Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Burn, motherfucker, burn.
Si la saga des Twilight a redonné au mythe vampirique une place de premier choix dans ce lac immense et insondable qu’est la culture populaire, elle a aussi contribué à le priver de sa part traditionnelle de subversivité. Aussi, une parodié du genre eut-elle été la bienvenue, à condition d’être suffisamment pertinente et intelligente pour rendre à la légende tout son mordant et son cynisme. C’était sans compter sur l’intervention des spécialistes du détournement que sont Jason Friedberg et Aaron Setltzer et qui, après les désastres critiques et commerciaux qu’ont été Big Movie, Sex Movie, Spartatouille et Disaster Movie, remettent ça avec Vampires Suck, aka Mords-moi Sans Hésitations.
De lifting en lifting, le vampire commence à tirer la gueule. L’avènement de Twilight et du portrait social qu’il sous tend pousse le mythe dans ses derniers retranchements. Désormais, semble-t-il, il n’y a pour lui que deux échappatoires : le refus du romantisme et le retour à la monstruosité de la goule, sous entendu dans le roman de Guillermo Del Toro et Chuck Hogan La Lignée et visuellement exploité dans le récent Daybreakers des frères Spierig, ou le recours à la parodie, parti pris du belge Vincent Lannoo et de son mockumentary
Vampires. S’il nous avait habitué à plus politiquement incorrect, ce dernier avait au moins le mérite d’avoir compris ce dont il se moquait et de s’attaquer aux clichés du genre de façon pertinente, et surtout sincère. Incontestablement, le réalisateur belge croyait en son sujet, ce qui, au regard des critiques, n’est pas le cas de Friedberg et Setlzer. « Mords-moi Sans Hésitation se plante en beauté, écrit Alistair Harkness du quotidien écossais Scotsman, du fait du principe appliqué par ses réalisateurs de simplement pasticher des scènes du film original, sans chercher à comprendre où et comment pourrait s’exprimer la satire. » En effet, là où il aurait pu frapper fort et embrasser en une seule et même parodie l’ensemble des codes du film de vampires, Mords-moi Sans Hésitation se contente lascivement de ne « s’attaquer » qu’à Twilight et son lot de scènes cultes auprès des fans. Grosso modo alors, ce sont les trois premiers films qu’on nous ressert, condensés en un seul où, à un romantisme échevelé, se substitue un humour des plus lourdingues et surtout, sans respect aucun pour le modèle original : la simple conception d’une scène gag où, parce qu’elle s’est coupé le doigt, Becca (aka Bella) saigne et se voit ainsi figurée en Big Mac par les vampires, en dit long sur l’attachement et l’intérêt des réalisateurs au mythe dont-ils se moquent.
Aussi n’est-on finalement pas étonné de constater l’échec cuisant du film au box office américain. La célèbre base de données de critiques rottentomatoes.com le répertorie comme le film le moins côté de cette année 2010. Car au-delà d’un manque flagrant de profondeur - ce qui, en soit, n’excluait pas que le film ne soit pas bêtement efficace - on souligne la platitude de l’interprétation et la non exploitation des
quelques points forts du casting, tels que Ken Jeong et Dave Foley. A cela, vient s’ajouter le non fonctionnement de la majorité des scènes de gags ; Peter Bradshaw pour le Guardian va même jusqu’à écrire : « La dernière fois que j’ai vu une salle de cinéma aussi silencieuse, c’était pendant la projection de Winter Light de Ingmar Bergman ». En définitive donc, le film ne s’impose que comme une pâle comédie/copie visant à la fois à ne pas irriter les fans, mais aussi finalement à les contenter en leur resservant sur le mode de l’humour un film qu’ils connaissent déjà par cœur. Incontestablement, Mords-moi sans hésitation n’est pas la déflagration cynique et satirique qui pourra égratigner un peu le cercueil doré dont est prisonnier le mythe du vampire. On dit qu’on renait toujours de ces cendres ; faites sauter les salles dès le 24 novembre.
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