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THEMA - Les révolutions de James Cameron

17 décembre 2009 | Par : Ursula Von Trash

Deus ex Pandora

En trois décennies, le canadien James Cameron a assis sa renommée de visionnaire. Si son premier long, Piranha 2 (1981), n’a guère marqué les esprits, sa deuxième réalisation en 1984 va révolutionner le cinéma SF.

Avec Terminator, Cameron frappe un grand coup. Une machine programmée pour tuer, le Terminator, venue du futur course Sarah Connor, sans relâche dans les rues de Los Angeles. 6 millions de budget (une paille aujourd’hui). 1h46 de pur bonheur. Pas de temps mort, une narration serrée et surtout des effets spéciaux (pour l’époque) totalement ébouriffants. Car la maestria de Cameron réside dans sa capacité à user des moyens technologiques sans perdre de vue la cinématographie. Des outils au service de son art. Stan Winston travaille à la création du cyborg (version animatronique), offrant des séquences inoubliables (la gueule de Schwarzenegger avec son œil bionique rouge, le buste du terminator rampant, avec ses doigts d’acier pour accomplir sa mission). Récompensé à Avoriaz, Terminator inaugure le règne quasi sans partage du roi Cameron sur le film fantastique.

Deux ans plus tard, alors qu’il travaille à l’écriture du scénario d’Aliens le retour, il se voit proposer l’opportunité de le réaliser. Son compagnon Stan Winston prend la tête de la seconde équipe de réalisation et le projet se met en route. Reprenant l’intrigue et les personnages de l’Alien de Ridley Scott (en ajoutant Michael « Kyle »Biehn au générique), Cameron délivre une version plus brutale où l’alien minimaliste du premier opus se démultiplie. Actionner pur jus où les effets servent la narration mais jamais ne l’alourdissent (au contraire d’un Alien vs Predator où la déferlante numérique noie le script et le public). Personne n’a peut-être entendu Ripley crier dans l’espace mais les spectateurs, eux, se sont accrochés à leurs fauteuils lors de cette chasse à l’homme épique !

En 1989, Cameron, qu’on aurait pu croire un peu assagi côté effets spéciaux, va monter d’un cran la difficulté. Alors que Aliens n’avait coûté que 18 millions, son nouveau projet va s’avérer nettement plus ambitieux (près de 70 millions de budget). En effet, plutôt que de perfectionner des techniques déjà existantes, il se lance dans l’idée folle de créer une nouvelle caméra. Pour Abyss, il veut pouvoir tourner sous l’eau. Il met alors au point avec son frère Mike une caméra révolutionnaire lui permettant d’assouvir son fantasme de réalisateur. Mais sa mégalomanie cinématographique ne s’arrête pas là. Il remplit une cuve de centrale nucléaire d’eau chlorée pour les séquences aquatiques. Il innove avec un morphing incroyable qui anthropomorphise les liquides. Plus d’argent, plus d’envie, plus de cinéma au final. Cameron parvient à mêler fantastique, onirisme et huis clos, usant intelligemment des techniques pour une histoire d’E.T. sous marins.

Homme de deux suites (Piranhas et Alien), il était temps que James s’attèle à la sienne. Ce sera Terminator 2, le jugement dernier (1991). Prenant à contre-pied les attentes de ses spectateurs (le Terminator reprogrammé est devenu gentil), cette suite inaugure brillamment l’ère du morphing. Après Abyss et ses transformations de liquide, T2 se permet des scènes jamais vues alors, avec le plus gros budget de l’histoire du cinéma (100 millions de dollars). Un T1000 en métal liquide traverse les barreaux d’une prison, son bras est un véritable couteau suisse (pince, poignard…) et son physique ne cesse de se modifier. Mais une anecdote de tournage rend bien compte de l’ingéniosité de Cameron. Linda Hamilton (Sarah Connor donc) doit à plusieurs reprises dans le film être multipliée. Plutôt que d’utiliser un truc technique, il choisit la méthode Peter Jackson (on se débrouille avec ce qu’on a), et demande à la sœur jumelle de Linda de jouer les doubles. Economies d’effet, réalisme absolu à l’écran, le vrai devient indiscernable du faux. Cameron est prêt pour la phase suivante.

