Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
L’alternative pour le genre français ?
Pour faire face à une industrie musicale en pleine dégringolade, certaines voix se sont élevées et d’autres voies se sont ouvertes. Sans constituer la panacée, la production participative est une proposition alternative intéressante à la conjoncture économique actuelle. La marche à suivre est simple, la mécanique bien huilée : des fidèles de la Toile (celle-là même que l’on accuse d’avoir provoqué la chute des ventes de disques) soutiennent un single mis en ligne avec l’approbation de son auteur qui se tisse ainsi son premier public et donne davantage de lustre à leur morceau jusqu’alors relégué au placard des majors de l’industrie. Le producteur en herbe peut, pour sa part, suivre l’évolution de l’artiste et, en cas de succès, se rembourser voire faire fortune grâce à un pourcentage sur les royalties. Grégoire, avec son single Toi + moi, ode irrésistible aux pronoms sans en être une pour la langue française, en est le principal témoin : quelques internautes avaient misé sur ce poulain et sa chanson « naïve » (c’est lui-même qui le concède) qui s’est finalement écoulée à plus de 250 000 ventes en Hexagone en 2008. De jolis arguments pour « entrer dans la danse » avec l’artiste…
L’industrie du cinéma a depuis emboîté le pas et a adopté un système presque similaire pour financer certains projets en marge. La Horde de Yannick Dahan et Benjamin Rocher a ainsi bénéficié de ce sponsoring coopératif via la plateforme Motion sponsor. Les quidams, désireux de soutenir cet ambitieux projet de film d’horreur à la française, peuvent participer pécuniairement et ainsi participer à la récolte des 150 000 euros désirés pour la phase de post-production. A ce jour, un peu plus de 30% avait été récolté grâce aux 468 coproducteurs. En contrepartie, les producteurs bénéficient d’un journal de bord du tournage, reçoivent
régulièrement des informations de l’équipe via une session « live », interviennent dans des choix artistiques et voient leur nom inscrit au générique du film sur DVD. Et s’il est vachement vernis, il peut même se payer le luxe de se voir invité sur le tournage du film ou gagner une invit’ pour la grande première du film. Enfin, le blé appelant le blé, Motion sponsor reverse les bénéfices engrangés grâce au film : « 75% des recettes nettes attribuées à Motion Sponsor dans le cadre de la coproduction du film vous seront redistribuées jusqu’ à récupération de vos contributions. Au delà, les recettes se répartiront à parts égales entre le site et vous. » De très belles promesses qui se conjuguent toutefois au conditionnel puisque ces privilèges dépendent de l’aboutissement du projet. Aux côtés de La Horde (qui n’a d’ailleurs pas connu un immense succès en salles, loin s’en faut), deux autres longs-métrages se disputent les contributions des généreux internautes : Les bois salés de Marc Sieger et Memories corner d’Audrey Fouché. Le premier conte le difficile périple mené par Simon qui suit les traces de son père disparu, ce qui l’amène à s’engouffrer dans les Bois Salés dont personne n’est jamais ressorti vivant. Le second traite également de voyage : celui d’Ada, une journaliste française, envoyée à Kobe pour la commémoration d’un tremblement de terre qui, suite à une discussion avec le témoin du drame, décide d’enquêter sur un étrange phénomène, celui du « Kodoku shi »...
Dans un tout autre style, Fabrice Savajol a mis sur pieds le concept de « 20000 prod ». Son but : rassembler 20 000 producteurs qui versent tous une même somme : 50 euros. Le budget d’un million d’euros potentiel serait alors dévolu à produire un long métrage dont le pitch est directement mis en ligne afin d’allécher les futurs donneurs qui pourront par la suite compléter le scénario. L’idée fait son chemin et le buzz prend doucement forme : quelques vidéos via Canal +, des articles çà et là dans la presse écrite ou online, des mécènes plutôt intéressants (Antoine de Caunes, Matthieu Kassovitz), la machine est désormais sur les rails. Résultat : quelque mille contributeurs offrent 50 euros à cette production ambitieuse qui rêve de faire un bon film alors même que le nom du réalisateur n’a pas encore été fourni. Force est d’admettre que si l’ensemble est assez flou, les arguments de Savajol sont puissants : en cas de succès, 30% des bénéfices serviront à une méga teuf avec les 20 000 prods tandis que 70% seront versés à un projet humanitaire écologique. Phénomène retentissant en 2007 et 2008, ce 20000 prod a depuis mystérieusement disparu de la Toile, le site étant maintenant consacré à du Poker online (? ??).
Des écueils souvent envisageables dans ce genre de système coopératif pour peu qu’une structure juridique n’existe pas ou que le nombre escompté ne soit jamais atteint. Ce type d’alternative deviendra-t-il à l’avenir un passage presqu’aussi incontournable que le système des coproductions entre studios pour des films de genre dans lesquels, à quelques exceptions près, les distributeurs n’investissent que rarement. Ce mois sortent sur nos écrans dans un anonymat qui fait peine à voir le giallo belgo-français Amer et le thriller Dans ton sommeil. Une poignée de salles disséminés aux quatre coins de la France se partageront les rares séances prévues tandis que le septième art tricolore continuera à s’esbaudir de sa maîtrise du drame social et de la comédie bourrine. Quelles autres solutions trouver pour compenser le désamour des distribs pour les péloches de genre : créer un mouvement de défense du genre (le club Vendredi 13, créé durant les remous de Martyrs, est inactif aujourd’hui) ? mettre le couteau sur la gorge aux grandes enseignes de distribution pour qu’elles acceptent d’incorporer de temps en temps l’un ou l’autre film « casse-gueule » selon leurs critères ? dérouler le tapis rouge et détourner les stars de la Croisette à Gerardmer ? Tiens, moi, je penche pour cette dernière…
Ce site compte actuellement :
Ajouter un commentaire