CHRONIQUE DVD

PREVIEW DTV - Moon

12 janvier 2010 | Par : Metzgerin

La face cachée de la Lune

Sam Bell a été envoyé sur une station lunaire pour superviser le forage de l’Hélium 3, ressource énergétique nécessaire à endiguer la crise que connaît la Terre. Il a laissé femme et enfant depuis trois ans et partage sa solitude avec Gerty, son robot de compagnie. Il est sur le point d’arriver au terme de sa mission, le jour où il commence à avoir des hallucinations. Sam devient-il schizophrène ou serait-ce la société Lunar qui ne veut pas le laisser revenir sur Terre ?

Si, à la lecture du synopsis et au début du visionnage de Moon, on s’attend à un film de SF classique, le premier long métrage de Duncan Jones (fils de David Bowie !) est, en réalité, tout à fait différent des premières expectatives. A l’image de District 9, l’univers extra-terrestre ne semble être qu’une sorte d’alibi permettant d’aborder le thème de l’Homme, engendrant ainsi une réflexion sur la place de nos émotions, qui nous différencient des machines, même lorsque les sentiments se révèlent avoir été programmés comme un simple logiciel… Néanmoins, l’objectif de Moon n’est pas d’embrouiller le spectateur dans une énième cogitation sur le thème de la relation homme-robot, bien que le réal dispose d’un diplôme de philosophie ! Il offre un regard différent que celui engendré par les derniers films de science-fiction : pas de créatures à tentacules, bastons intergalactiques et autres confrontations sous fond de voie lacté, étant plus proche de 2001 : l’Odyssée de l’Espace de Kubrick que de la saga Star Wars.

Le film confronte le personnage de Sam Bell à sa propre solitude, dès les premières minutes du film. Le contrat qui le lie à Lunar durant trois ans, c’est donc toute une vie qu’il a dû laisser derrière lui, faisant de lui une sorte de Robinson Crusoë spatial. Son seul contact est celui du robot Gerty, dont seule la voix (celle de Kevin Spacey en version originale !) et les expressions lui rappellent ses semblables. Ces dernières sont sur un petit écran, via un smiley animé dont les sourires et mimiques changent au fur et à mesure de leurs échanges. Pas de cyborg quasi humain comme celui d’Alien, donc, mais davantage un acolyte mécanique, protégeant Sam et l’aidant dans son travail. Mais du statut de simple amas de ferraille plus bavard que la norme, Gerty devient progressivement le seul soutien de Sam, tandis que les évènements commencent à prendre une tournure plus étrange. En effet, alors qu’il s’approche de la fin de son contrat, l’astronaute se voit soudain assailli de visions, plongeant progressivement Moon dans une ambiance plus nébuleuse, voire angoissante, faite de non-dits et d’interrogations naissantes. Alors qu’il se déplace à l’extérieur de la base, sur la station, il est victime d’un accident, et il réalise à son réveil qu’il a été sauvé par un autre homme lui ressemblant étrangement. Ce dernier ne cesse de remettre en question toutes les certitudes de Sam, et c’est à cet instant précis que Moon gagne en profondeur, en intérêt, plongeant également le spectateur dans une spirale enivrante car délicieusement troublante. La question d’un complot liant Lunar à ses employés lunaire se forme, doublée de la suspicion de clonage et d’une multitude de mensonges… Alors que l’intrigue se tisse à une vitesse effrénée, on ressent toutes les tares des relations humaines, du manque de confiance et de la complexité qui lie parfois les êtres entre eux. Et au milieu de toutes ces interrogations, Gerty semble doté de bien plus d’émotions que ceux qui envoyèrent Sam et ses semblables sur la face cachée de la Lune. Son omniscience les aide à découvrir la vérité, allant par delà les ordres de ses supérieurs.

Cela faisait longtemps qu’un film de science-fiction n’avait pas fait preuve d’autant de sincérité et de puissance, allant par-delà les clichés des bobines de ce genre. Pour une fois, ce ne sont plus des créatures inconnues que le personnage principal se voit obligé de confronter, mais bien ses semblables, dans tout ce qu’il ont de plus pervers et d’immoral. Poignant, émouvant, mais surtout fascinant, Moon est un bon uppercut pour le spectateur habitués aux épopées spatiales classiques, et pour les autres également. En somme, une excellente bobine qui fit sa première mondiale au Festival de Sundance, rafla des prix dans divers festivals… mais ne bénéficia hélas d’aucune sortie en salles, ce qui se révèle être terriblement dommage… Il faudra donc se rabattre sur la sortie DVD du film pour visionner cette perle !

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