Critique de film

Massacre à la tronçonneuse

"The Texas ChainSaw Massacre"
affiche du film

Jeunes et insouciants, cinq amis traversent le Texas à bord d'un minibus. Ils s'aperçoivent bien vite qu'ils sont entrés dans un territoire étrange et malsain, à l'image du personnage qu'ils ont pris en stop, un être vicieux en proie à des obsessions morbides. Ce dernier ne tarde pas à se faire menaçant. Mais les cinq amis parviennent à s'en débarrasser. Peu de temps après, une panne d'essence contraint le groupe à s'arrêter à une station-service. Non loin de là, une maison isolée attire leur attention. Deux d'entre eux décident de s'y aventurer, mais lorsqu'ils tentent de pénétrer à l'intérieur, un boucher masqué surgit et massacre les deux adolescents avec une tronçonneuse. Un de leur camarade, parti à leur recherche, subit le même sort. Il ne reste alors plus que deux survivants, et la nuit commence à tomber...

Les critiques à propos de ce film

Massacre à la tronçonneuse - Vous ne verrez plus jamais une tronçonneuse de la même façon...
Par : Damien Taymans

Tobe Hooper, originaire du Texas, revient dans l’Etat qui lui est cher pour signer son plus grand chef-d’oeuvre. Tout commence lorsque Hooper passe des vacances chez sa famille qui habite dans le Wisconsin. Là, il apprendra la légende du célèbre meurtrier en série Ed Gein, dit le Boucher. Cannibale et nécrophage, le terrible Ed Gein fascine le jeune Tobe Hooper et c’est de cette fascination que naîtra Massacre à la tronçonneuse.

Car Hooper en a leurré plus d’un. En effet, le film commence par une mise en garde prétextant que l’histoire du film est basée sur des faits réels. Bien entendu, cet avertissement ne sert qu’à asseoir un peu plus l’effraiement du spectateur car chronologiquement, le rapport serait impossible. Hooper ne colle finalement à Leatherface que peu de traits réels de Gein : un aspect morbide dans le mobilier utilisé et l’utilisation de masques...

La séquence d’entrée montre à elle seule à quel point le génie de Hooper est au summum. Après cet avertissement vient un générique pour le moins étonnant pour l’époque (et encore pour aujourd’hui) : des plans très courts nous sont montrés par intermittence, comme s’il s’agissait de flashs d’appareils photos. Cette obscurité travaillée est angoissante et met le spectateur d’entrée en condition pour la suite. Ensuite, l’ouverture se fait sur un travelling sur un monument quelque peu funeste : un cadavre empalé en guise de statue. Ces quelques éléments suffisent à placer le cadre du film : on n’est plus dans du cinéma de bas étage, ni même dans une bonne série B... Non, nous sommes devant l’oeuvre la plus aboutie d’un maître.

Et tout, absolument tout dans ce film suggère le génie de son auteur. Car, non content de nous en mettre plein les yeux, Hooper s’amuse à titiller nos autres sens. Tout d’abord par la bande sonore, digne d’un documentaire. Une bande amplifiée par toutes sortes de sons parasites dérangeants. Pensons notamment au bruit agaçant du générateur près de la maison de la famille de Leatherface. Mais le génie va plus loin : le choix de l’arme n’est pas gratuit car la tronçonneuse possède un son strident, un son pur, conçu pour nous échauffer les oreilles et accroître le stress en nous. La scène de la poursuite dans les bois joue avec deux vacarmes incompatibles : les cris de la géniale Marilyn Burns (qui s’époumonne durant presque 20 minutes) et la tronçonneuse rutilante de Leatherface. Le mélange des deux bruits est insoutenable...

