Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Retour sur le rasta le plus flippant de l’hyperespace
Attendu avec une fébrilité qui frôle maintenant la crise d’épilepsie par ses aficionados, mais également craint par les sceptiques comme une énième resucée de remake bis dont les velléités commerciales riment souvent avec le degré zéro scénaristique, Predators a déjà fait couler beaucoup d’encre et courir beaucoup de rumeurs, plus folles les unes que les autres. L’occasion est donc bien choisie pour revenir sur la genèse du bestiau, dont le parcours à l’instar de celui d’une Britney Lohan ou d’une Lindsay Spears démarre sur les chapeaux de roues avant de sombrer dans les écueils les plus affligeants et caricaturaux. Jusqu’à remonter la pente avec brio ? Predators nous le dira…
Rocky à l’origine d’un film qui croise Rambo avec Alien
À la sortie de Rocky IV, une blague ne cessait de circuler dans les couloirs des grands studios hollywoodiens, affirmant que, depuis que Balboa avait envoyé au tapis tous ses adversaires, il ne lui restait plus qu’un extra-terrestre à terrasser sur un ring. Deux frères scénaristes, Jim et John Thomas, ont pris la blague au sérieux et ont débarqué à la 20th Century Fox avec un scénario intitulé Hunter. Ni une ni deux, le producteur Joel Silver saute sur l’occasion, engage John Mc Tiernan, fraîchement auréolé du succès inattendu de Nomads, pour son premier grand film de studio, et débauche un jeune qui monte pour les effets spéciaux, un certain Stan Winston…
Le casting : du vintage années 80
L’archétype du héros de la décennie 80 est bien loin du métrosexuel post-moderne du nouveau siècle : à l’époque de Terminator, Conan, Rambo et –oserait-on rajouter pour la blague – Les Barbarians, l’homme est un mâle, un vrai. C’est yaourt à la testostérone le matin, de la vodka pour l’après-rasage et le barreau de chaise mâchouillé au coin des lèvres qui n’ont qu’à prononcer deux onomatopées pour provoquer une crise cardiaque chez l’ennemi. Arnold Schwarzenegger était l’évidence même pour le rôle de Dutch, d’autant plus que sa cote (on ne disait pas encore bankable à cette époque) à Hollywood ne cessait de monter depuis Commando et Terminator. Ce dernier accepta le rôle à condition de pouvoir inviter ses copains de chambrée dans le scénario qui, dans sa première mouture, ne prévoyait qu’un affrontement mano à mano entre Schwarzie et l’infâme crabe mutant. C’est ainsi que débarquèrent sur le plateau des têtes brûlées telles que Jesse Ventura, Sonny Landham, Bill Duke et, ironie du sort, Carl « Apollo Creed » Weathers.
Mais, malgré cette équipe de choc et un scénario à haut potentiel, le tournage fut sur le point de s’arrêter à cause des problèmes rencontrés avec le costume du Predator : trop lourd, et susceptible de provoquer un évanouissement instantané pour celui qui enfilait cette étuve ambulante. Du moins, selon les dires du jeune acteur belge engagé pour le rôle du monstre, un certain Jean-Claude Van Damme… Notre JCVD national fut donc viré du tournage, mais les retards considérables et les imbroglios financiers avec le studio finirent par couler le projet. Jusqu’à ce que Stan Winston en parle à James Cameron (ils venaient de faire Alien(s)
ensemble) et que ce dernier lui propose une nouvelle version du costume en supprimant la tête de canard du Predator (imaginez Howard The Duck en colère) et en lui greffant des mandibules à la place. Le projet était relancé et Van Damme fut rapidement remplacé par Kevin Peter Hall, un géant habitué des combinaisons inconfortables puisqu’il venait de jouer Bigfoot (Harry and the Hendersons en v.o.).
