Critique de film

Tesis

"Tesis"
affiche du film
  • Genre : Thriller
  • Année de production : 1996
  • Scénaristes : Alejandro Amenabar, Mateo Gil
  • Acteurs : Eduardo Noriega, Ana Torrent, Fele Martinez, Xabier Elorriaga, Miguel Picazo
  • Réalisateurs : Alejandro Amenabar
  • Pays d'origine : Espagne
  • Durée : 2h05
  • Budget : 721 000 euros
  • Musique : Alejandro Amenábar, Mariano Marín
  • Bande annonce
  • Récompenses : Grand prix d'argent au BIFFF 1997
    CEC Award de la Révélation en 1997
    Nominé au Grand prix d'or au festival de Fantasporto 1997
    Goya Awards du Meilleur montage, du Meilleur film, du Meilleur acteur révélé, du Meilleur réalisateur révélé, Meilleure direction artistique, Meilleur scénario original et Meilleur son (1997)
    Nominé au Goya Award de la Meilleure actrice (Ana Torrent) en 1997
    Golden Kikito Award de la Meilleure actrice (Ana Torrent) en 1996
    Nominé au prix du Meilleur film à Mystfest en 1996
    Film Award du Meilleur réalisateur aux Ondas Awards en 1996
    Prix de la Meilleure actrice (Ana Torrent) aux Premios ACE en 1997
    Audience Award au festival de Valvidia en 1997

Angela est étudiante en communication de l'image et prépare une thèse sur la violence audiovisuelle. Son professeur se propose de l'aider à chercher des films extrêmement violents à la vidéothèque de la faculté. Le lendemain, il est retrouvé mort dans une salle de projection. Avec Chema, un camarade de classe, elle décide de visionner la cassette qui se trouvait dans le magnétoscope : c'est un snuff movie, l'enregistrement d'un meurtre réel ! Une femme y est torturée à mort... Terrifiée et intriguée à la fois, elle décide avec l'aide de Chema, d'en savoir plus... Angela glisse sur un terrain dangereux qui lui vaudra peut-être de devenir la "vedette" du prochain snuff...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Tesis - Une thèse fascinante
Par : Damien Taymans
Tags : Snuff

Pour son premier métrage, Alejandro Amenabar ne fait pas dans la dentelle. Le réalisateur s’adonne à l’un des genres les plus compliqués qui soient avec le thriller. En outre, il s’attaque au monde des snuff movies, ce qui constitue une tâche des plus délicates étant donné le tabou qui règne autour de cette réalité tapie dans l’ombre.

La particularité de Tesis est que ce sujet chaud et sensible est traité de manière tout à fait informative dans un souci d’objectivité. Le réalisateur ne prend aucun parti et reste savamment en retrait, laissant au spectateur la possibilité de se bâtir sa propre opinion à l’encontre de ces assassinats en direct.

La scène d’entrée est significative de ce retrait volontaire de l’auteur au profit d’un traitement davantage documentaire. Notre héroïne, Angela, se trouve dans un métro dont elle doit descendre car un homme vient de se jeter sur les rails. Malgré les recommandations de la police qui prie les badauds de circuler et de ne pas être morbides en zyeutant les restes du suicidé, Angela tente un instant de contempler le résultat final de l’acte suicidaire. Angela, formidablement interprétée par Ana Torrent, est à l’image du spectateur lambda. Dégoûtée par la violence mais désireuse de voir, entraînée vers le morbide par ce besoin irrépressible qu’ont les humains de savoir et de voir. Le message est directement clair sans être explicitement prononcé : nous sommes tous, à notre échelle, des victimes potentielles des snuff que notre morale réprouve mais que nos sens réclament. Pris dans une société qui tend à la surenchère omniprésente, nous nous exposons doucement à ce type de dérive télévisuelle à l’instar de ce journal télé qui veut montrer pour informer ou choquer, à l’instar de cette presse à scandales qui désire avant tout retenir l’attention par des photos déplacées.

Le métrage évolue sans cesse sur ce fil du rasoir, oscillant entre monstration et suggestion à l’image de son héroïne hésitant entre contempler et éluder ces images terribles qui s’offrent à elle. Une scène formidable met en avant cette hésitation perpétuelle : Angela rentre chez elle et s’empresse de mettre le film dans son lecteur mais… elle règle le contraste de son téléviseur au minimum pour seulement entendre les cris mais… dérangée par les hurlements sinistres, elle coupe le son de sa télé mais… enregistre le tout sur son baladeur pour les écouter le soir dans sa chambre. Par ce biais, Amenabar nous montre la délicate situation d’Angela qui tangue constamment entre curiosité malsaine et moralité caduque.

Pour illustrer encore mieux cette bipolarité déconcertante, le réalisateur dote Angela de son antagonisme en la personne de Chema, véritable passionné des images extrêmes qui leur voue un culte sans fin. Mais si ce dernier est particulièrement attaché à ce voyeurisme morbide, il ne désire pas agir et se révèle alors moins audacieux qu’Angela. De l’activité à la passivité, de l’action à la contemplation, les deux êtres se complètent parfaitement et dressent un tableau exhaustif de la nature humaine.