Après l’apéro True Lies en 1994, qui permet à Schwarzi de se refaire une santé suite à l’échec de Last Action Hero, Cameron livre, en 97, son gros film (encore un nouveau record avec 200 millions de budget), Titanic. Mettant à profit l’expérience emmagasinée lors de ces précédents tournages, il se tourne vers le mélo romantique. Pour autant, la débauche d’effets spéciaux perdure. Deux studios (la Fox et la Paramount) seront nécessaires à l’accomplissement du projet que certains envisageaient comme le risque maximum pour Cameron. Pas de robot, ni d’alien, et pourtant. Cameron et son fidèle complice Stan Winston (présent sur Aliens, Terminator 1 et 2, réalisateur du Ghost de Michael Jackson ou encore en charge des effets sur la série Manimal), ont co-fondé une compagnie, Digital Domain. C’est cette boîte, spécialisée en images de synthèse, qui se retrouve en charge des effets numériques. Grande première donc, où les figurants sont multipliés à l’infini pour les séquences de foule (départ du Titanic, chavirement du navire…). Si Cameron savait diriger son plateau avec des animatroniques, il prouve avec Titanic que le numérique se révèle un outil qu’il maîtrise tout aussi parfaitement. Film monstre, Titanic lui a permis la réalisation de prouesses techniques. La mort du commandement de bord fut ainsi filmée par Cameron en combinaison de plongée, dans une cabine en acier véritablement inondée. De la fumée des cheminées à la buée des personnages, tout a été retravaillé numériquement.

Après Titanic, Cameron se fait discret. Plus de dix ans se sont écoulés, quand le projet Avatar refait surface (le premier script date d’avant Titanic). Le réalisateur parvient à obtenir 10 millions de dollars de la Fox pour développer un nouvel équipement : une caméra HD en relief. Depuis 2000, il planche avec l’ingénieur Vince Page (directeur photo sur Avatar) sur ce procédé révolutionnaire.

Le principe de tournage est simple. Les acteurs sont bardés de capteurs (performance capture) qui enregistrent chaque mouvement corporel, chaque expression faciale. Ces prestations, non retouchées, sont implantées dans l’univers visuel d’Avatar (la planète Pandora). Et la caméra me direz-vous ? Elle permet à Cameron, sur le plateau de visualiser dans son œilleton en temps réel, l’acteur en avatar se déplaçant dans le décor du film. De plus, le tournage s’effectue en 3D grâce à deux objectifs filmant simultanément, reproduisant la vision humaine (profondeur de champ, volume…). Prouesse technique parfaitement hallucinante ! Cameron n’a donc pas filmé des acteurs sur un fond vert mais bien ses avatars en mouvement sur Pandora. La post-prod revient quant à elle à Weta Digital, dirigée par Peter Jackson.

Film en 3D (ou 2D pour ceux qui préfèrent), Avatar et son budget démentiel de 300 millions de dollars, outre le défi technique, ouvre une nouvelle voie à la narration cinématographique. Toutes les phases de la production s’entremêlent (tournage, séquençage, montage…), donnant au réalisateur sa place de démiurge. Si on a longtemps pensé qu’un film résultait d’un compromis, et ne ressemblait jamais à l’image que s’en faisait au préalable le réalisateur, la technologie Avatar risque de faire date en modifiant profondément les rapports entre créateur et création.

« Un film, c’est un scénario contrarié par un tournage, contrarié par un montage », disait François Truffaut. Le nouveau métrage de James Cameron risque de faire mentir cette vérité et de précipiter définitivement le septième art dans le XXIe siècle.

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