Critique de film

Candyman

"Candyman"
affiche du film
  • Genre : Horreur – Croque-mitaines
  • Année de production : 1992
  • Scénaristes : Clive Barker, Bernard Rose
  • Acteurs : Xander Berkeley, Virginia Madsen, Tony Todd, Kasi Lemmons, Vanessa Williams
  • Réalisateurs : Bernard Rose
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 1h39
  • Musique : Philip Glass
  • Bande annonce
  • Programmation Cinebel
  • Récompenses : Saturn Award de la meilleure actrice pour Virgina Madsen (Académie des films de science-fiction, fantastiques et d’horreur des Etats-Unis 1993)
    Nominé aux Saturn Awards pour le meilleur film d’horreur, meilleur maquillage et meilleur scénario Académie des films de science-fiction, fantastiques et d’horreur des Etats-Unis (1993)
    Prix de l’audience, de la meilleure actrice et de la meilleure musique au festival d’Avoriaz 1993
    Nominé pour le meilleur film � Fantasporto 1993

Helen Lyne, une étudiante, décide d'écrire sa thèse sur les mythes et légendes locaux. C'est en visitant une partie de la ville inconnue qu'elle découvre la légende de Candyman, un homme effrayant qui apparaît lorsqu'on prononce cinq fois son nom en face d'un miroir. Helen, pragmatique, choisit de ne pas croire à l'existence de Candyman. Mais son univers bascule dans l'horreur quand une série de meurtres horribles commence ...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Candyman - Magnifique et étourdissant…
Par : Damien Taymans

Pour réaliser ce film inspiré d’une de ses nouvelles (Lieux interdits), Clive Barker fait appel à Bernard Rose. Le réalisateur a séduit Barker par son travail sur le film Paperhouse, film onirique à la photographie irréprochable. Grand bien lui en prit puisque le film de Bernard Rose va passer à la postérité et gagner un statut de film culte qui ne le quittera plus.

Rose adore la nouvelle de Barker et est enchanté de pouvoir la porter à l’écran. Mais, pour le réalisateur, aimer c’est aussi savoir améliorer, adopter c’est aussi savoir critiquer. C’est pourquoi le jeune prodige va ajouter lui-même quelques touches personnelles au métrage, sublimant par là même la nouvelle originelle barkérienne. Ainsi, il introduit une série d’éléments qui feront la force du film : l’objet-miroir permettant d’appeler Candyman fait son apparition dans l’histoire et y tiendra une place primordiale. Bien plus, Rose décide que Candyman sera un Noir et non un Blanc, suscitant par là le statut de martyr que prendra le croque-mitaine. En outre, Rose introduit un dernier changement important, un glissement géographique : l’histoire ne se déroule plus en Angleterre mais aux Etats-Unis et plus précisément dans un quartier pauvre de Chicago nommé Cabrini Green…

Car Rose ne veut pas faire dans l’horreur gore et facile, de celle qui ravit le grand public tellement attiré par les éjaculations sanguines. L’œuvre de Bernard Rose se situe bien au-dessus de tout ça, elle survole le cinéma du genre et le toise d’en haut. Le métrage se veut intelligent, sociologique, antiségrégationniste, psychologique et… horrifique.

Il y a tout d’abord une histoire. Ou plutôt une histoire dans l’histoire. On suit le parcours de la magnifique Helen Lyle et de son amie Bernadette qui essaient tant bien que mal d’écrire une thèse sur les légendes urbaines et plus précisément sur celle concernant Candyman, ce croque-mitaine qui effraie depuis des générations. Et puis, dans cette enquête, survient l’histoire de Candyman, ce martyr mort dans d’atroces souffrances à une époque où les Noirs étaient des reclus de la société et ne disposaient d’aucun droit. Depuis, l’Amérique a évolué et les expose sur MTV pour faire croire au monde entier à l’évolution de sa mentalité.

Autour de cette histoire, il y a un cadre. Celui de Chicago, celui de Cabrini Green, celui de cet immeuble et de cette pièce cachée dévouée à Candyman. Ce cadre nous montre l’évolution américaine : avant, on tuait les Noirs, maintenant, on les installe dans des immeubles pourris et dans des quartiers éloignés des nôtres. Critique sociologique très forte de la part de Rose. Et c’est dans ce cadre que se bâtissent les légendes urbaines. Dans ces milieux affaiblis qui ont perdu tous leurs repères, toutes leurs croyances. Il faut trouver une nouvelle religion, adopter un succédané de ce Dieu qui les a quittés. Ce succédané sera Candyman, ce martyr mort pour avoir osé toucher une Blanche qu’il aimait. Cet homme qui a souffert, à qui on a coupé la main et qu’on a enduit de miel : le voilà devenu Dieu d’une nouvelle religion ou plutôt... Diable. Bernard Rose met fréquemment en lumière cette comparaison entre Candyman et le Christ. Candyman nous est montré crucifié tel le Christ et adoptant les mimiques du messie lorsqu’il écarte les bras. Un véritable charisme, des sermons salutaires, le culte de l’autre monde…

