Critique de film

Necronomicon

"Necronomicon"
affiche du film

Une adaptation d'un classique de la littérature fantastique de H.P. Lovecraft...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Necronomicon - Le livre démord
Par : Damien Taymans
Tags : Zombies, Gore, Film à sketchs, Lovecraft

Sortant tout juste de son Retour des morts-vivants 3, variation plus sérieuse et plus réussie que les épisodes de la franchise qui précédaient, Brian Yuzna se lance en tant que producteur dans la mise en chantier d’un film hommage à l’immense écrivain Lovecraft. Compilation de trois segments inspirés de nouvelles lovecraftiennes, Necronomicon rentre de plein pied dans la grande tradition des films à sketchs, alternative trouvée lors des transpositions de nouvelles (Darkside, les contes de la nuit noire) ou de réunion d’auteurs émanant d’horizons différents (3 extrêmes).

Surfant sur l’une et l’autre des raisons évoquées, Necronomicon est une anthologie d’inspiration lovecraftienne dont les différents segments sont réalisés par des créateurs d’origines disparates. Christophe Gans (Silent Hill, Le Pacte des Loups), journaliste dévoué au genre, s’attèle à réaliser le premier épisode tandis que Shusuke Kaneko (Death Note, Azumi 2) et Brian Yuzna (Society, La fiancée de Re-Animator) complètent le florilège en signant respectivement les deuxième et troisième épisodes. En guise de prologue, d’épilogue et d’intermèdes, un quatrième sketch, réalisé par Yuzna également, met en scène sir Lovecraft (interprété par le grand Jeffrey Combs) qui se rend dans une bibliothèque pour consulter le fameux Necronomicon, livre maudit qui lui inspire toutes ces histoires.

Le premier segment intitulé The drowned réalisé par Christophe Gans s’inspire d’une nouvelle lovecraftienne portant le titre de The Rats in The Wall. Malgré un éloignement relatif avec la nouvelle originelle (qui ne comporte en fin de compte que peu de similitudes avec son pendant télévisuel), le présent segment est sans doute le plus abouti des trois proposés. Outre les clins d’œil évidents aux pans de cinéma que Gans vénère (notamment l’esthétique bavienne mêlée d’influence hitchcockienne), The drowned comporte l’avantage non négligeable de s’étendre au mieux dans le court format mis à sa disposition. Le scénario retravaillé par le réalisateur permet au spectateur de suivre une histoire d’une linéarité affolante (présentations, intrigue, paroxysme de la tension) mais d’une efficacité détonante qui gomme sans souci aucun les défaillances techniques des effets spéciaux.

The Cold de Shusuke Kaneko est inspiré de la nouvelle Cool Air. Malgré une mise en scène de bonne qualité, le segment, beaucoup plus fidèle à l’écrit originel, souffre d’un manque de cohérence scénaristique flagrant. Usant et abusant de flashs et de renvois entre présent et passé, Kaneko mine en son sein l’intrigue en en dévoilant certains indices dans un bavardage qui s’avère létal pour la suite de l’épisode. Sans être une daube à éviter à tout prix, le segment éprouve de sérieuses difficultés à combattre face à ses deux frères. La barrière de la langue et l’affrontement culturel étant deux possibles explications plaidant en la faveur du Japonais Kaneko.

Whisper est le dernier sketch de l’anthologie. Réalisé par le chevronné (même s’il n’a que quatre cordes à son arc) Brian Yuzna, ce segment nous entraîne, avec la jolie policière qui souhaite retrouver la trace du fameux serial killer dénommé Le Boucher, dans les profondeurs les plus infernales qui soient. Une galerie de personnages étranges, une atmosphère dense et des décors aussi répugnants que jouissifs sont les ingrédients qui transforment cet épisode en véritable cauchemar éveillé (comme l’atteste le final). Versant volontairement dans le cradingue à l’excès, Whisper accuse cependant des effets spéciaux pas toujours très réussis comme en témoignent les "carpes ailées" (la fuite inexorable du temps le démontre : ringardise, quand tu nous tiens !).

Necronomicon, florilège entièrement destiné à rendre hommage aux œuvres lovecraftiennes, fait montre d’autant de bonnes surprises que de louanges pathétiques. Entre hymne à l’amour et marche nuptiale, l’anthologie débouche sur une réussite en demi-teinte contrebalancée par la sympathie de chaque épisode pris individuellement et l’énergie déployée par les réalisateurs.

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