Interviews

Trailer park of terror

14 février 2009 | Par : Damien Taymans

Exclusif : interview de Steven Goldmann

La séduisante Norma aux gambettes satinées s’apprête à s’évader du trou à rats dans lequel elle crèche depuis une éternité. Un clos insalubre peuplé de dégénérés de tous poils où reposent des camionneurs en déroute et routiers avides de massages thaïs pédestres. Humiliée par les uns, exploitée par les autres, la poupée sait l’heure du départ proche et s’en va, le coeur joyeux, retrouver celui qui réussira à l’extirper de ce trou-du-cul du monde où ne règnent que stupre et fornication. Mais ses exécrables voisins de caravane, en cherchant à intimider son boyfriend, le tuent accidentellement. Rongée par la colère, dévastée par la haine, Norma croise sur sa route un curieux individu, tout de noir vêtu, qui l’incite à appliquer la loi du talion à coups de chevrotine. Une fois le crime accompli, la jeune femme met fin à ses jours. Pourtant, les disparitions se multiplient toujours dans les environs du parc à mobile-homes sans que la police n’y trouve la moindre explication. Et une troupe de jeunes ados criminels partis en colonie de réinsertion sous la coupe d’un prêtre pourrait bien en faire les frais...

Film au gore crasseux encensé dans quelques festivals par les fans qui virent en lui un digne représentant de ce que les horror flicks proposent de mieux, Trailer park of terror transpose sur grand écran l’univers dépeint par la bande dessinée éponyme publiée par Imperium Comics. Le matériau de base, anthologie de saynètes crayonnées, se voit pour le coup complètement refondu au profit d’une trame narrative plus classique, plus cinématographique, Steven Goldmann laissant volontairement de côté l’idée de décliner l’oeuvre sous forme de florilège. "Quelques choix nous ont été dictés par le marché et l’exploitation de l’œuvre, raconte le réalisateur. Un film anthologique à l’instar du comic n’était pas vraiment une option viable. Trailer park n’était pas assez réputé pour soutenir une telle forme, déjà utilisée par Les Contes de la crypte."

Une prise de position qui creuse plus profondément le fossé la séparant de la bande originelle et fonctionne du coup à contre-courant des précédentes livraisons comico-cinématographiques en revisitant la mythologie établie et en incorporant des détails édifiés à partir du comic. Le cinéaste et Timothy Dolan réinvestissent donc l’histoire de Norma et de ses congénères, les dotent d’un passé afin de décentraliser quelque peu le fil rouge conventionnel imposé par un producteur désireux d’emprunter un chemin plus sécuritaire, renvoyant directement aux classiques survivals bâtis depuis les années 70. Une entame convenue que le réalisateur s’empresse de recréer afin de distancier le métrage des nombreuses références qu’il convoque incessamment. Les six jeunes se métamorphosent en une équipée de petites frappes gangrénée par l’hétérogénéité de ses membres aux pôles d’attraction multiples. Une héroïnomane en manque de poudre, un acnéique onaniste, une nymphomane, un pickpocket de comptoir et une gothique se disputent les joies des sièges cramoisis d’un bus archaïque conduit par un cureton fringué en civil pour prêcher la bonne parole. Un bestiaire décalé rapidement réduit à peau de chagrin par des caractérisations menées à la louche : le curé arbore à tour de bras la pudibonde moralisation tendance Guy Gilbert tandis que les criminels en herbe s’avèrent aussi menaçants qu’une bande de louveteaux en repérage. Des schématisations grossières qui agissent au profit des zombiards affamés qui hantent le parc et comptent se repaître joyeusement de cette repasse de plats prématurée. "Je désirais juste doter le film d’une épine dorsale qui me permettrait de faire de mes monstres les stars du métrage. Je raconte l’histoire de Norma, pas celle des adolescents, c’est pourquoi je me suis juste focalisé sur les victimes durant quelques minutes afin de vous faire comprendre pourquoi ils méritent de mourir." confie Goldmann qui applique le principe résilient en modelant les diktats financiers pour qu’ils asseyent au mieux ses propres considérations. En clair, Trailer park est un film tendance rednecks qui tire largement sur le filon des freaks monstrueux pas forcément cannibales mais ne s’immisce que très peu sur le terrain du survival, préférant au sort des morceaux de barbaques amovibles la destinée de ses zombiards aussi frais que la chanteuse Cher, après opération.