Ce qui étonne également dans Candyman, c’est le statut du croque-mitaine. Comme dans tous les autres films, celui-ci effraie les enfants et les parents le redoutent aussi même s’ils n’y croient pas. Helen, quant à elle, ressent de la peur au début mais va très rapidement commencer à être attirée sexuellement par Candyman. Cet homme qui a aimé et qui est mort pour avoir osé trop aimer attire la jeune femme dont le mari se détourne. A l’instar de La Belle et la Bête, Candyman, sous des apparences monstrueuses, est un objet de désir (pensons à la magnifique scène du baiser).

Notons également la performance grandiose de Virginia Madsen couronnée de deux prix pour son interprétation sans faille ainsi que la magnificence du géant Tony Todd en Candyman.

Une tension évolutive, un métrage taillé au scalpel et dont la perfection n’a pas d’égal dans le genre, une critique sociologique omniprésente (à l’égard du racisme, des légendes urbaines, de la ségrégation hommes-femmes, de l’adultère,…). Tout, absolument tout séduit dans ce film qui mériterait six étoiles si cela était possible…


Critique de Candyman - Candyman, Candyman, Candyman, Candyman, ...
Par : Gore Sliclez

Bienvenue dans l’univers de Daniel Robitaille alias Candyman. Une légende urbaine, un cauchemar éveillé issu de l’imagination baroque de Clive Barker et mis en lumière par Bernard Rose, réalisateur anglais jusque-là peu inspiré et à la carrière inégale.

Il aura suffi d’un film, et quel film, pour faire entrer le personnage dans le cercle très fermé et très prisé des grands noms du cinéma d’épouvante. La grande qualité de Bernard Rose dans cette œuvre intemporelle est de créer une atmosphère unique, lourde et sombre dans un enfer urbain déshumanisé et perverti socialement par la recherche de l’intérêt personnel. Implanter l’antre du boogeyman dans une cité coupe-gorge dans laquelle la jeune étudiante (émanation physique parfaite de la bourgeoisie intellectuelle snobinarde des grandes banlieues) se retrouve plongée relève tout simplement d’une idée de génie. Car enfin ce Candyman qui se nourrit de la rumeur n’est jamais que le symbole même de la victime brimée, humiliée au nom de la race parce que celui-ci avait eu le malheur d’aimer une blanche. Deux cents ans après, rien ne semble avoir changé. La haine raciale est toujours présente et se confine donc désormais dans des cités lugubres dirigées par des bandes de criminels et où le fantôme du géant noir plane toujours autant le long des murs tagués de la cité.

Cette dichotomie sociale qui prend naissance dans la légende est présente à chaque instant du film et rend plus difficile l’enquête que décide de mener Helen pour connaître la vérité. Mal lui en prit puisqu’elle sombre tout doucement dans une machination morbide qui fait d’elle le coupable toute désignée des meurtres atroces perpétrés pourtant par Candyman. Une chute infernale, onirique et sensuelle que Bernard Rose nous invite à suivre dans un monde cauchemardesque d’un pessimisme étouffant, faisant preuve d’une grande maîtrise de la mise en scène et parvenant à nous effrayer autant qu’à nous émouvoir. Le grand manteau de fourrure de Candyman (qui n’apparaît dans le film qu’au bout de 45 minutes) ne pouvait être revêtu que sur les épaules larges de Tony Todd. À la fois effrayant mais aussi hypnotisant l’acteur américain impose son personnage au point d’incarner le croque-mitaine à jamais dans la tête des cinéphiles malgré le grand talent de cet acteur sympathique à la voix spectrale et à la filmographique aussi importante qu’éclectique. Face à lui une Virginia Madsen, belle blonde aux yeux envoûtants, qui nous joue la Ann Darrow du monstre Candyman et qui complète remarquablement ce duo improbable.

Certaines scènes resteront longtemps dans les mémoires à l’instar de ce baiser « piquant » et de la scène finale flamboyante au propre comme au figuré. Mais la véritable héroïne du film n’est-elle pas tout simplement cette atmosphère d’outre-tombe emmenée par des chants de chorale et planant sur cette œuvre. Un film se présentant comme un conte obscur, un diptyque calqué sur la vie de la charmante Helen passée au-delà du miroir dans un sacrifice émouvant et réparateur.

Bernard Rose réussit remarquablement à nous terrifier en faisant appel à nos peurs primales enfouies dans nos mémoires comme dans les tréfonds de la ville mais tout en nous offrant une œuvre d’une poésie noire et troublante alliant à merveille le fantastique, l’horreur et le policier. Candyman, Candyman, Candyman, Candyman…


Oeuvres liées :

Candyman 2 (1995) Candyman 3, day of the dead (1998)

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