Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Zombies tricolores
L’attrait du cinéma d’horreur pour les zombies ne date pas d’hier, en dépit d’une puissante vague de films de zombiards qui nous submerge depuis quelques années. Certains jeunes aficionados ne jurent plus que par des bobines terminant par « ... of the dead » : Land of the Dead, Shaun of the Dead, Dawn of the Dead, sans savoir que le genre est né peu de temps après la Première Guerre Mondiale… Et oui, c’est en 1932 que le public commença à éprouver de l’intérêt pour les morts-vivants, avec la projection à Broadway de Zombie. Son auteur Kenneth Webb profita de la popularité florissante du cinéma horrifique pour exploiter les récits de voyage de Seabrook, un baroudeur qui rapporta de son séjour en Haïti de multiples témoignages des rites vaudous pratiqués par les autochtones. Peu de temps plus tard, ce fut au tour des frères Halperin d’arriver sur le devant de la scène avec White Zombie, dans lequel joue Bela Lugosi, célèbre pour ses multiples interprétations de Dracula.
Ces premiers émois zombiesques se firent progressivement ressentir dans la littérature et dans les comics books, avant de s’attaquer véritablement au grand écran dans les années soixante. Si cette période marqua le début du règne de Georges Romero aux Etats-Unis, l’Hexagone dût attendre la fin des années 80 pour s’offrir ses premiers films de morts-vivants. Et il faut avouer qu’en la matière, si la France n’est pas en tête des pays producteurs de navets, elle n’en est néanmoins pas bien éloignée. L’aventure débute avec Jean Rollin, connu pour sa réalisation de films très personnels, dotés d’une lenteur particulièrement éthérée. Créateur d’une poignée de pornos aux titres empreints de cette poésie propre au genre et autres bobines expérimentales sous fond de succubes dénudées, il réalise en 1978 Les Raisins de la Mort, une des premières péloches françaises du genre, à la croisée entre l’univers des morts-vivants et celui des films catastrophes. En effet, le producteur Claude Guedj, sensible aux succès des créations de Romero et Lucio Fulci, engagea Rollin pour tourner Les Raisins de la Mort, en réponse au mouvement cinématographique zombiesque de l’époque. Bien éloigné de la vision de ses prédécesseurs, Rollin offre au public une histoire de morts-vivants qui n’en est pas vraiment une : les habitants de ce village perdu n’ont pas été attaqués par un quelconque virus prompt à les rendre avides de chair fraîche, mais leurs tendances anthropophages semblent liées à la consommation des raisins issus des vignobles avoisinants. Une version plus locale et champêtre des rites vaudous, en quelque sorte… Dans ce premier film français de revenants, et comme dans bon nombre des réalisations horrifiques de Rollin, les images poétiques et tragiques se mêlent à des plans bien plus sanglants. La violence est distillée, mais se veut puissante quand elle survient, en dépit de maquillages particulièrement mauvais et d’un jeu d’acteurs des plus épurés.
Deux ans plus tard, Rollin remet le paquet avec Le Lac des Morts-
Vivants, film maudit et considéré comme un des pires nanars français. Le tournage commence mal, à en entendre l’intéressé : « Jesus Franco était supposé faire Le Lac des Morts-Vivants pour Eurociné, mais le jour précédent le tournage, il a disparu. Plus de traces de lui nulle part ! J’étais sur le point de partir en vacances quand mon téléphone a sonné. C’était la production d’Eurociné qui m’a demandé si cela me disait de réaliser un film pour eux. J’ai dis « Pourquoi pas ! Quand auriez vous besoin de moi ? » Ils me répondent : « Vous commencez demain ! ». » Ca sent déjà le cheap à plein nez… Intuition qui se révèle avérée ! L’histoire se passe, vous l’aurez deviné, aux abords d’un lac où ont été jetés les cadavres de soldats nazis fraîchement assassinés par des résistants. Du coup, dès qu’une donzelle bien fournie par la nature fait trempette, les morts se réveillent et commencent le pique-nique. Manque de bol, la venue d’une équipe de basketteuses leur ouvre l’appétit, aussi décident-ils de faire un tour dans le village pour se rassasier ! Tandis que le maire mène l’enquête, les habitants décident de chasser du zombie en sortant leur fusil (ça aurait pu être des fourches, mais ils ont décidé de la jouer moderne), tandis que la police envoie deux flics sur l’affaire. Jean Rollin, dont les talents d’acteurs ne sont pas à remettre en question, en campe un, et, évidemment, son personnage ne survit pas bien longtemps en terres infectées.
Le Lac des Morts-Vivants mérite son titre de plus grand nanar de l’histoire du cinéma français : le fond de teint verdâtre des zombies dégouline sur le cou des victimes, la caméra est totalement détraquée, les scènes aquatiques ont été tournées dans une piscine garnie de nénuphars, bref, le film dégage une nullité et une faiblesse de réalisation cinglantes, avec une bande-son qui rappelle celles de Goblin pour Dario Argento, mais sans jamais arriver à la cheville des sonorités ritales. Pourtant, la tentative de Rollin de redonner un brin d’humanité au revenant nazi était plutôt bien tentée : une amourette guère patriotique au fond d’une grange, la mère qui meurt pendant l’accouchement, pour finir avec les retrouvailles larmoyantes de la fille et de son zombie de père. Une énième tentative pour s’éloigner des productions américaines ou italiennes ? Malheureusement, l’apprentissage français accumule de nombreuses faiblesses, s’éloignant considérablement des codes créés par ses prédécesseurs.