Avant Trailer park of terror, vous avez réalisé quelques films musicaux. Votre précédent Broken bridges a d’ailleurs connu un franc succès. Pourquoi être entré le monde de l’horreur avec ce métrage-ci et avoir délaissé votre domaine de prédilection ?

Le succès de Broken Bridges m’a permis d’obtenir un entretien avec Jonathan Bogner (le producteur de Trailer park of Terror - ndlr) au sujet d’une toute autre œuvre plutôt orientée vers le domaine musical. Mais nous avons commencé à parler d’autres films sur lesquels il travaillait et il m’a donné des bandes dessinées de Trailer park of terror et m’a demandé de lui en fournir un pitch. Ce que j’ai fait. Je poussais toujours les aspects musicaux qui sont dans le film parce que je trouvais ça cool. Je suis un fan des Cramps et de nombre de bandes de Psychobilly - une partie de l’art comic m’a incité à penser à des couvertures d’album des Cramps. Il y avait également un personnage de zombie dans les bandes dessinées qui portait une banane à la Elvis et des chemises de bowling et je me suis dit que le film méritait d’avoir des accents rock. Je n’avais pas vu quelque chose comme ça à l’intérieur de l’œuvre pendant un long et avec un nom comme Trailer park of terror – j’ai juste senti que nous pourrions y insérer une petite partie plus musicale.

Etes-vous un fan du comic book original ?

Et bien j’étais un grand lecteur des Contes de la crypte, Creepy, Eerie et Vamperella dans ma jeunesse. Je n’avais en réalité jamais entendu parler de Trailer park. Mais une fois que j’ai commencé à les lire, je les ai considérés pour ce qu’ils sont : une ode aux lectures que j’épluchais étant gamin. Les créateurs de la BD et moi nous sommes entendus pour cette raison.

Vous avez pris comme point de départ la bande originale mais vous vous en êtes écarté pour construire un passé à certains personnages. Vous n’avez pas peur de décevoir les fans du comic ?

Quelques choix nous ont été dictés par le marché et l’exploitation de l’œuvre. Un film anthologique à l’instar du comic n’était pas vraiment une option viable. Trailer park n’était pas assez réputé pour soutenir une telle forme, déjà utilisée par Les Contes de la crypte. Je voulais à tout prix créer l’histoire de Norma et de ses congénères. Le fait est que les créateurs du comic ont passé beaucoup de temps à décrire le personnage de Norma et son monde. Pour eux, c’était une progression naturelle. J’ai donc placé Norma en position de conteuse, narrant elle-même sa propre histoire aux ados, c’était une forme de clin d’œil au comic. Au final, les créateurs ont été satisfaits de ma peinture des personnages et sont heureux que je leur ai fourni de nouveaux jouets qu’ils vont pouvoir employer. Je pense que les fans du comic vont aimer le film.

Votre film comprend les habituels adolescents qui luttent contre la mort. A l’exception près que ceux-ci ne sont pas des enfants de chœur et que leur guide est un prêtre. Etait-ce une manière de vous distancer des horror flicks conventionnels ?

C’est amusant que vous abordiez ce thème car je n’avais justement pas originellement prévu un départ comme celui-là. Je trouvais qu’il faisait un peu trop cliché. Mais le producteur – qui possédait les droits de l’adaptation – voulait une telle entame. Ce fut sa seule demande lorsque je lui ai proposé mon pitch. Je souhaitais donc que les fans d’horreur – les seuls qui apprécient vraiment les films – sachent que je triturais et me réappropriais cette vieille convention. C’est une des raisons pour lesquelles j’invoque Herschell Gordon Lewis dès le début du métrage. Les ados qui se rendent dans un petit village et luttent pour leur survie renvoient à 2000 maniacs, à Massacre à la tronçonneuse, et j’en passe.

