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Le fabuleux destin de Nemo Nobody
Treize ans après la sortie du Huitième jour arrive sur les écrans Mr Nobody, troisième long métrage du réalisateur Jaco Van Dormael. Une très longue gestation explicable par l’ampleur colossale de la tâche que s’est fixée le cinéaste : envisager pour un seul et même personnage une multiplicité de vies potentielles selon les choix qu’il opère.
"Le film découle d’un court-métrage de 1982, intitulé E pericoloso sporgersi qui entrainait une bifurcation à deux possibilités, explique le réalisateur. L’histoire envisageait deux possibilités à partir d’une seule situation : un enfant qui court derrière un train, s’il part avec son père ou s’il s’enfuit avec sa mère, avec deux trajectoires différentes selon le choix. Les possibilités étaient juste binaires." Désireux d’exploiter plus avant ce mode binaire, Van Dormael se voit finalement devancé par les sorties de Lola rennt et de Sliding doors qui reprennent cette dynamique. Dès lors, le cinéaste décide de calquer son procédé sur la complexité de la vie, à la manière des jeux vidéo qui, à partir d’un choix, entraînent plusieurs possibilités, elles-mêmes subdivisées en plusieurs options.
"Je voulais m’intéresser à ces multiples possibilités et à la dynamique du choix elle-même, poursuit-il. Quand on tombe amoureux et qu’on décide de vivre avec quelqu’un, on choisit mais pour quelles raisons ? Qu’est-ce qui fait qu’on tombe amoureux ? Pourquoi cette femme-là ? Chaque option contient une série de causes et de conséquences qu’on ne contrôle absolument pas. Souvent, le choix implique un pari sur des choses dont on ne maîtrise ni les conséquences ni les causes qui peuvent être génétiques, éducatives, physiques. Je souhaitais parler avec un médium qui est en général simplificateur de complexité de la condition humaine. J’adore faire du cinéma et raconter des histoires. Mais dans le cinéma, toutes les scènes ont une nécessité et servent toutes à aller vers la fin de l’histoire, les conséquences et les causes sont immédiates alors que la vie d’un homme est remplie d’une foison d’imprévus. Je peux tenter de justifier tout ce qui arrive mais uniquement par consolation car, fondamentalement, ça m’échappe. La vie fonctionne selon le principe de l’entropie, tout va vers la dissipation et sans doute que le fait de raconter une histoire amène le phénomène inverse, tous les éléments convergeant vers une sorte d’entonnoir. Le film est peut-être une consolation, une justification de ce qui m’échappe habituellement."
Pour donner corps à cette multiplicité des vies, Van Dormael use de toute une série de procédés filmiques qui assurent la cohérence tant formelle que narrative de l’oeuvre. "On a essayé avec Christophe Beaucarne, le
chef opérateur, de trouver une manière différente de filmer pour chaque vie, ce qui est assez jouissif pour un cinéaste qui peut puiser dans toute la palette du cinéma." Ainsi, chaque vie possède-t-elle sa propre grammaire visuelle (caméra à l’épaule, caméra indépendante, découpage claqué sur d’autres séquences) et ses propres teintes chromatiques (rouge, jaune, bleu et blanc, selon l’existence dans laquelle on se trouve). Autant de détails qui soutiennent le récit, le rendent uniforme et assurent une certaine fluidité de cette oeuvre inclassable qui puise autant dans le registre de la SF (l’épopée martienne, notamment) que du tragique, dans la comédie que dans le fantastique. S’inscrivant dans une pluralité de genre sans s’en réclamer d’aucun, Mr Nobody est une sorte de film-somme de cent ans de cinéma. Un pied-de-nez au conformisme réducteur de certains réalisateurs trop prudents. Un pendant cinématographique aux épandages philosophiques d’un Paulo Coelho.
LE TRAILER
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