Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Larry (Harvey Keitel), M. Orange (Tim Roth), M. Pink (Steve Buscemi), M. Brown (Quentin Tarantino) et quatre autres malfrats ratent le hold-up d'une bijouterie. Ils se retrouvent dans un hangar avec un flic en otage. Le huis-clos s'achève en carnage.
Quentin Tarantino, gérant d’un videoclub de Los Angeles, dévore tout ce qui lui passe entre les mains au point de ne plus pouvoir se résoudre à cette seule cinéphagie. La colique s’avère tellement insoutenable qu’il pond trois scripts dans lesquels il régurgite toutes ses références cinéphiliques. Deux de ces précieux scenarii sont vendus : Natural born killers sera filmé par Oliver Stone et True romance par Tony Scott, le troisième, celui de Reservoir dogs, reste dans les cartons de Tarantino qui envisage de le tourner avec les 50 000 dollars que lui a rapporté la vente de True romance. Ce à quoi Lawrence Bender, son producteur, s’oppose étant donné la qualité de ce script sous forme de huis clos dans un hangar pour coller au budget initialement fixé. L’entrée dans la danse de l’acteur Harvey Keitel (qui officiera également
en qualité de co-producteur), qui a récemment brillé dans Thelma et Louise, change complètement la donne. The rest is history...
L’année suivante, Reservoir dogs crée la sensation à la semaine de la critique du festival de Cannes. Polar old school multi-référentiel, ce premier long métrage de Tarantino se garde bien d’enquiller les clins d’oeil et d’étaler ses influences. En filigrane se côtoient Godard, Melville, Sargent, Lam (on l’accuse d’avoir plagié City of fire, référence avouée du réalisateur), culture populaire et télévisuelle, musique des seventies et logorrhée des 50’s. Au final, un cocktail détonnant qui prend à contrepied la production cinématographique contemporaine tout en ressuscitant des codes et conventions alors abandonnées. La narration est déstructurée quand le public est habituellement gavé de trames linéaires, le montage frénétique des bandes hollywoodiennes laisse ici la place à des plans fixes interminables dans lesquels gesticulent et bavardent des acteurs volontairement placés au premier plan. Les personnages trouvent leur dimension, chacun disposant (même les peu visibles Mr Brown et Mr Blue) de répliques savoureusement cyniques ou résolument absurdes qui leur permettent de prendre consistance à
l’écran. Celles-ci servent en outre à désamorcer la tension de certaines scènes de violence (le découpage de l’oreille) et à permettre au spectateur de sympathiser avec ces salopards un peu gauches, contrastant avec les professionnels de Scorsese et DePalma.
Réservoir dogs est une déstructuration totale du polar traditionnel (réinvention des codes, éviction de la liturgie conventionnelle) et, du coup, une véritable leçon de cinéma, un uppercut dans le bas-ventre du cinéphile non-averti. Pas dénuée de défauts (la recherche constante de la phrase coup de poing lasse parfois, les nombreux temps morts desservent parfois la rythmique du métrage), cette entrée en matière de Quentin Tarantino partage cependant cette intemporalité propre aux chefs-d’oeuvre. Ce qu’il ne tardera pas à confirmer avec Pulp fiction...
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