Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Fraîchement débarqué des Etats-Unis, les soucis se multiplient à une vitesse folle pour Nora Davis (Leticia Roman) dès son arrivée à Rome. La personne agée dont elle devait s’occuper meurt pendant la nuit, elle se fait ensuite agressée par un inconnu qui lui vole son sac à main. Et comme si cela ne suffisait pas, elle devient le témoin involontaire d’un assassinat avant de s’évanouir. Questionnée par la police, elle apprend que le cadavre de la victime qu’elle croit avoir vue n’a pas été retrouvée. Son imagination, lui a-t-elle joué des tours ?…
En grande partie financé par les capitaux américains, La fille qui en savait trop ressemble au départ davantage à un film de commande qu’à autre chose. L’œuvre n’est d’ailleurs censée être qu’une comédie policière de plus dans le paysage cinématographique. Seulement voilà, après avoir transité par les mains de nombreux réalisateurs, le projet aboutit finalement dans celles de Mario Bava qui va réussir
une expérience de jonglage étonnante : livrer aux producteurs le film dont ils ont envie et créer une œuvre intemporelle à côté.
Bava va donc s’adonner à livrer parallèlement deux versions de son film : une version davantage portée sur la comédie policière, agrémentée de scènes de franche comédie subsistant à côté de l’enquête sérieuse, version destinée à charmer les investisseur outre-Atlantique et une version personnelle, centrée principalement sur l’intrigue et rentrant dans un cadre plus hitchcockien. Sorte de terrain de jeu expérimental, La fille qui en savait trop ne cache en rien les influences multiples de son auteur et assoit intelligemment les bases fondatrices du genre giallo avant que n’émerge le chef-d’œuvre du genre un an plus tard avec Six femmes pour l’assassin. On comprend d’ailleurs fort aisément en quoi le genre intéresse Bava puisque celui-ci possède de nombreux points communs avec un film comme Le masque du démon, ne serait-ce que par l’atmosphère anxiogène, les meurtres d’un sadisme total et la connotation sexuelle qu’impose le tueur.
Dès le début, le réalisateur nous prévient par divers chemins détournés : il ne faut pas se fier aux apparences. Ainsi, l’héroïne s’adonne-t-elle avec plaisir à la lecture d’enquêtes policières qui ne sont pas du goût de tout le monde, lectures aperçues négativement par nombre de personnes qui estiment que celles-ci stimulent un peu trop l’imagination et modifient la perception des lecteurs. En outre, Nora est rapidement confrontée à la leçon donnée par l’auteur puisqu’elle se laisse prendre au piège par son voisin direct dans l’avion qui l’amène à Rome. Certaines scènes (celles des médecins au-dessus de son lit) viendront continuellement rappeler ce refrain lancinant destiné à perturber le spectateur autant qu’à le mettre sur la voie.
Malgré les moments de comédie dont le film est parsemé, une trame sérieuse est tissée sur fond d’atmosphère angoissante, rendue par les décors nébuleux d’une Rome plongée dans les ténèbres. En excellent chef opérateur et professionnel de l’image, Bava entérine d’autant plus cette réalité brumeuse par le contraste continuel qu’il exploite dans l’éclairage de sa photographie. La Rome nocturne s’oppose en tous points à la capitale inondée de soleil lors des scènes diurnes. Outre cette patte artistique, il faut également reconnaître que l’auteur parvient, même lors des passages humoristiques, à installer une certaine tension comme cette magnifique scène où John Saxon s’approche d’un
pas insistant et angoissant de Nora sur la plage, démarche assimilée à celle de l’assassin (nouvelle preuve des fausses impressions qui ne correspondent pas à la vérité).
Ceci dit, si le métrage explose au visage pour ce qui est du traitement formel, il n’est pas le meilleur qui soit au niveau du fond. Une enquête assez rébarbative menée maladroitement par l’héroïne qui pourra provoquer haine et répulsion chez certains. De plus, la résolution de l’enquête se fait de manière trop théâtrale et ne rend pas compte de tous les éléments divulgués jusque-là, certaines motivations restant même obscures (l’alphabet comme trame reste un véritable mystère).
Il convient de considérer La fille qui en savait trop comme une œuvre picturalement réussie et de reconnaître le talent de son créateur qui a sur en livrer deux versions quasiment opposées (ce qui n’est pas mince affaire). Terrain expérimental privilégié pour en arriver au chef-d’œuvre qu’est Six femmes pour l’assassin…
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