Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Allegra Geller, la conceptrice d'un jeu informatique, présente devant une assemblée d'amateurs sa dernière création: eXistenZ. Ce jeu révolutionnaire se branche directement sur le système nerveux du joueur, effaçant ainsi les frontières entre illusion et réalité. Pendant la démonstration, un homme voulant s'approprier le jeu tire sur Allegra, qui doit s'enfuir avec un jeune participant.
Par Dante
Les jeux vidéos font maintenant partie intégrante de notre société, il était donc tout naturel que le cinéma fantastique s’y intéresse. Mais les univers virtuels n’avaient jusque là jamais eu vraiment d’œuvre à la hauteur de leur complexité, outre des films comme Tron un peu trop gentillet et quelques séries B telle que Pulse ou encore Stay Alive, il fallait qu’un maître s’y attelle. Et c’est chose faite avec eXistenZ de monsieur Cronenberg.
Tout naturel quand on connaît les goûts du réalisateur qui s’intéresse de très près à la réalité parallèle avec des films comme Vidéodrome. Près de 20 ans après, le réalisateur revient donc pour amener les spectateurs aux frontières du réel, là où les réalités se mélangent pour former des formes mouvantes et insaisissables. Véritable mine d’or scénaristique, le mélange des réalités est pourtant assez dangereux, car il s’agit de ne
pas perdre le spectateur en route. C’est là que Cronenberg fait exploser tout son talent, en s’offrant le luxe de superposer pas moins de trois réalités. Pari risqué, mais qui donne toute sa force au film, car on suit avec curiosité les voyages de Jude Law et de Jennifer Jason Leigh à travers des mondes tous plus étranges les uns que les autres. Chaque réalité visitée devient donc le terrain de jeu de Cronenberg qui leur donne un aspect diffèrent. Outre le monde que l’on connaît, la première réalité est étrange et peuplée de nouvelles technologiques et étrangement humaines (les POD) et le dernier plus proche de celui-ci encore plus étrange et plus proche du jeu vidéo, où les héros rencontrent des protagonistes, accomplissent des missions, etc… C’est là que se trouve la faiblesse du film, car le spectateur est un peu perdu devant tous ces sauts spatiaux et ces rebondissements à répétition qui gênent à la lisibilité de l’intrigue. Même si le scénario est proche de celui de l’univers du jeu, on a quand même du mal à en comprendre le pourquoi du comment.
Mais Cronenberg et son directeur photo attitré Peter Suschitzky depuis Faux-semblants, font du film une myriade d’atmosphères différentes, ayant toutes pour point commun leur aspect repoussant et inhumain. L’exemple qui illustre parfaitement ce travail du duo réside dans le décor de l’usine, qui ressemble vaguement à un abattoir, suintant le sang et l’abominable. La scène où Jude Law fouille dans le corps d’une sorte de grenouille tout en parlant à son coéquipier est plutôt significative de cette ambiance malsaine. De même l’aspect des POD qui permettent de se connecter à l’univers virtuel à un aspect peu attrayant, et son utilisation elle-même est peu esthétique, puisque les protagonistes sont obligés de s’enfoncer une sorte de cordon ombilicale dans le creux des reins. L’apothéose du mauvais goût réside tout de même dans la scène de l’assemblage du pistolet à l’intérieur du plat assez appétissant.

Côté casting, Cronenberg s’encadre encore une fois de quelques figures connues mais pas encore starifiées. Jude Law tout en finesse, Jennifer Jason Leigh décidément à l’aise dans tous les rôles, avec une mention spéciale pour William Defoe et sa prestation, certes, rapide mais extraordinaire. À noter aussi la présence d’Ian Holm avec un très joli accent. Musique composée par l’excellent Howard Shore mais qui ici ne donne pas vraiment beaucoup de puissance à sa musique, les images sur plantant de loin la force de la musique.
Cronenberg ne signe donc pas son chef-d’oeuvre et continue dans sa lancée de réalisateur talentueux et original, signant des œuvres hors des modes et difficilement classable. eXistenZ est à l’image de son titre, complexe parfois difficilement compréhensible, mais original et surtout graphiquement très beau dans son malaise atmosphérique.

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