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Dans la peau de Spike Jonze
Réalisateur de ciné aujourd’hui, Spike Jonze a commencé sa carrière sur le petit écran, marquant l’imaginaire des adolescents à coup de clips cheap et drôles, mais pas seulement.
Quand Spike Jonze, Adam Spiegel de son vrai patronyme, commence sa carrière de clippeur, il n’est déjà plus un inconnu. Vidéaste de skateboard, sa première vidéo commercialisée en 1991 renouvelle totalement les codes du genre. Figures inédites et traitement léché le font d’emblée remarquer. En 1992, il réalise son premier clip, pour 100% de Sonic Youth, mettant en scène des skaters. Imagerie qui n’est pas sans rappeler l’univers teen et skate d’un Gus Van Sant.
Au début des 90’s donc, alors que le grunge fait un hold-up musical, et
que le média MTV conquiert son statut de référence absolue, Spike, de par son parcours et ses codes culturels, apparaît comme l’homme providentiel. En 1993, The Breeders lui confie la réal de l’hymne grunge Canonball. Sa fructueuse collaboration avec les Beastie Boys commence en 1994. Culture urbaine, entre hip hop et rock, la clique de New-York et le jeune clipper s’entendent copains comme cochons. Cinq clips au final dont l’extraordinaire Sabotage, parodie assumée d’un Starsky et Hutch sous amphét. La carrière de Jonze est lancée.
Sa culture urbaine de skater lui offre le meilleur lieu de tournage : la rue. Vivante, imprévisible, colorée, elle devient le lieu de prédilection de ses clips les plus remarqués. « It’s oh so quiet » où Bjork, dans une chorégraphie largement inspirée de Jacques Demy, déambule sur un trottoir. Les passants devenant des danseurs, acteurs et non plus seulement figurants. « Da Funk » de Daft Punk, où l’homme plâtré à la tête de chien balade son Sound System dans les rues de New-York. « Praise you » de Fat Boy Slim, tourné devant un centre commercial sans autorisation, sorte de séance aérobic géante. Quand le dedans devient visible, s’offre à la vue de tous, le téléspectateur convié tel un passant à s’arrêter quelques instants pour découvrir cette drôle de saynète. Car Spike Jonze est un faiseur de spontanéité. Alors que des éléments extraordinaires sont présents à l’écran (Bjork partageant sa vie avec un chat dans « Triumph of the heart »), seul domine le naturel, la candeur. Le court-métrage « We were once a fairy tale » avec Kanye West ne dément pas ce parti pris. Le chanteur y joue son propre rôle, enivré dans une boîte de nuit, pathétique de mégalomanie jusqu’au moment où, s’ouvrant le ventre, il en sort un petit animal (son ego ?) qui se suicide.
Naïf, éternellement gamin, Spike Jonze le prouve aussi en intégrant très souvent des animaux dans ses clips. Sorte de bestiaire enfantin plein de peluches, il égrène les bébés animaux pour « Island of the sun » de Weezer, crée une créature mi-homme mi-cocker pour Daft Punk, marie l’islandaise Bjork à un charmant félin…Peut-être que son expérience ado de photographe l’a marqué (il photographiait les poissons et aquariums de l’animalerie de sa ville natale).
Spike Jonze rêve des contes où l’absurde flirte avec la douceur, au coin d’un boulevard. Des skaters et des chats, des trottoirs où un boulet de canon peut percuter une fille très Broadway, un monde moins ouvertement onirique que Michel Gondry (dont il a produit Human Nature) et pourtant follement décalé. Le monde d’un ado qui a refusé de grandir, qui ricane devant Jackass (qu’il produit), et s’attendrit face à un chaton. Le monde selon Jonze…
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