coller aux mieux aux illustrations et storyboards qui ont suivis le projet. Zack Snyder ne peut-il donc pas mettre en scène sans adapter à l’image près un support ? Je vois les détracteurs glousser derrière leurs écrans, mais reconnaissons que ce travail d’adaptation est tout de même bien différent que celui de coller à la puissance graphique des œuvres de Frank Milller, Alan Moore et Dave Gibbons.
Pour le film, Snyder s’est également entouré d’un casting vocal un peu fourre-tout mais d’une grande teneur, à commencer par Jim Sturgess, découvert dans Across The Universe, qui prête son timbre de voix au jeune héros ailé. Face à lui, le maléfique Bec d’Acier est doublé par Joel Edgerton, que l’on retrouvera prochainement dans le "prequel" (inutile) de The Thing. Mais c’est surtout les voix des personnages secondaires qui pourraient intriguer le cinéphile anglophone curieux, puisqu’on y retrouve Helen Mirren en méchante Reine chouette, mais aussi Sam Neill, Hugo Weaving, Geoffey Rush, David Wenham, Anthony LaPaglia et même Leigh Whannell, l’un des géniteurs de Saw. Et pour l’anecdote inutile de cet article, vous remarquerez que ces derniers ont tous pour point commun d’être originaire d’Océanie !
Sorti en Real3D et IMAX 3D le 24 Septembre dernier aux USA, il est malheureux de constater que Le Royaume de Ga’Hoole n’a semble t-il pas convaincu tout le monde : les critiques presses sont jusqu’alors très partagées, clamant que malgré sa beauté plastique et son ton assez noir pour un film pour enfants (après tout, c’est un film classé PG comme on en trouve de plus en plus), l’histoire ne prend jamais réellement son envol. Oh, même pas fait exprès, tiens. Quant au Box-Office, le film a déjà remboursé son budget de 80 Millions de dollars en amassant, à l’échelle mondiale à ce jour, environ 91 Millions.
Autant dire que le défi a l’air assez bien relevé pour Zack Snyder, lequel se dit déjà prêt à retourner dans le domaine de l’animation... si il en trouve le temps ! Alors qu’il est encore plongé dans la post-production de Sucker Punch, son film d’action-fantasy déjanté qui nous laisse craindre - à la vue de la simple bande-annonce - une overdose du Zack Snyder’s style qui fait à la fois son charme et sa malédiction, ce dernier vient d’être officiellement nommé à la tête du reboot très attendu de Superman, produit sous l’égide des frères Nolan, nouveaux maîtres à penser des studios Warner. En attendant, si vous voulez voir une aventure épique avec un héros qui vole, c’est dans les salles qu’il faudra vous ruer, avec ou sans vos bambins, le 27 Octobre prochain !
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