Critique de film

Colline a des yeux (La)

"The Hills Have Eyes"
affiche du film

En partance pour la Californie, une famille se retrouve accidentellement au beau milieu d'une zone d'essais de l'aviation américaine. Contraints de quitter leur véhicule, ils se retrouvent pourchassés par une bande de dégénérés.

Les critiques à propos de ce film

Critique de La Colline a des yeux - The Devil’s rejects
Par : Damien Taymans
Tags : Survival

La famille Carter, en partance pour la Californie, effectue un petit détour (mortel comme dirait Schmidt) vers d’anciennes mines désaffectées, histoire d’admirer les beaux paysages désertiques tout en se permettant une pause culturelle. Sur leur route, pourtant, un tenancier de pompe à essence les avertit du danger qu’ils courent en s’écartant du droit chemin. N’écoutant que son bon vouloir, le père Carter transgresse l’avertissement et se retrouve finalement, avec toute sa petite famille, bloqué en plein milieu du désert avec, à ses trousses, une cohorte de rednecks cannibales…

Cinq ans après sa première œuvre, La Dernière maison sur la gauche, qui acquit au fil du temps une aura de film culte tout en établissant les fondations du sous-genre rape and revenge, Wes Craven, ancien instituteur reconverti en fabriquant de films, s’attaque à un autre sous-genre édifié par Tobe Hooper et son splendide Massacre à la tronçonneuse, à savoir le survival, en bâtissant un scénar’ qui trouve ses racines dans un fait divers macabre qui vit une famille écossaise cannibale recluse dans une grotte décimer un à un des voyageurs au gré de la marée durant le dix-septième siècle. Adoptant un style quasi-documentaire, Craven reprend le canevas-type du genre qu’il aborde, livrant en pâture à une bande de dégénérés consanguins une pauvre petite famille bourgeoise traditionnaliste apparemment bien sous tous rapports. Des aprioris que le réalisateur s’empresse de balayer d’un revers de main, dépeignant sa tribu de « civilisés » de manière brute et réaliste, soulignant leur hypocrisie sectaire (la prière ordonnée par la mère) et leur barbarisme latent (ils s’esclaffent en repensant au caniche que leur berger a bouffé et s’étonnent d’avoir écopé d’une amende pour un fait aussi bénin). A l’instar des parents vengeurs de La Dernière maison sur la gauche et de la communauté parentale qui brûla Freddy Krueger, la famille Carter partage le goût du sang et s’avère en bien des points amorale, un manque de repères latent que leur dévotion patente camoufle allègrement.

Loin de s’embourber dans un moralisme précaire, Craven oppose continuellement les deux familles pour en extraire une substantifique réflexion sur les comportements sociétaux qui les régis l’une et l’autre. Aliénés depuis leur enfance, les sauvages ont tissé des liens fraternels entre eux et se sont organisés selon une structure patriarcale (Papa Jupiter règle tous les conflits) voire équipés (les talkies-walkies qu’ils utilisent pour communiquer) pour pérenniser leurs coutumes structurelles et alimentaires. Les "civilisés", nantis, évoluent aveuglément dans une structure brouillonne et presqu’énucléée que la mort sur le bûcher du patriarche achève définitivement. Symboles d’une société désolidarisée, les membres de la famille Carter luttent de façon primaire face aux sauvages qui les assaillent.

Le métrage décrit donc l’affrontement de ces deux équipées sanglantes et sadiques sur un terrain désertique, à mille lieues de la moindre influence sociale, combat entre deux hordes de sauvages à la bestialité apparente (la mort du chien Belle, laissant La Bête comme seul représentant canin est en ce sens une preuve supplémentaire de l’intérêt de Craven pour les comportements animaliers des humanoïdes de son métrage) qui iront jusque la mort pour prouver leur supériorité. Par le truchement de séquences choc (le viol dans la caravane) et de dialogues savoureux (le monologue sur la chair du bébé), le réalisateur offre une oeuvre effrayante, les espaces à perte de vue ne suffisant pas à amenuiser le côté claustrophobique et anxiogène de l’entreprise, une dimension soutenue par le règne du silence de ce no man’s land et par l’omniprésence des membres de la tribu des freaks qui entendent et voient tout, épiant les moindres faits et gestes de leur festin qui s’agite dans sa caravane.

Moins nihiliste et jusqu’au-boutiste que Massacre à la tronçonneuse dont il s’inspire fortement, La Colline a des yeux se pose comme un digne représentant du genre qu’il aborde, fournissant un traitement brut et réaliste, à la limite du documentaire, de cette lutte d’influence entre deux camps ennemis tout aussi barbares l’un que l’autre. Occasion pour Craven de remettre le couvert déjà effleuré dans son précédent opus sur les dérives sociétales contemporaines.

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