THEMA

THEMA - Entre humour et horreur, Bruce Campbell

8 mars 2010 | Par : Quentin Meignant

Quand l’idole revient dans le parcours...

Depuis l’âge de 14 ans et sa première participation à un court-métrage, Bruce Campbell ne vit que pour le cinéma, entouré d’un groupe de potes talentueux (Sam Raimi, Josh Becker et Scott Spiegel). Ils ne tardent d’ailleurs pas à faire parler d’eux à une petite échelle, dans le Michigan, enchaînant les tournages de courts-métrages musclés. Après avoir trouvé 350.000 dollars de budget suite au tournage de Within the Woods, dont Bruce Campbell est là aussi le héros, Sam Raimi invite l’acteur à participer à The Evil Dead, initialement appelé The Book of the Dead.

Et c’est le succès qui est à la clé pour les jeunots puisque, en quelques mois seulement, ils sortent de l’ombre et vont même jusqu’à voir The Evil Dead distribué dans des contrées lointaines telles que la France, où le film enregistrera près de 50.000 entrées, une gageure pour une bande horrifique low budget américaine. Avec des recettes avoisinant les 10 millions de dollars et une cassette vidéo qui s’écoula de fort belle manière, Bruce Campbell devint alors la figure de proue d’un nouveau style horrifique, alliant à vollo comédie et éléments angoissants pour le plus grand plaisir de fans l’érigeant rapidement au statut d’œuvre culte.

Adulé par une large marge des fantasticophiles, Bruce Campbell ne se multiplie guère (ce qui est logique vu son jeune âge et la situation géographique de son lieu de naissance) et reste fidèle à sa bande de potes. Ainsi, hormis une participation très neutre à une romance intitulée Going Back, genre dans lequel il ne convainquit guère, l’acteur continua donc à tourner pour ses amis et se retrouva donc tout logiquement en tête d’affiche d’Evil Dead 2, sorte de remake plus friqué de l’œuvre originale de Raimi mis en scène par lui-même. Changeant très peu la trame de départ, le cinéaste parvient à ériger Ash, le personnage incarné par Campbell, en véritable héros des temps modernes. Plébiscités dans le monde entier, le métrage ainsi que l’acteur deviennent instantanément culte, d’autant que la censure américaine charcute violemment l’œuvre.

Il n’en fallait pas plus pour qu’Evil Dead 2 devienne un véritable phénomène de société et propulse Raimi et Campbell dans un véritable star-system, les proposition se multipliant à grande vitesse. C’est ainsi que, l’année suivante, on retrouve l’interprète de Ash dans Maniac Cop, une série B tournée par William Lustig et écrite par Larry Cohen, deux noms très ronflants du genre à l’époque. Il y incarne à nouveau un « gentil » au prises avec des forces maléfiques, dans la mesure où son personnage, un flic, doit faire face à un policier homicide.

Bien moins délirant que celui de Ash, ce rôle installe définitivement l’acteur dans le cinéma de genre, qu’il ne quittera plus beaucoup, s’imposant par ailleurs comme l’une des références du genre. Il tourne ainsi à la pelle dans nombres de projets tendant à être moins médiatiques que les Evil Dead mais, en 1990, lorsque Sam Raimi tourne son Darkman et que l’on s’attend à découvrir Bruce Campbell dans le rôle-titre, la surprise est de taille : l’acteur ne fait qu’une courte apparition dans l’œuvre.

C’est d’ailleurs sans doute à cet instant que la carrière de l’acteur change diamétralement de direction. En effet, alors que L’Armée des Ténèbres, le troisième volet de la saga Evil Dead, fait son entrée dans les salles en 1992 et que Ash y paraît plus délirant que jamais, Campbell bascule du « côté obscur de la force » et prend part, visiblement plus ou moins volontairement à des bandes de plus en plus zeddardes. Son visage étant indissociable de celui du héros créé par Raimi, il est certes compréhensible que les autres metteurs en scène évitent soigneusement sa trogne, mais, lassé par cet abandon, Campbell se tourne alors aussi vers la télévision.

Sorte d’échappatoire à une réalité cinématographique le plongeant volontairement dans l’oubli, le petit écran est une source de plaisir pour l’homme qui enchaîne les prestations pour des séries très cotées (Lois & Clark, Brisco County ou, plus récemment, Burn Notice), tout en arrondissant ses fins de mois avec quelques bandes bis ou Z. Diversifiant ses activités, l’artiste se tourne aussi vers le monde du jeu vidéo, où il incarne à l’envi nombre de protagonistes (Evil Dead, Spider-Man, Pitfall 3D), tout en s’acharnant à faire des caméos dans les diverses œuvres de Raimi (Spider-Man, …).

Il semble heureusement que les derniers efforts de Campbell semblent enfin porter leurs fruits puisque, depuis 2002, et sa participation au Bubba Ho-Tep de Don Coscarelli, où il incarne Elvis Prestley dans un home luttant contre une momie égyptienne déguisée en cowboy, l’acteur paraît s’être refait une santé. Peut-être est-ce le fait que l’acteur ait pris du poids (et donc changé de physionomie) ou, sans doute, qu’il ait bénéficié d’une véritable mise en lumière par l’entremise d’un nouveau personnage savoureux, toujours est-il que, depuis, Bruce Campbell enchaîne les succès. Après une première et lourdingue réalisation intitulée Man with the Screaming Brain, My Name is Bruce, œuvre auto-hommageante et d’autodérision, semble être la preuve qu’il faudra à nouveau compter avec Ash à l’avenir…

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