L’éveil du zombiard ne semble lié à aucune forme de contamination classique : le mort semble s’éveiller quand bon lui semble, mué par des raisons obscures, même s’il faut avouer que la faim semble être une cause plus justifiable que celle des raisins infectés. De plus, contrairement au Zombie de Romero, sorti la même année que Les Raisins de la Mort, les protagonistes non zombifiés semblent davantage concernés par l’envie de revivre leur routine campagnarde plutôt que par un violent instinct de survie. A vrai dire, les habitants filmés par Rollin dans Le Lac des Morts-Vivants ne semblent pas très effrayés par les revenants : ils continuent de siroter tranquillement leur pastis au bistrot du coin, et les enfants gambadent encore joyeusement dans les rues. Cette sérénité serait-elle justifiée par le fait qu’il ne semble y avoir aucune transmission du virus entre les morts-vivants et les personnes saines ? Pour les Français, il faut croire que la morsure n’entraîne que la mort, et ne soit pas liée à un quelconque phénomène de transmission, scrupuleusement respecté par les successeurs de Georges Romero. C’est vrai que quand on n’a pas à se soucier d’histoire de salive, de sang contaminé et autre méthode de véhiculation du virus, la vie semble déjà plus tranquille !
Durant quelques années, le public français put ruminer le manque de talent de ses réalisateurs locaux en matière de films de morts-vivants, laissant Jean Rollin à ses nanars, aucun autre cinéaste ne s’étant attelé à la création d’une bobine du genre dans les années qui suivirent. La Revanche des Mortes-Vivantes débarqua sur les écrans hexagonaux en 1987 grâce à Pierre B Reinhard, qualifiant sa péloche de « premier film français 100% gore », à en juger par la jaquette du DVD réédité par Neopublishing il y a peu. Cette fois-ci, plutôt que de taper dans l’expérimental arty, le réalisateur se fait plaisir et ça se sent : Reinhard n’est pas avare en scènes gore bien craspecs (créées par le regretté Benoît Lestang), et monte son film en lui donnant une touche très grindhouse : générique rose et noir sur fond de hurlements, bande-son digne de la pire série Z américaine, avertissement final bien kitch (« ne soyez pas démoniaques, ne détruisez pas l’intérêt que pourraient prendre vos amis à ce film, ne leur racontez pas ce que vous avez vu ! »). En dépit d’un esprit de ringardise bien trempé et d’un manque de budget flagrant, La Revanche des Mortes-Vivantes, s’il ne fait pas peur, a au moins le mérite de bien faire marrer le spectateur. En effet, la putréfaction des zombies de Reinhard semble seulement toucher leur mains et leurs visages : de loin, avec les cheveux crépus et les yeux sombres, on croirait presque avoir affaire au cadavre d’Alice Cooper… Benoît Lestang expliqua par la suite qu’en raison du faible budget,
chaque actrice ne disposait que d’un unique masque, et seule l’une des trois revenantes eut droit à une prothèse de main en phase avancée de décomposition. « Pour donner l’impression que la main était décharnée, » déclare Benoît Lestang, « on rajoutait des phalanges supplémentaires. J’avais bien prévenu l’actrice qu’il faudrait faire attention car, du coup, à côté d’une vraie, on voyait la différence ! Mais sur tous les plans, on voyait l’autre main de Véronique Catanzaro, en comparaison on avait l’impression que c’était une raquette de tennis... » Ce qui est sûr, c’est que c’est pas la même chose que les filets de faux sang bien épais et dégoulinants des films de Rollin, qui rappellent indéniablement Dario Argento, Suspiria en tête.
Il faut croire qu’après les douloureuses expériences en matière de films de zombies, bien des réalisateurs français durent retenir leurs impulsions créatrices pendant un moment. Si quelques films évoquèrent de plus ou moins loin le genre, ce fut d’une manière si discrète qu’elle passe quasi-inaperçue. Mais ce n’est pas pour autant que l’intérêt du public geek pour les morts-vivants s’effaça. L’aficionado des bobines de Romero a toujours l’opportunité de satisfaire son envie de cervelles fraîches, à travers le grand ou le petit écran : entre les productions espagnoles ou ricaines et certains DTV bien juteux, il y a de quoi se repaître un bon moment. A en juger par le nombre de courts-métrages sur le sujet et des DVDthèques, même des plus atypiques, contenant des titres tels que REC, 28 Jours Plus Tard, Shaun of the Dead ou Planet Terror, il faut croire que les zombies n’ont pas fini de faire vendre et d’éveiller des vocations. Le phénomène des Zombie Walk a même passé l’Atlantique pour s’exporter à la sauce frenchie, et le réalisateur Robin Campillo a lui-même exploité le cas des morts-vivants dans son film Les Revenants, où les morts sortent du cimetière sans raison (pas de putréfaction ou d’appétit carnassier, on se la joue film d’auteurs là…), poussant les autorités à réagir quand à leur réinsertion sociale.
Mais s’il y a quelqu’un pour avoir osé prendre le relais et répondre aux
attentes des fans du genre, c’est bien Yannick Dahan. Le bruit circule sur Internet, et ce depuis un an et demi, que cet ancien de chez Mad Movies projette de réaliser un film de zombies made in France… C’est via myspace que s’opérèrent les premiers repérages, par le biais d’un recrutement chez les geeks ! Ainsi, la foule de zombiards attaquant les protagonistes ne sont autres que des amateurs du genre, prêts à faire acte de présence pour un film réalisé par une personne aussi amoureuse de séries B qu’eux. Avec La Horde, Dahan crée un « film bien badass » comme il aime le dire qui prend aux tripes bien comme il faut...
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Commentaires
HAHAHA, super, c’est exactement la photo de La Revanche des Mortes Vivantes à lauqelle je pensais en parlant d’Alice Cooper... :)