Critique de film

Morts-vivants (Les)

"White zombie"
affiche du film

Madeleine est fiancée et, avec l'élu de son coeur, ils ont décidé de se marier aux Antilles. Pourtant, un autre homme est amoureux de Madeleine et lui demande sa main. Celle-ci refusant, l'homme invoque Legendre, le maître des morts-vivants, pour endormir Madeleine et tuer le fiancé.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Les morts-vivants - Une archive à conserver...
Par : Damien Taymans

En 1931, les studios Universal sortent successivement deux œuvres sacrées du cinéma du genre : Dracula de Tod Browning et Frankenstein de James Whale. Face à ces deux réussites, les grosses maisons de production décident de se lancer tête baissée dans l’entreprise de films fantastiques avec des résultats assez mitigés. En 1932, une petite maison de production (Halperin productions) se lance également dans l’aventure, profitant des infrastructures d’Universal pour réussir son projet.

A la tête du film, Victor Halperin, frère du producteur et un budget extrêmement limité en poche. Le tournage se fera dans les infrastructures du studio Universal, en réutilisant les décors de Dracula et Frankenstein. Autre apport d’Universal : l’acteur Bela Lugosi qui a charmé tout le monde avec son interprétation de Dracula mais a déçu les studios Universal suite au film Double assassinat dans la rue Morgue. Un tournage rapide puisque le film est bouclé en une dizaine de jours.

Premier film mettant en scène des morts-vivants, White zombie n’est pas pour autant à proprement parler un film d’horreur. Il est déjà à écarter soigneusement des œuvres zombiesques post-Romero avec lesquelles il n’entretient que très peu de similitudes. Pas de zombies mangeur de chair ni de scènes effrayantes dans ce métrage mais plutôt un retour aux sources vaudou du phénomène. En réalité, les morts-vivants ne servent qu’à entériner un peu plus profondément le pouvoir mélodramatique du métrage. Un mélodrame centré sur les passions infaisables, sur les amours inatteignables. Amour malheureux de Beaumont pour Madeleine qui refuse de l’épouser, amour malheureux de Neil dont l’épouse est morte, amour malheureux de Beaumont à nouveau qui doit continuer à vivre avec sa belle zombifiée. Sorte de Roméo et Juliette fantastique, Les morts-vivants marque davantage par son atmosphère tendue que par la qualité de sa mise en scène. Malgré une prestation étonnante (encore une fois) de Bela Lugosi et une photographie impeccable, le film souffre de défauts majeurs qui viennent ternir sa qualité scénaristique.

Ainsi, nous noterons au passage quelques imperfections techniques, sans doute dues à l’époque mais aussi à la qualité du metteur en scène, comme ces images étranges venant polluer l’image à certains moments (une paire d’yeux qui voyage au sein des décors). De même, je ne peux pas passer sous silence la piètre interprétation des acteurs secondaires (ou même celle de John Harron) comme ce cocher qui n’a appris comme mimique de comédie que l’écarquillement des yeux pour effrayer les protagonistes. En règle générale, le métrage souffre énormément d’un budget ridicule et de l’amateurisme de son équipe technique.

Néanmoins, Les morts-vivants reste incontestablement un film qu’il convient de garder précieusement dans sa vidéothèque ne serait-ce que pour son statut de document historique…

Critique de White zombie - L’origine du mythe
Par : Fred Pizzoferrato

Intéressant classique de l’âge d’or, White zombie met en scène des zombies soumis au pouvoir du vaudou, une option « réaliste » ensuite oubliée au profit des morts vivants anthropophages lancés par La nuit des morts-vivants et ses dérivés.

Couple nouvellement marié, Neil et Madeleine passent à Haïti leur voyage de noces, invités par Charles Beaumont. Ce dernier, épris de Madeleine, imagine un plan macabre pour conquérir la jeune femme et sollicite l’aide de Murder Legendre, un initié Vaudou. Beaumont souhaite « assassiner » Madeleine à l’aide d’une drogue en apparence mortelle avant de la ramener à la vie via les pouvoirs du vaudou…mais la ressuscitée n’est plus qu’une poupée vide.

En dépit de son grand âge, White zombie demeure une des plus convaincantes illustrations des pouvoirs du Vaudou, plus tard illustrés par deux métrages aussi efficaces que méconnus : L’invasion des morts-vivants et L’emprise des ténèbres.

Tourné en onze jours pour un budget ridicule, White zombie met en vedette Bela Lugosi, acteur alors auréolé d’une gloire consécutive à son interprétation de Dracula dans le film homonyme de Tod Browning. Dans le rôle de Murder (sic !), le Hongrois compose un personnage de méchant diabolique du plus bel effet et parvient à ne pas trop verser dans le cabotinage. Lugosi livre ici une de ses plus mémorables performances et reste l’attraction principale de ce White zombie. A ses côtés, le reste du casting souffre, par contre, d’une pâleur parfois catastrophique, peu aidé par un manque de caractérisation préjudiciable. Ainsi Marge Bellamy, dans le rôle de la désirable Madeleine, passe l’essentiel du film les yeux dans le vague et son amoureux, joué par John Harron, ne semble guère plus concerné.

Si le manque de budget se marque dans des décors très artificiels, ceux-ci parviennent, paradoxalement, à conférer un charme indéniable au métrage, baigné dans une atmosphère onirique prenante. Malheureusement, les moyens restreints dont dispose le cinéaste se ressentent également dans une mise en scène paresseuse qui abuse d’effets faciles (les yeux en surimpression, les images qui s’ouvrent et se ferment de manière incongrue,…) et manque fortement de tonus. Pas très doué, Victor Halperin se soucie peu de bouger sa caméra et d’offrir au métrage le moindre mouvement, préférant se focaliser sur la création d’une suite de tableaux figés plus ou moins convaincants. Certains plans acquièrent ainsi une puissance évocatrice indéniable en exposant des décors sinistres ou des figurants inquiétant mais, hélas, les moments plus mélodramatiques, déjà peu intéressants, souffrent d’une piètre illustration et paraissent désespérément statiques.

Enfin, White zombie doit se contenter d’une musique pas vraiment appropriée et fatigante, laquelle envahit l’espace et laisse peu de place aux effets sonores, pourtant plus intéressants, ou, au contraire, disparaît lorsque les images demandent un accompagnement mélodique approprié.

Ces faiblesses empêchent le film de prendre sa place auprès des grands chefs d’œuvres de l’épouvante des années ’30 mais l’intrigue, originale et bien menée, se suit cependant avec grand plaisir et suffit à rende le métrage appréciable. Un bel effort est d’ailleurs fourni pour inscrire le récit dans un contexte « authentique », en citant, par exemple, des articles de loi haïtienne traitant du problème de la « zombification » d’innocents par les pouvoirs magiques du vaudou. Des qualités totalement oubliées par Victor Halperin dans Revolt of the zombies, une séquelle de sinistre mémoire sortie en 1936.

Dominé par l’interprétation de Lugosi, White zombie, inscrit dans l’Histoire du Cinéma comme le premier « zombie movie », s’avère une redécouverte plaisante pour les nostalgiques. Son scénario habile, ponctué de quelques scènes au climat macabre efficient, compense, au final, une mise en scène laborieuse et des seconds rôles au jeu médiocre. Bref, une œuvre estimable à l’indéniable importance historique.


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