Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Malice au pays des merveilles technologiques
Par Caligari
Dès ses débuts chez Disney, Tim Burton – jeune chevelu, fan invétéré de Vincent Price – touche à toutes les techniques mises à disposition des animateurs pour raconter des histoires se revendiquant digne de l’imaginaire du grand Walt. Après avoir travaillé sur Rox et Rouky, le jeune chien fou s’attèle à son premier court métrage d’animation, Vincent – pour lequel Disney lui donne carte blanche – tout en participant à la conception de Tron, premier film utilisant les images de synthèses.
Dans Vincent, hommage à peine voilé à son idole de toujours, Burton fait ce qui sera sa marque de fabrique tout au long de sa carrière : il mixe les genres et les techniques. En effet, dans ce film de marionnettes, il fait aussi bien recours à la pâte à modeler qu’aux ombres chinoises. N’aimant pas se soumettre à une seule technique, avec ses limites, il explose les frontières et fait se côtoyer plusieurs manières de donner vie à des objets inanimés. Cette envie de faire se mélanger les techniques visuelles se ressentira par la suite dès ses premiers longs métrages. Dans BeetleJuice, par exemple, des monstres en cartons pâtes, tout droit sortis d’un musée des horreurs de fête foraine, s’animent et se transforment sous nos yeux ébahis, grâce à des techniques dépassant le cadre strict de la stop-motion. Avec BeetleJuice, Tim Burton décuple ses ambitions, déjà énormes dans Vincent, et continue dans l’expérimentation du mélange de styles et de cadres, comme si son imaginaire était trop important pour n’être représenté que par une seule technique.
Tout comme le personnage de Beetlejuice est d’abord minuscule, et devient grand dès qu’on l’appelle, Burton voit grand et passe du statut
d’animateur bricoleur à faiseur de grosses productions avec notamment Batman et Batman Returns. Cela ne l’empêche pas de réaliser, entre ces deux commandes, le très personnel Edward Scissorhands, et d’embrayer, après le deuxième opus de la chauve-souris, sur le formidable Ed Wood, véritable ode au cinéma fait avec beaucoup de cœur et très peu de moyens. Avec ces deux films, il creuse sa veine de cinéma d’auteur grand public hybride, où le fantastique est érigé en art et reconnu comme tel.
Tous ces films sont également l’occasion pour Burton d’expérimenter des effets spéciaux dits traditionnels à une époque où ceux-ci sont en pleine expansion. Les films suivants seront en continuel balancement entre la volonté d’expérimenter de nouvelles techniques (les images de synthèse pour Mars Attacks, l’IMAX pour Charlie et la chocolaterie) et celle de revenir à des techniques plus anciennes (le bon vieux maquillage de La Planète des singes).
En 2005, Burton revient à ses premiers amours, l’animation de marionnettes, en réalisant Corpse Bride. Mais si l’on y regarde de plus près, le grand Tim n’a jamais vraiment perdu son âme de marionnettiste. En effet, on ne peut s’empêcher de voir en Johnny Depp – l’acteur fétiche qui prête d’ailleurs sa voix et son allure à Victor Van Dort dans Corpse Bride – la marionnette de son manipulateur de réalisateur – et néanmoins ami. Il suffit de comparer le look de Vincent, premier personnage de Burton, avec ceux des personnages interprété par Monsieur Paradis pour s’assurer du fait que Burton ait cristallisé pas moins que la totalité de son imaginaire dans les traits de cet acteur protéiforme.
Dans Alice au pays des merveilles, son dernier opus, Tim Burton plonge une fois de plus son acteur-marionnette au cœur d’un univers créé de toutes pièces par la magie des effets spéciaux, en constante évolution. Toujours avide de repousser les limites de ce qu’il est possible d’exprimer visuellement de son imaginaire foisonnant, Burton rajoute cette fois-ci une dimension supplémentaire, puisqu’il fait appel à la technique très à la mode de la 3D. Au-delà de la question inévitable « opportunisme commercial ou véritable ambition artistique ? », il est indéniable qu’une telle technique, tendant à supprimer l’espace liminaire séparant la salle de l’écran, ne pouvait que frapper de plein fouet l’univers « burtonien » un jour ou l’autre. Une fois encore, Burton met en commun deux de ces facettes, son goût pour le conte – et plus particulièrement la création complètement décalée de Lewis Carroll – et sa volonté de toucher à tout et de repousser toujours plus loin l’expérimentation formelle.
Comme Alice, Tim Burton est sans cesse tiraillé entre l’infiniment petit et l’infiniment grand. A l’image de son héroïne, il semble continuellement rapetisser ou grandir, cherchant la taille idéale pour tel ou tel projet. La place ambigüe qu’il occupe, en tant que cinéaste, ne fait que renforcer cette idée. A la fois faiseur génial, adulé du grand public, et auteur unique puisant sa spécificité dans son goût pour les contes macabres, Tim Burton est sur tous les tableaux et assied son cinéma dans une sorte d’équilibre instable entre divertissement pur et expression visuelle d’un univers, voire d’un ressenti, personnel.
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