Critique de film

Vidéodrome

"Videodrome"
affiche du film
  • Genre : Science-fiction - Terrestre
  • Année de production : 1983
  • Scénaristes : David Cronenberg
  • Acteurs : James Woods, Leslie Carlson, Sonja Smits, Deborah Harry, Peter Dvorsky
  • Réalisateurs : David Cronenberg
  • Pays d'origine : Canada
  • Durée : 1h28
  • Budget : 5 millions de dollars
  • Musique : Howard Shore
  • Bande annonce
  • Récompenses : Prix du Meilleur film de science-fiction au Biff (1984)
    Genie Award de la Meilleure réalisation pour Cronenberg (1984)
    Nominé aux Genie Awards de la Meilleure photographie, Meilleur acteur de second rôle (Leslie Carlson, Peter Dvorsky ), Meilleure actrice de second rôle (Sonja Smits) et Meilleur scénario en 1984

Directeur de Canal 83, une chaîne de télévision par cable spécialisée dans la pornographie, Max Renn capte un jour, durant quelques minutes, une mystérieuse émission, Vidéodrome, qui diffuse d'insoutenables scènes de meurtres et de tortures. Intrigué, il demande à l'un de ses techniciens, Harlan, de localiser le lieux d'émission du programme. Ce dernier y parvient et Max réalise bientôt que les atrocités de Vidéodrome ne sont pas simulées...

Les critiques à propos de ce film

Vidéodrome - Parce que Cronenberg possède un troisième oeil...
Par : Chroniqueurs
Tags : Psychologique

David Cronenberg, chacun le sait, est un cinéaste à l’univers à part entière. Et même si on le place aux côtés d’hommes comme John Carpenter, il faut bien avoir conscience que personne ne peut être comparé ou assimilé au réalisateur canadien. Son cinéma est si particulier, sa pensée si unique qu’il est et restera toujours un cinéaste indépendant.

Avec Vidéodrome, il livre une œuvre avant-gardiste sur les dangers du monde moderne, représentés par l’essor de la télévision et du pouvoir de l’image. Certes la télévision existe depuis un certain temps déjà, mais Cronenberg étant ses pouvoirs, son influence. Bientôt elle contrôlera les esprits, elle régira nos vies. Elle le fait déjà pour le personnage de James Woods. Non seulement, elle lui sert de réveil et d’agenda, mais en plus, les émissions qu’il programme sont source de sexe et de violence. Autrement dit, David Cronenberg émet l’idée à travers Vidéodrome que les pulsions, les envies les plus salaces de l’être humain lui sont tendues par son écran de télévision. Il ouvre les portes de ses interdits et l’autorise à donner libre cours à ses pensées les plus perverses. Ainsi, il n’y a plus de limites à la violence et au sexe. Inquiétant !

Mais avec Vidéodrome, Cronenberg est loin de vouloir s’arrêter à cette simple idée. James Woods, son personnage principal, va faire une furieuse descente aux enfers, entraînant dans son sillage un spectateur de plus en plus perturbé. Car si James Woods prend conscience du danger, il ne cesse de s’en approcher pour au final plonger dedans. Happé par Vidéodrome, ce programme mortel, il vend son esprit au diable et se perd. La dégénérescence de son esprit ressort comme d’habitude chez Cronenberg sur son physique. Son ventre s’ouvre pour pouvoir y accueillir des cassettes vidéo et sa main ne forme plus qu’un gros amas de chair avec le pistolet. James Woods est devenu le produit de Vidéodrome. Sa chair est déformée autant que son esprit. La frontière entre l’imaginaire et la réalité n’est plus. Ses hallucinations provoquées par la télévision en font un animal en cage. Il répond aux ordres de tel ou tel individu, sans savoir où se trouvent la vérité et le mensonge.

D’ailleurs, il faut reconnaître que chez David Cronenberg, la « fuite », la perdition spirituelle (et physique) du héros s’orchestre comme une course-poursuite. Le héros est en fuite. Il semble poursuivit par des organisations mystérieuses. Deux camps s’offrent à lui. Celui qui semble « officiel » où tout est organisé. Ils sont au courant de tout et veulent recruter notre héros pour son « bien », car ils ont la solution. Mais dans le même temps, il est contacté par un clan plus « secret » et à l’organisation plus rudimentaire. Il s’agit de la rébellion et c’est bien entendu vers eux qu’il se tournera pour finir.

Vidéodrome est une fuite, une chute, une descente vers la rédemption, non pas vers le bonheur car chez Cronenberg le bonheur n’existe pas. Il n’y a que le combat. Un combat à mener contre cette folle et terrifiante évolution. Et si l’on ne peut la freiner, on peut vivre en marge d’elle, libre et indépendant.

De cette chair et cet esprit mutilé, sort une vérité éclatante mais toujours un peu terrifiante. Après tout, c’est la vision qu’a David Cronenberg de notre monde.


Critique de Videodrome - Longue vie à la nouvelle chair !
Par : Samuel Tubez

Frissons, Rage, Chromosome3, Scanners, jusque là, les films de David Cronenberg offraient une explication plausible et scientifique aux phénomènes anormaux que le réalisateur aime tant à mettre en scène. Avec Videodrome, le cinéaste va plus loin et explose les limites de la réalité. Quand l’invisible devient tangible et quand l’organique entre en mutation avec l’objet, on rentre de plein pied dans un autre univers, on rentre dans le monde de Videodrome.

Qu’est-ce que la réalité aux yeux de chacun ? Est-ce que ce que l’on nous montre est la vérité ? Est-ce que celle-ci existe-t-elle seulement dans nos propres perceptions ? Cronenberg pose la question en laissant le champ d’interprétation libre pour le spectateur qui peut alors s’aventurer à toutes sortes d’hypothèses. Mais le principal n’est pas véritablement de comprendre, car un tel film reste en grande partie délibérément hermétique, l’important c’est de ressentir. Certes il y a bien des thématiques visibles et une analyse de l’impact des images sur le spectateur, mais une fois ingurgitées, ces images enclenchent une nouvelle fonction du corps humain. On ne se trouve alors plus dans la même réalité. Troisième œil, glande pinéale, excroissance, peu importe comment cette évolution physique se nomme, une fois celle-ci entamée, les phantasmes les plus tordus se matérialisent devant nos yeux. L’écran de télé nous absorbe, les cassettes vidéo pénètrent notre abdomen, un flingue devient le prolongement de notre main, tout devient possible. Orchestrés par Rick Baker (Le Loup-garou de Londres), les superbes (et inédits) effets visuels provoquent à la fois malaise et fascination. Impossible d’oublier de telles visions.

Devant la caméra, James Woods est halluciné et hallucinant, Deborah Harry (dans son premier grand rôle, le plus marquant de sa carrière d’ailleurs) est quant à elle fantomatique et envoûtante. Cronenberg magnifie tous les éléments de son film (acteurs, fx, musique…) pour former là un chef d’œuvre incontournable. Par la suite, il retentera encore de briser les limites du réel, de brouiller les pistes, de jouer avec les apparences. Parfois somptueusement (Faux-semblants), quelque fois de façon plus grotesque (eXistenZ, version blafarde de Videodrome, mais dans le monde des jeux vidéo).

Tant visuellement que viscéralement, Videodrome est un film qui titille et fascine. Eprouvant et jouissif, il s’insinue en vous sans que l’on s’en rende compte et vous obsède comme jamais. L’expérience est incomparable, la jouissance est ultime, la frustration écrasante. Plus jamais vous n’allumerez votre téléviseur sans penser à cette œuvre unique.

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