Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
De Blair witch à Paranormal activity
De la sorcière de Blair aux frasques fantomatiques
Véritable révolution ou pétard mouillé ? L’interrogation était de mise également à la fin des années 90 lorsqu’a déboulé dans la cour des grands une petite pellicule indépendante sans prétentions, tournée en une poignée de jours pour un budget de 20 000 dollars avec trois acteurs amateurs. Si Le Projet Blair witch ne coïncide pas avec la création du documentaire horrifique (la genèse se situe en Italie dans les années 80 avec le Cannibal holocaust de Ruggero Deodato), il en reprend tous les ingrédients et entretient, en accentuant le réalisme de l’entreprise
(passants interrogés dans une première partie du film, lieux réels, acteurs inconnus) et en jouant sur une prétendue véracité, un climat de peur extrêmement efficace.
En fins businessmen, Myrick et Sanchez ont l’excellente idée de présenter le métrage comme un documentaire véritable, vestige retrouvé on ne sait où qui nous montre comment s’est déroulée la disparition des trois jeunes. Les auteurs ont même poussé la plaisanterie jusqu’à diffuser sur le net des avis de disparition des personnages mis en scène dans le film. Se voulant absolument réaliste, le métrage offre son lot d’approximations dans les dialogues (comme tirés du quotidien, si spontanés que c’en devient troublant) et dans la mise en scène (caméra amateur, tournée à l’épaule ou à même la main). Le principe est en béton et le public suit : les bénéfices s’élèvent à plus de 7000 fois ce qui a été investi et un deuxième volet est instantanément mis en route.
Dix ans plus tard, un nouveau buzz émerge. Sur la toile d’abord avant que les médias « officiels » ne s’y intéressent de plus près. Ce phénomène porte le nom de Paranormal activity, film aux moyens limités qui exploite les événements fantomatiques alors que Myrick et Sanchez jetaient leur dévolu sur une sorcière diabolique, que Matt Reeves filmait l’invasion d’une mégalopole par un monstre gargantuesque et que Balaguero et Plaza abordaient une inexplicable contamination dans un immeuble hermétiquement fermé. L’histoire est d’une simplicité déconcertante : un jeune couple se trouve menacé chez eux par un esprit qui les hante chaque nuit. Improvisant dans le désordre, le couple recourt à toutes les possibilités pour faire fuir cet intrus : recours à un médium, essai de planche ouija, prises de son intra-camera, le tout filmé par l’œil insensible de la caméra de Micah qui entend immortaliser chaque instant.
Chronique d’un succès annoncé
Remarqué dans divers festivals (au Screamfest et à Slamdance en 2007), directement plébiscité par les rares spectateurs qui avaient eu le privilège de la voir et par les quelques critiques éparses et autres reviews de newsgroups, Paranormal activity éprouve de grosses difficultés à se trouver, dans un premier temps, un distributeur pour une sortie sur grand écran. Les exécutifs de Dreamworks qui acquièrent finalement les droits du film optent pour un remake amélioré de la bande au grand dam du cinéaste qui accepte à contre-cœur contre la
promesse d’utiliser la pellicule existante pour quelques projections-tests dans quelques festivals. Lesdites projos s’avèrent concluantes : le public est angoissé par l’atmosphère pesante de l’œuvre et mortifié par des séquences de trouille excessivement réalistes. Dreamworks tranche : le métrage sortira en l’état dans une petite quantité de salles à travers le pays.
Gelée par des dissensions entre les branches Dreamworks et Paramount, la sortie a finalement lieu en fin septembre 2009 et inclut douze copies pour le premier week-end. Le succès ne se fait pas attendre puisque le métrage d’Oren Peli engrange plus de 70 000 dollars sur un seul week-end. La propagation se veut alors exponentielle, le nombre d’écrans américains projetant le film passant de 12 à plus de 2000 en un peu plus d’un mois. Résultat : Paranormal activity, avant même d’avoir connu les faveurs des salles obscures européennes (la sortie française est prévue pour le 2 décembre), le métrage est déjà en passe d’accéder au panthéon des œuvres les plus rentables de l’histoire du cinéma (le budget avoisine les 12 000 dollars) et de jouer des coudes avec Le Projet Blair witch et autres Gorge profonde.
Big Market
A l’instar de l’astucieuse stratégie mise en place pour Le Projet Blair witch, la machine publicitaire de Paranormal activity redouble d’inventivité pour imposer son produit. Conscients de la supercherie que constituerait une telle alternative, les promoteurs ont délaissé le côté "bande-témoignage" dont avaient usés les vendeurs de Blair witch et ce malgré une série de pistes ouvertes par le cinéaste (les comédiens, inconnus au bataillon, conservent leur vrai patronyme et le film leur est dédié).
La machine marketing s’appuie sur un autre procédé utilisé par la firme espagnole Filmax lors de la sortie de Rec. Les projections-tests sont filmées et les images d’effroi des spectateurs insérées au sein de la bande-annonce, avec comme message subliminal, extrêmement efficace : "si vous voulez avoir les jetons, précipitez-vous en salles". Déjà marquantes de par la terreur lisible sur les faciès des spectateurs, les images filmées en mode infra-rouge ajoutent une plus-value inquiétante au lancement de ce nouveau film de trouille annoncé comme une véritable révolution, à l’image de ses aînés.
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Commentaires
Avant BlairW n’y avait t ’il pas les "documents interdits" de J.P Tedy ? des courts documenteur qui m’avaient bluffé !