Critique de film

Secte sans nom (La)

"Los Sin nombre"
affiche du film
  • Genre : Thriller
  • Année de production : 1999
  • Scénaristes : Jaume Balaguero, Ramsey Campbell
  • Acteurs : Karra Elejalde, Brendan Price, Emma Vilarasau, Tristan Ulloa, Toni Sevilla
  • Réalisateurs : Jaume Balaguero
  • Pays d'origine : Espagne
  • Durée : 1h42
  • Musique : Carles Cases
  • Récompenses : Raven d'or au BIFFF 2000
    Nominé au CEC Award du Meilleur montage en 2000
    Meilleur film international au Fant-Asia festival (2000)
    Prix du Meilleur film au Fantafestival (2000)
    Prix du Jury et Meilleur réalisateur à Fantasporto (2000)
    Nominé au prix du Meilleur film à Fantasporto (2000)
    Prix Ciné-Live, prix de la critique internationale, prix spécial du jury et prix du jeune public au festival de Gerardmer (2000)
    Prix spécial du jury au festival de Puchon (2000)
    Prix de la Meilleure actrice (Emma Vilarasau), de la Meilleure photographie, Grand prix d'or et Grand prix d'argent au festival de Sitgès (1999)
    Nominé au prix du Meilleur film à Sitgès (1999)

Cinq ans apres le meurtre de sa fille, Claudia recoit un coup de telephone de celle-la, lui demandant de la delivrer. Aidee d'un ex-policier, elle part a la recherche de sa fille et va decouvrir la terrifiante verite.

Les critiques à propos de ce film

Critique de La secte sans nom - Voyage au coeur du mal absolu
Par : Gore Sliclez

En 2000, le jury de Gérardmer découvre un jeune réalisateur de 32 ans à travers son premier long métrage La secte sans nom. Une œuvre qu’ils apprécient au point de lui décerner le prix du jury, débutant ainsi une longue liste de récompenses un peu partout à travers le monde. L’unanimité de la critique internationale autour du talent de Jaume Balaguero fait du réalisateur espagnol un nouveau grand nom du cinéma d’épouvante.

Basé sur un roman de Ramsey Campbell, considéré par beaucoup comme le Stephen King anglais, Los sin nombre (La Secte sans nom) raconte l’histoire tragique d’une mère ayant perdu sa fille après un enlèvement. Cinq ans après, alors que sa vie n’est plus qu’une parenthèse, Claudia reçoit un appel au secours de sa fille. Entamant une enquête avec l’aide d’un ancien flic Claudia découvre alors les atrocités perpétrées par une secte discrète mais terriblement efficace.

Dès les premières minutes, le spectateur de cette tragédie est ballotté entre sentiment d’effroi face aux images d’autopsie très réalistes de la jeune enfant disparue et émotion avec la douleur de cette mère qui doit affronter désormais une vie d’absence. Emma Vilarasu, remarquable d’émotion, incarne à merveille cette femme détruite par le destin mais terriblement déterminée à découvrir ce qu’il s’est réellement passé avec sa fille.

Avec ce film, Balaguero nous offre les premières bases récurrentes de son œuvre noire et pessimiste qui s’articule toujours autour d’une héroïne brimée par un passé douloureux. Transposant ses personnages filmés caméra à l’épaule dans des bâtisses désertées, isolées, témoins d’événements dramatiques, le réalisateur espagnol aime créer une atmosphère pesante, paranoïaque sublimée à l’écran par des sons sourds, des couleurs sombres et des décors urbains abandonnés, voire inquiétants.

Filmant la palette d’émotions éprouvée par nos héros grâce à l’utilisation de plans rapprochés, Balaguero se donne le temps de nous offrir pour chacun d’entre eux un portrait psychologique remarquablement bien dressé à coups de petites touches d’informations subtilement distillées au grès de la narration. Un travail qui se conjugue avec une sélection de casting judicieuse comme le choix d’Emma Vilarasu capable de nous entraîner dans son histoire grâce à une interprétation sobre qui nous fait penser irrémédiablement aux femmes du cinéma d’Almodovar. Face à elle, Karra Elejalde en flic rongé par la mort de sa femme, apporte du crédit supplémentaire à cette quête qu’ils entreprennent à deux pour découvrir la vérité.

La secte sans nom nous rappelle cette ambiance de conspiration également présente dans l’œuvre d’un Michael Marshall qui nous décrit une secte sanguinaire trouvant son origine dans la recherche du Mal absolu, primitif… pur. Une organisation pervertie d’autant plus inquiétante qu’elle s’insère dans notre société discrètement, à l’abri des regards. Tel des termites, ses membres gangrènent notre monde afin que celui-ci disparaisse complètement au profit d’une nouvelle ère dédiée au mal. Pour représenter l’horreur de cette secte, Balaguero utilise via des inserts furtifs l’imagerie sordide des œuvres de l’homme barbare dont notre histoire contemporaine du 20ème siècle regorge particulièrement tout comme au Moyen Age.

