Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Mark Chopper, criminel adepte du meurtre gratuit, rêve depuis sa plus tendre enfance de devenir un serial killer de légende. Personnalité insaisissable, il est à la fois ultra-violent, paranoïaque, sarcastique et charmeur. Alors qu'il est en prison, il décide de rédiger ses mémoires. Son histoire passionne, son rêve se réalise enfin, les médias se l'arrachent...
Mark Brandon « Chopper » Read existe vraiment ! C’est sans doute cette information qui est la plus impressionnante ! Le tueur lui-même est donc celui qui a pondu le scénario de cette petite merveille qu’est Chopper. Véritable bête de foire en Australie, on pouvait être assuré du succès de ce film biographique qui relate les états d’âme d’un bourreau au grand cœur des temps modernes. Encore fallait-il un réalisateur de talent pour donner du mordant à l’œuvre et on peut avancer que la société de production AFFC ne s’est pas trompée en engageant un Andrew Dominik dont c’était pourtant la première expérience cinématographique.
En effet, ce dernier a su gérer son équipe malgré un temps de tournage et un budget réduits au maximum. Il est ainsi impressionnant de voir à quel point la photographie et les décors sont de qualité. Geoffrey Hall et Kevin Hayward ont su tirer un maximum de la luminosité ambiante pour augmenter à un niveau dépassant l’imagination l’aspect malsain et
glauque du personnage.
Car c’est en fait bien du personnage central dont il est question durant tout le métrage, très peu d’importance étant accordée aux personnages secondaires. C’est ainsi que le film prend toute sa dimension psychologique au fur et à mesure que nous découvrons un Chopper tantôt manipulateur, tantôt sarcastique ou encore complètement sensible et fragile.
C’est bien avec cette dimension, acquise au fil des minutes, que l’on reconnaît tout le génie et toute la minutie d’Andrew Dominik. Il est certain qu’il a sans doute été grandement aidé par l’autobiographie de Chopper car, après tout, quelqu’un qui parle de lui-même se trompe rarement, mais rien ne dénote dans le portrait psychologique qui est dressé.
Le jeu d’Eric Bana, acteur et scénariste australien très actif dans le milieu depuis une dizaine d’années, influe nettement sur la qualité psychologique de l’œuvre. En effet, ses mimiques décrivent à merveille toute la folie du tueur en série le plus célèbre d’Australie. Ses changements physiques lors du métrage sont tout aussi impressionnants et imposent le respect. Cet acteur de qualité est épaulé à merveille par des seconds rôles de grand talent : Simon Lyndon et Kate Beahan. L’apparition de Serge Liistro donne le petit plus
délirant qui manquait encore au casting.
Casting qui, en définitive, n’a qu’à se laisser porter par l’admirable mise en scène d’Andrew Dominik ! Les séquences chocs se multiplient sans pour autant verser dans un gore qui aurait été bien malvenu. Certes, nous voyons du sang, beaucoup de sang même, mais celui-ci est savamment distillé au fil des scènes. Ainsi, lorsque Chopper se coupe les oreilles, le spectateur est plus répugné par le fait de cette automutilation que par le sang qui en découle. La scène où Keithy est mortellement blessé donne aussi son lot d’effets sanguinolents mais prouve surtout à quel point Chopper tue gratuitement. Cette séquence quasi-initiale met d’emblée le spectateur dans un bain qui durera près d’1h30 !
Le montage est aussi l’un des gros points forts de lu métrage. Certaines scènes ont été tournées de deux à trois fois avec, à chaque fois, le point de vue d’un protagoniste différent. Cet aspect du film révèle toute la complexité de l’assassin mais aussi son immense mythomanie. La scène délirante, sur fond de musique de cirque, où Chopper raconte
comment il a tué Sammy le Turc est tout simplement exquise et hilarante.
La séquence la plus surréaliste du film survient lorsque notre tueur en série décide de sortir son sexe en plein bar ! En plus d’être bien monté, Chopper installe un climat complètement hallucinant dans la pièce qui fera rire plus d’un spectateur !
Le seul petit reproche que l’on peut faire à l’ensemble est de bénéficier d’une musique peut-être un peu trop neutre. Il est vrai que le budget ne permettait pas vraiment de faire des folies non plus et d’engager un compositeur un peu plus connu !
Recette pour un film réussi au pays des kangourous ? Un best-seller signé des mains d’un serial-killer, un réalisateur sorti de nulle part et un acteur de très grand talent et l’affaire est dans le sac ! Comme quoi les Aussies mériteraient sans doute un peu plus de crédit aux yeux du monde… Une recette miracle à consommer sans modération !
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