Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Ancien médecin de prison, le docteur Orloff enlève des jeunes femmes, utilisant leur peau pour rendre visage humain à sa fille défigurée dans un incendie.
Il suffit que l’on susurre le nom de Jess Franco (nom le plus célèbre parmi une armée de pseudonymes différents) pour que se forment d’emblée deux bataillons, prêts à se livrer une âpre lutte où chacun rivalise becs et ongles de ses propres armes. D’une part, les admirateurs de Franco qui chérissent leur réalisateur comme leur propre enfant, lui permettant ses écarts de conduite et ses fautes de goût, et qui sont prêts à se damner pour une ultime vision de la pire croûte du réal d’Une vierge chez les morts-vivants. D’autre part, les détracteurs du bonhomme qui vendraient leur âme au diable pour éviter à tout prix les réalisations qu’ils détestent et auxquelles ils ne reconnaissent pas une once de talent.
Ne faisant partie ni d’un camp ni de l’autre, je tenterai ici de brosser de manière objective un portrait de la présente œuvre. Et force est d’avouer que contrairement aux œuvres vues précédemment, L’horrible docteur Orlof brille par son originalité photographique et narrative. Il étonne également par la sobriété de sa mise en scène, éloignée des excentricités auxquelles l’auteur nous a habitués.
Les dimensions photographique et sonore servent énormément l’aspect angoissant du métrage. Une photographie en noir et blanc qui entraîne une atmosphère anxiogène. Il faut reconnaître que l’auteur manie adroitement ces jeux de lumière, éblouissant les victimes d’une luminosité pure, plongeant le docteur Orlof dans des ténèbres profondes, nous livrant dès le départ les clés de ce manichéisme parfait. Le traitement sonore est également à la hauteur des ambitions du réal, oscillant sans cesse entre musicalité classique des films d’horreur et tintements quasiment enfantins ajoutant leur lot de frayeurs.
Le scénario constitue une des pièces maîtresses de cette œuvre, alternant habilement longueurs et instants plus rythmés, créant ainsi une dualité intéressante qui permet au spectateur de se situer à mille lieues de ces styles monocordes où l’on s’ennuie à mourir… Coïncidant avec une évolution en deux temps, enchaînant moments dramatiques et scènes terrifiantes. Les interprétations extraordinaires d’Howard Vernon (Orlof) et de Ricardo Valle (Morpho) sont savamment utilisées par Franco, dosant magnifiquement l’une et l’autre au point de rendre leurs prestations inoubliables.
En somme, Franco nous sert ici un film aux atours appétissants et au goût subtilement épicé qui ravira les palais et les yeux des spectateurs. Détrompez-vous : on peut ne pas être fan de l’auteur et apprécier à leur juste valeur certaines de ses œuvres…
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