Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Mauvaises graines
Vous êtes-vous déjà demandé quels étaient les personnages les plus flippants dans le cinéma d’horreur ? Monstres crades et autres boogeymans surréalistes n’entrent pas toujours dans le top 5. Les mêmes qualificatifs reviennent : silencieux, imprévisible, observateur, lunatique… Le genre de personne que vous ne remarquez pas en temps normal, entrant dans votre espace de sécurité sans que vous ne vous en rendiez compte, et qui donne le coup fatal sans que vous ne le soupçonniez l’espace d’une seconde. Encore plus incognito que votre gentil voisin de palier, et bien plus dangereux que le poltergeist qui squatte votre grenier. Parce qu’en plus, si vous répandez la nouvelle comme quoi votre môme de six ans projette de vous tuer, c’est la camisole assurée. Petite rétrospective sur les enfants méchants au cinéma.
1976 : deux pays différents, deux thèmes, une hantise : des gamins aux mœurs inhabituels s’en prenant aux adultes. D’un côté, il y a La Malédiction de Richard Donner, et de l’autre Les Révoltés de l’An 2000, de Narciso Ibànez Serrador. Le premier met en scène un couple de parents inquiétés par le comportement de leur rejeton, qui se révèle être l’Antéchrist. Le film connaît un certain succès, et est suivi de suites puis d’un remake sorti le 6 juin 2006, pour coller avec le 666 cher aux idéologies satanistes. La Malédiction reste néanmoins plus soft que son aîné L’Exorciste, datant de 1973.
Entre la prestation bluffante de Linda Blair (qui a dû affronter menaces de mort, insulte et voir sa carrière prometteuse réduite à néant) et les manifestations paranormales durant le tournage, le film de William Friedkin reste un des films d’horreur les plus rentables de l’histoire, avec 402 500 000 $ de recette dans le monde entier.
Les Révoltés de l’An 2000 tape dans un autre registre, moins tape à l’œil et américanisé que La Malédiction. L’atmosphère s’installe lentement, le couple de touristes ne présentant pas de failles justifiant d’un quelconque courroux diabolique. L’absence apparente d’habitants sur cette île dissimule en réalité le règne silencieux et tyrannique d’enfants ayant assassinés tous les adultes de l’archipel. Face à de telles bouilles d’anges, Narciso Ibànez Serrador pose la question suivante, qui fait d’ailleurs office de titre dans la version originale : qui pourrait tuer un enfant ? Alors qu’ils représentent l’innocence qu’est ce qui pourrait les pousser à tuer ? Quels sont leurs motifs ? Ils sont censés être exempts des mœurs violents des adultes, de leurs manipulations, de leur hypocrisie. Le cinéma de genre transforme la pureté enfantine en menace suprême, car imprévisible, versatile, mais surtout insoupçonnable. L’argument du gosse taré sert aussi des productions moins tournées vers l’horreur, alibi de dernière minute pour surprendre le public, à l’image du final d’Identity, thriller noir largement inspiré des Dix Petits Nègres d’Agatha Christie. Une dizaine d’années plus tard, c’est au tour d’une nouvelle de Stephen King d’être adaptée par Fritz Kiersch : Children of the Corn. Cette fois-ci, les enfants massacrent les adultes sous le commandement d’une force démoniaque qui semble habiter les champs de maïs. Le tout est assez kitch et a relativement mal vieilli, mais a cependant eu droit à un remake sorti fin août 2011 en DTV, chez nos amis les ricain
Après une baisse des bobines tournées vers les gamins maléfiques, la fureur des enfants-ados reprends en 2007, avec le remake de Funny Games déjà réalisé par Michael Haneke, dix ans auparavant. Le jeu malsain des deux jeunes s’additionne à la peur du boy next-door qui cache bien son jeu, à la pureté factice d’un visage juvénile. Dans la même tranche d’âge, James Watkins réalise Eden Lake en 2008, où un couple voit son week-end tranquille perturbé par un groupe d’adolescents. Le film est relativement trash, ne laissant aucun échappatoire, ni même la plus infime des happy endings. Jack O’Connel interprète un teen british impressionnant, bien loin du personnage extraverti et jovial qu’il jouait dans la série Skins. Et n’oublions pas l’excellent The Children de Tom Shankland,
pamphlet caché anti-avortement blindé de meurtres où les armes les plus dangereuses se révèlent être les jouets des gosses : crayons, luge, poupée… De quoi faire perdre à plus d’une personne l’envie de faire des gosses. Comme se plaît à le rappeler le film de Lynne Ramsay, We Need to Talk About Kevin, sorti en salles le 28 septembre 2011 ? Tilda Swinton y interprète une mère inquiète par le comportement de son fils, s’interrogeant sur sa responsabilité, se rappelant des étapes de sa vie depuis la naissance de Kévin, pour comprendre ce qu’elle aurai pu ou dû faire. De là à savoir si elle a enfanté un monstre… le lien est peut-être plus ténu qu’il n’y paraît.
Je vous laisse réfléchir posément à la dangerosité potentielle de vos mômes sur les belles paroles de notre ami Didier Super, grand poète et philosophe de notre ère. Amen.
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