Je désirais juste doter le film d’une épine dorsale qui me permettrait de faire de mes monstres les stars du métrage. Je raconte l’histoire de Norma, pas celle des adolescents, c’est pourquoi je me suis juste focalisé sur les victimes durant quelques minutes afin de vous faire comprendre pourquoi ils méritent de mourir.

Quels furent les plus grands défis dans le tournage de ce film ?

Grands rêves contre temps et argent, toujours la même rengaine. Le plus compliqué était d’incorporer autant de monstres. Car ils ne se sustentent pas réellement de chair, mais plutôt d’argent et de temps (rires). Vous finissez par avoir plusieurs tournages en même temps et des réécritures instantanées et je devais être partout en même temps. Alors vous ne bénéficiez que de peu de temps et construisez un village de mobile home entier pour être prêt à tourner pour le premier jour, en espérant que tout soit terminé dans les temps. C’était vraiment hard !

Le film a été entièrement tourné en décors naturels. Quelles difficultés incombent à ce genre de tournage ?

C’était compliqué car les espaces étaient resserrés. Mais nous avons construit le parc de caravanes à partir de rien et nous possédions toutes les caravanes. Du coup, nous pouvions couper celles-ci pour en faire des tentes à notre guise. Ça devint donc rapidement notre petit studio.

Trailer park of terror est indubitablement un film de rednecks. Quelles sont vos références en la matière ?

Walking Tall, Smokey and the bandit, Massacre à la tronçonneuse, 2000 maniacs, The Devil’s Rejects, Doux, dur et dingue, Convoy, Délivrance, The Last American hero, Near Dark, Une nuit en enfer, La maison des mille morts…

Trailer park compte dans ses rangs Lew Temple, une figure très connue des fans d’œuvres horrifiques. Etait-ce un choix incontournable pour vous ?

Pour être tout à fait honnête, quand nous avons commencé le casting, je n’avais jamais vu son travail. Mais après la première audition, je sentais qu’il allait être dans le film, il était si bon. Il devait être Marv ou Roach, l’un ou l’autre étant donné était également capable de jouer de la guitare et de chanter. Ensuite, Myk Watford s’est manifesté, il symbolisait mon Roach idéal. Du coup, Lew a endossé le rôle de Marv et a fourni une très belle prestation. Tous les acteurs ont donné le meilleur d’eux-mêmes et ont été exceptionnels, selon moi.

Quels sont vos projets dans un futur proche ?

En ce moment, je travaille sur quelques films. Red Devil Lie, écrit par Aaron Saylor, est une sombre histoire de vengeance qui a pour toile de fond un syndicat du crime Appalache. Dans la petite ville de Kentucky Stone, Walt Stone, ténor du crime, gouverne tout et tout le monde. Tout bascule lorsqu’il commande à son beau-fils et présumé héritier du syndicat de tuer son frère, Jimmy. Une partie évoque Le Parrain, une autre partie Walking Tall, Red Devil Lie nous rappelle à nouveau que le sang est plus épais que l’eau et que certains hommes laisse l’avarice couler dans leurs veines. The human Fly, écrit par Tony Babinski, conte la véritable histoire qui se cache derrière le héros Marvel éponyme.

Et, enfin, j’espère réaliser un autre film d’horreur. J’ai quelques idées sur le feu et discute beaucoup avec des gens très sympas qui font partie du milieu et ont apprécié Trailer park et m’ont aidé. Mais j’ai également un projet personnel favori étant donné que j’ai aidé à le développer. C’est un autre film de monstres méridional appelé Fiends. Egalement écrit par mon ami Aaron Saylor, cela raconte l’histoire d’un inspecteur de police, hanté par ses propres démons, qui enquête sur la disparition d’un officier dans la ville campagnarde de Goffs Corner. Là, il découvre un secret terrifiant : les aïeux de la ville ont établi une relation symbiotique avec des monstres avec lesquels ils échangent des médicaments contre du sang d’enfants. Au fil de l’enquête, l’inspecteur pénètre de plus en plus profondément dans un cauchemar sans fin et va développer sa propre connexion avec les monstres et ainsi découvrir la vérité sur les spectres qui hantent son propre corps.

(Interview réalisée par Damien)

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