Les multiples personnages introduits par Amenabar ne sont pas là par hasard et ont tous une fonction particulière dans le tout que forme le film. Le professeur Figueroa a beau n’être présent qu’au début du film, il n’en est pas moins le déclencheur de toute l’intrigue. Feue Vanessa tient également un rôle capital dans l’histoire. Quant aux personnages principaux, Amenabar les utilise constamment pour servir son scénario diaboliquement génial. Angela et sa sœur, Chema, Bosco et sa petite amie composent un pentagone de relations complexes rappelant la thèse sartrienne affirmant que L’enfer c’est les autres. Les personnages vont et viennent constamment d’attirance en ruptures, de rejets en jalousies.

Le traitement du fond du métrage trouve un alter ego parfait dans son excellente manipulation formelle. Des scènes d’exposition aux images parfaites, des sons par lesquels Amenabar stimule nos sens et nous laisse imaginer les pires atrocités, le réalisateur est un virtuose et il le prouve indubitablement avec Tesis.

Ne rejetant pas son statut de première œuvre, Tesis présente toute une série de menus défauts inévitables. On pourrait pointer les longueurs du métrage ou critiquer le manque d’action. On pourrait également reprocher le manque d’investissement moral du réalisateur qui laisse carte blanche au spectateur. Mais ce serait réfuter trop rapidement le talent énorme de son auteur et renier son statut d’être humain capable de faire quelques erreurs. Errare humanum est et Tesis magnificum est.

En définitive, l’entrée dans le cinéma d’Amenabar se fait par la grande porte avec ce somptueux Tesis. Un chef-d’oeuvre qui magnifie le malsain en détruisant les tabous. Un métrage qui présage admirablement les futurs succès de l’auteur comme Les autres


Critique de Tesis - Quand un génie fait son trou...
Par : Quentin Meignant

Le nom d’Amenabar sonne au oreilles des fans de cinéma fantastique comme une douce mélodie. Qui n’a pas frémi devant les excellents Ouvre les yeux et Les autres lors de soirées cinéma bien savoureuses ?

Comme toute étoile, Amenabar a dû naître et cette naissance a eu lieu par Tesis, premier projet du réalisateur, qui fit un véritable carton en Europe. Doté d’un budget de 721.000 euros (appréciable pour une première oeuvre !), le film participa au Festival International du Film Fantastique de Bruxelles en 1997 et y remporta un Méliès d’argent, équivalent au titre de Meilleur film européen. Bref, la machine Amenabar était lancée et plus rien n’allait pouvoir l’arrêter, un mythe était né !

Tesis aborde un univers (heureusement) inconnus de la plupart des simples mortels : les snuff movies. Même si le réalisateur ibère ne prend aucun parti, on sent clairement dès le départ qu’il veut démontrer par A+B toute l’horreur de ces films montrtant des excécutions réelles et, aussi, que le voyeurisme grandissant dans nos société est plutôt inquiétant.

C’est d’ailleurs grâce au personnage de Chema que le spectateur peut ressentir toute l’horreur, toute la malsainité de nos comportement voyeuristes. On recherche toujours plus de sensations, on en jouit (presque) même dans certains cas. Chema n’est pas bien et, on le sent, Amenabar s’applique à nous faire ressentir ses pulsions et ses envies.

Il n’est donc nullement question de violence à proprement parler dans ce métrage, ce qui pourrait décevoir une marge restreinte (mais néanmoins existante) des spectateurs. Tout est suggéré par des cris de douleur et par le visage effaré (ou empli d’une certaine jouissance) de nos deux héros visionneurs de snuff.

Hormis ces idées de fond, Amenabar s’échine à nous proposer un métrage de qualité qui,même s’il ne peut-être considéré comme haletant, présage de très bonnes choses pour l’avenir. Ainsi, le traitement de l’image est tout simplement exceptionnel et digne du grand maître qu’il va devenir. Les effets de caméra se multiplient et donnent lieu à de très belles séquences.

Les jeux de lumière sont, eux aussi, de très bonne qualité et donnent lieu à quelques scènes d’une noirceur rappelant les grandes heures du cinéma espagnol. Ainsi, les décors font ressortir l’aspect lugubre et poisseux dont avaient besoin certains lieux tels que la chambre de Chema.

Le tout est accompagné d’une musique digne des plus grandes oeuvres européennes, comme celles d’Argento (Ténèbres, Les frissons de l’angoisse,...). Cette dernière n’a pas son pareil pour instaurer une certaine ambiance lors de scènes anodines.

Mieux qu’une simple première oeuvre, Amenabar nous livre donc un très bon moment de cinéma ! Même si l’oeuvre n’atteint pas des sommets, on peut avancer que toutes les qualités du réalisateurs sont déjà présentes et on se doute désormais d’une chose : chez certains, le talent est inné !

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