Quand notre rasta mutant prend la grosse tête et fait n’importe quoi
À sa sortie en 1987, Predator fut propulsé à la première place du box-office américain et engrangea près de 100 millions de dollars dans le monde, soit plus de cinq fois son budget initial (estimé à 18 millions de dollars). Véritable phénomène et objet de marketing déclinable à toutes les sauces, Predator devint un comics dont le succès fut tel qu’une suite fut mise en chantier deux ans plus tard. Mc Tiernan déclina poliment l’offre pour réaliser cette suite et préféra se concentrer sur A la poursuite de l’Octobre Rouge, ce qui amena la Fox à choisir Stephen Hopkins, qui venait de se déclarer coupable du cinquième opus de la série des Freddy. Seule originalité de cette panouille bis (qui, cependant, est loin d’être la pire), la transposition du terrain de jeu de notre monstre : de la jungle sud-américaine à la jungle urbaine de Los Angeles avec Danny Glover en héros toujours aussi macho mais plus policé (à noter que dans la version originale du script, c’était feu Patrick Swayze qui se coltinait le Predator à New York). L’engouement du public est à l’avenant du script : le film atteint péniblement les 30 millions de dollars au box-office américain alors qu’il en avait coûté cinq de plus.
AVP : inspiré d’un jeu vidéo inspiré d’un comics inspiré du crossover de deux films
S’il a fallu attendre plus de dix ans pour voir l’aboutissement du crossover entre les franchises Predator et Alien, l’idée pourtant était déjà présente dans le deuxième opus sous forme de boutade (encore) par l’entremise de Stan Winston. En effet, ce dernier s’était amusé à accrocher le crâne d’un Alien sur le vaisseau du Predator pour montrer à quel point il ne plaisantait pas quand il dézinguait à tire-larigot dans la galaxie. Néanmoins, les différents scénaristes réfutèrent cette piste et s’escrimèrent à relancer les deux franchises séparément, à l’instar d’un certain Robert Rodriguez qui présenta en 1994 à la Fox un scénario pour le troisième opus de Predator… Immédiatement jeté à la poubelle car le budget était trop élevé. On vous rassure : il a gardé une copie.
Finalement, le crossover des deux franchises se déclina sous toutes les autres formes possibles (comics, jeux vidéos, jouets…). L’étape ultime et inévitable fut sa transposition sur grand écran par des producteurs à l’opportunisme aussi versatile que carnassier. C’est ainsi qu’AVP (un titre aussi évocateur qu’une MST) de Paul W.S.
Anderson déferla sur nos écrans en 2004, rapidement suivi par AVP : Requiem des frères Strause en 2007. Si ces deux commandes ont connu des succès honorables au box-office, son public était sensiblement différent des puristes des deux franchises (une hérésie, selon eux) et fédérait plutôt les fans des comics et des jeux vidéos qui ont inspiré ces films.
Petite anecdote amusante : Bill Paxton (Predator 2) et Lance Henriksen (AVP) sont les seuls acteurs qui ont eu l’immense privilège de se faire dessouder à la fois par un Terminator, un Alien et un Predator.
Le Lazare à mandibules enfin ressuscité ?
Predators (au pluriel car, selon Rodriguez, l’homme est un loup pour le Predator – ça sent la parité sanguinolente) est indéniablement le bébé du cinéaste mexicain qui filme plus vite que son ombre. En gestation depuis quinze ans, son scénario ne peut être taxé d’opportunisme mercantile, et se pose d’emblée comme une suite des deux premiers opus, se délestant du même coup de l’odeur de navet en se désolidarisant des AVP et consorts. Le choix de Nimrod Antal (Kontroll, Vacancy) pour diriger le film est de très bon augure, mais il ne faut pas vendre la peau du crustacé intergalactique avant de l’avoir vu car, comme disait feu Roland Topor, « il suffit d’un gramme de merde pour gâcher un kilo de caviar, un gramme de caviar n’améliore en rien un kilo de merde. » Verdict donc le 14 juillet.
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