CHRONIQUE DVD

PREVIEW DTV - Brand upon the brain

5 octobre 2009 | Par : Damien Taymans

Double enfance

À la demande de sa mère mourante, Guy Maddin retourne sur l’île où sa famille a longtemps vécu, pour repeindre le phare. Ce faisant, il se remémore son enfance, alors que sa mère était l’autoritaire directrice d’un orphelinat et que son père passait tout son temps dans son atelier à travailler sur ses mystérieuses inventions. Guy est particulièrement hanté par le souvenir de Wendy, une jeune détective venue un jour sur l’île, déguisée en garçon, pour enquêter sur la nature des étranges cavités remarquées dans la tête de tous les enfants de l’orphelinat.

Nouveau tableau de vie pour Guy Maddin qui recourt une nouvelle fois à l’autobiographie pour coucher sur pellicule ses souvenirs les plus troublants et ses fantasmes les plus imagés. A l’origine de cette bande, un épisode tortueux d’une vie torturée, le récit d’une enfance sous tension, sans cesse menacée par les invectives entre mère et grande sœur, alors à l’aube de l’adolescence. De ce morceau d’existence naît une histoire étrange à laquelle viennent se mêler d’autres influences, artistiques celles-là. D’abord, le cinéaste soigne l’esthétique de son œuvre suivant les prérogatives formelles de l’expressionnisme cinématographique de l’ère muette : la sublime photographie en noir et blanc granuleux et le jeu des lumières de Benjamin Kasulke trouvant pleinement sa raison d’être dans cette reproduction essentiellement picturale des cauchemars et névroses enfantines. Ensuite, Maddin et son fidèle co-scénariste Georges Toles incorporent des éléments des récits policiers de jeunesse dont ils reprennent la figure du détective adolescent, cet entre-deux-âges situé entre-deux-mondes, porte-étendard sexué d’une adolescence en voie d’émancipation. Enfin, s’y ajoutent une série de traumas propres à la prime enfance, comme la lente agonie qui succède à la première rupture. Un certain nombre d’influences qui composent ce film-patchwork, constitué de nombreuses strates et de nombreux faux-semblants (Wendy devient Chance et brouille les pistes d’une sexualisation déjà difficile) qui ajoutent à la complexité de l’ensemble.

Compilation de symboles freudiens et lacaniens, allégorie du matériau même sur lequel elle est imprimée (la métaréflexion sur le septième perdure), Brand upon the brain est une œuvre perturbante et troublante, une expérience éminemment sensitive qui, sous couvert d’images poétiques, traite avec une rigidité proche de celle de Houellebecq (l’écrivain, pas le piètre cinéaste) l’effarant traumatisme d’une enfance perturbée. De l’abandon de la mère à l’embrassade de la mer, il n’est qu’une enjambée phonique que Maddin franchit avec une aisance déconcertante.

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