A cette dimension sonore s’ajoute une dimension olfactive. Car, non content de nous abrutir via les bruits, Hooper nous fait ressentir la crasse qui domine le film. Le soleil de plomb et les cadavres pourrissants s’insinuent doucement dans nos narines pour provoquer une sorte de nausée. Bien entendu, on ne peut négliger une fois encore le côté visuel. Hooper prend un malin plaisir à nous imposer des décors répugnants (abat-jour en cuir humain, canapés en os, crânes accrochés aux murs, ...) qui nous permettent de nous rendre compte de la famille de dégénérés qui logent sous ce toit.

Les conditions du tournage collent exactement à l’étiquette du film. Dans des conditions anormales (40° durant tout le tournage), les acteurs multiplient les performances et Hooper en demande de plus en plus de leur part. La scène du repas en famille a duré plus de 27 heures d’affilée et le réalisateur n’hésite pas à bousculer ses comédiens pour les emmener au bout d’eux-mêmes. Ajoutez à cela l’odeur nauséabonde distillée par les corps qui souffraient également de la chaleur et des carcasses pourrissantes et vous comprendrez le calvaire des acteurs et de toute l’équipe technique.

Empreinte d’humour (notamment la fameuse scène où le grand-père doit frapper la fille à l’aide d’un marteau mais échoue à chaque fois), l’oeuvre n’en est pas moins un cinglant miroir de la société. Opposant des gens qui n’ont rien en commun : d’un côté, des fous dévoués à la boucherie et à la viande, quelque soit son origine, de l’autre, une bande de jeunes gens inoffensifs et sans défense. Cette parfaite création manichéenne touche en plein les bases de l’humanité. Leatherface représente à lui seul l’humanité à l’état pur : inhumain à certains moments (lorsqu’il tue tel une bête, sans conscience), profondément humain dans d’autres situations (il est humilié par ses frères et semble torturé par ses peurs profondes). Il est également dominé par une mère pourtant morte depuis longtemps (cf. Psychose). En ce sens, comme Norman Bates, Leatherface est un représentant du genre humain : comme nous, il est constitué d’une part d’inhumanité, part dans laquelle nous ne sombrons que très rarement et qui fait partie de son quotidien.

Dernier coup d’oeil enfin. Nous ne pouvions pas passer sous silence la magnifique scène du dîner (où le dîner est en fait Marilyn Burns). Cette scène a traumatisé nombre de spectateurs par la cruauté des propos mais surtout par la maîtrise filmique du sujet. Hooper décide de filmer à l’épaule cette scène inoubliable et va à l’encontre de ce qu’il nous a proposé dans le reste du film. Alors qu’on a eu droit à des successions de plans larges ou de plans d’ensemble censés atténuer l’horreur des poursuites, ici Hooper ne lésine pas sur les expressions des personnages. Ainsi s’enchaînent des gros plans allant des yeux de Marilyn Burns aux expressions des visages délirants des deux frères de Leatherface. Et on ne peut que se sentir mal à l’aise devant ces zooms dérangeants, allant de plus en plus profondément dans l’oeil de la pauvre victime. Notons au passage qu’on a beaucoup reproché à Burns de s’être égosillée de la sorte. Mais, soyons réalistes, en pareille situation, que ferions-nous à part hurler ? C’est justement cette panique totale qui est empreinte de réalisme...

Un énorme merci, Monsieur Hooper, pour ce chef-d’oeuvre indémodable qui, comme le bon vin, ne fait que s’améliorer avec le temps qui passe. Si vous n’aimez pas ce film, c’est que vous ne connaissez rien à l’art. Si vous aimez ce film, n’hésitez pas à le regarder aussi souvent que possible car la jouissance qu’il procure est intense.


Oeuvres liées :

Massacre à la tronçonneuse 2 (1986) Massacre à la tronçonneuse 3, Leatherface (1990) Massacre à la tronçonneuse nouvelle génération (1994) Massacre à la tronçonneuse (2003) Massacre à la tronçonneuse : le commencement (2007)

Commentaires sur le film

Culte
5 etoiles

coups de coeurCoup de coeur !

Juste culte , inégalable ,incomparable , Un chef d’oeuvre quoi .

21 avril 2011 à 03:04 | Par JOsé

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