À la façon d’un Carpenter, les adorateurs du mal forment un tout, une bête immonde, tapie dans l’ombre et prête à sauter sur sa proie attendant un signe de leur gourou. Un gourou incarcéré qui nous offre une des scènes les plus impressionnantes du film où à l’instar d’un Hannibal Lecter, fascinant et imprévisible, il affronte Claudia lors d’une visite à la prison. Distillant des indices lors de son interrogatoire ce Dr Santini (Carlos Lasarte) envoûte par une locution, un rire dément et un regard sans vie. Sublime moment de tension que cette scène filmée via des plans savamment étudiés. Enfin, dans un twist final retentissant, Jaume Balaguero nous plonge dans une œuvre sans fin qui vous secoue, vous interpelle et vous laisse dans l’envoûtement lancinant de cette réalité horrible qui surgit et ce plusieurs jours durant.

Ce nouveau maître ibérique du cinéma d’angoisse n’a décidément pas son pareil pour nous embarquer au cœur même d’une histoire où l’isolement, la peur de l’inconnu et la révélation d’une vérité incroyable fera de vous une nouvelle victime de ce cinéma innovant et terriblement angoissant.


Critique de La secte sans nom - Balaguero se fait un nom !
Par : Quentin Meignant

« Balaguero ? Vous connaissez ? Non, mais à mon avis, ça ne doit pas être terrible ! », on a peut-être entendu ça (mais en espagnol !) dans les couloirs du Festival de Sitges en 1999… Mais si, souvenez-vous, ce festival a permis à ces gens qui jugent trop vite de se prendre une claque monumentale et à Balaguero, Grand parmi les Grands, d’enfin éclore à 31 ans.

En 2000, Balaguero décida d’expatrier son savoir faire en participant à plusieurs grands festivals internationaux : Gerdarmer, Fantasporto, BIFFF , Fantafestival,… Et là, ce fut l’avalanche et prix le triomphe total pour le réalisateur. Quatre prix dans les Vosges, deux à Porto et, surtout, le Corbeau d’or au BIFFF !

Il faut bien avouer que Balaguero, alors totalement méconnu, a tout fait pour choquer et combler un public qui n’en demandait pas tant. Dès le départ, il nous débarque dans une atmosphère très froide et dramatique à laquelle on ne s’attendait pas. On se croit en fait d’emblée dans un drame policier.

Et là, le réalisateur ibérique surprend : avant même le générique, il offre le pire moment macabre que l’on puisse imaginer. Il montre froidement l’autopsie d’une petite fille massacrée bestialement qui a perdu tout signe distinctif et que l’on ne sait donc plus identifier de manière certaine. Non content de nous choquer de la sorte,Balaguero nous donne le coup de grâce en ne nous épargnant aucun des détails énoncés par le médecin légiste.

Etre confronté de la sorte à la mort d’une enfant a déjà en soi quelque chose de traumatisant et le réalisateur en joue alors. C’est dans une ambiance froide et plutôt glauque que l’enquête va se jouer sous nos yeux .

Balaguero multiplie les effets de style pour parvenir à ses fins. Outre une musique au piano exquise de tristesse signée de la patte de Carles Cases, il nous bombarde d’apparitions dignes de l’école espagnole actuelle. C’est ainsi que l’image se brouille l’espace de quelques secondes pour laisser place à des images que l’on ne comprend pas, le tout dans une espèce de brouhaha pesant et difficilement supportable au niveau stress.

La qualité de montage est donc au rendez-vous mais, malgré tout, le rythme laisse parfois à désirer. Nous sommes encore loin de ce que Balaguero fera plus tard avec Darkness ou encore A louer. Ce petit défaut reste néanmoins tout à fait excusable car, après tout, il s’agit d’une première œuvre.

Par contre, ce qu’on ne peut lui enlever, c’est que ce métrage est bel et bien ancré dans la réalité tantBalaguero a été loin dans ses investigations. En reliant son œuvre au nazisme, il prend le pli de donner une dimension politique et journalistique profonde au film. Certes, ce n’est donc pas cette caractéristique qui va sauver le rythme de l’œuvre mais cela donne du poids et une certaine authenticité à l’ensemble.

Sur la fin, le rythme s’accélère néanmoins et donne lieu à des scènes hautement impressionnantes. Ainsi, la plongée dans les couloirs de l’hôpital psychiatrique et la rencontre avec le professeur nazi a quelque chose de vraiment extrêmement troublant qui n’est pas sans rappeler Hannibal Lecter et sa folie.

Le final est tout simplement grandiose et met les spectateurs sous pression comme rarement ils l’ont été grâce à une tension qui monte à chaque seconde qui passe. La dernière scène donne tout l’impact nécessaire pour parachever totalement la naissance de Balaguero et, surtout, pour nous surprendre et nous dégoûter comme jamais.

Une étoile est née grâce à ce panel de personnages perturbés et qui nous ont rendus totalement fous. Bref, pour une première œuvre, Balaguero tape très fort et laisse déjà une trace indélébile dans la légende du cinéma ibérique !

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