Critique de film

Hitcher (The)

"The Hitcher"
affiche du film

Jim Hasley, jeune étudiant convoyant des voitures pour une société de location, prend sous une pluie battante un auto-stoppeur afin d'avoir de la compagnie. Mais, le passager s'avère être un dangereux psychopathe...

Les critiques à propos de ce film

Critique de The hitcher - Ryder ne s’arrête jamais...
Par : Damien Taymans

Quelle différence y a-t-il entre un film devenu culte et un chef-d’œuvre ? En réalité, un fossé gigantesque se dresse entre les deux catégories. Le culte ne se dresse qu’au fil du temps, généralement suite à la découverte d’une œuvre inédite et assez méconnue qui ne méritait pas un tel statut (pensons à des films comme Bad taste ou encore Carnival of souls). Le chef-d’œuvre est en général en phase avec son époque et se voit estampillé dès ses premières visions, sans devoir attendre une redécouverte quelconque. L’amalgame est pourtant fréquent. Ainsi, on pourra rapidement considérer des films comme cultes dans la mesure où ils entretiennent avec leur époque un certain anachronisme (dans leur caractère prédictif).

The Hitcher est le meilleur exemple de cette différenciation. Devenu culte au fil des années, le métrage doit son succès à de nombreux aspects tout à fait inédits et assez jouissifs. Poursuites madmaxiennes dans le désert californien, multiples péripéties et angoisse omniprésente suffisent à rendre ce film incontournable. Dans la lignée des road trips à la Mad Max et autres Duel, The Hitcher nous entraîne dans une folle cavalcade dont il est impossible de sortir indemne. Pas avare en rebondissements, le scénar nous implique continuellement dans cette traque interminable où proie et chasseur ne cessent de se croiser et de se recroiser pour le plus grand bonheur du spectateur.

Chasseur et proie sont en l’occurrence les éléments essentiels du film. Alors, pour marquer un peu plus le coup, le réal décide de les doter d’une vraie personnalité. La personnalité de John Ryder a beau n’être qu’esquissée de bout en bout du film, il n’en est pas moins dépeint de la manière la plus concise et drastique qui soit : le traqueur a l’air d’être un manipulateur sérieusement burné. Ryder, assassin dans l’âme et sans âme, ne se complait pas seulement à liquider des gens à la pelle, faisant passer au pilori hommes, femmes et enfants. Il jouit en effet à maintes reprises de la possibilité de zigouiller le jeune Jim à la personnalité lisse et aux agissements juvéniles. Mais c’est que le chasseur (au fait hitcher ou hunter ?) a d’autres ambitions : pousser dans ses derniers retranchements le jeune homme pour l’amener à ressentir la peur primale qui le fera passer à l’acte, l’acculer dans une situation de non-retour qui l’amènera à adopter une violence destructrice. Le jeu auquel s’adonne Ryder n’est pas celui du chat et de la souris mais plutôt celui du disciple et de son mentor. Violence physique certes, mais psychologique surtout. D’ailleurs, les propos de Robert Harmon vont dans ce sens puisqu’aucune scène de meurtre ne nous est vraiment dévoilée grâce à l’utilisation du hors-champ (lors de l’écartèlement) ou de la découverte postérieure (oh, mince, y a plein de morts ici et j’ai rien vu !).

Personnalités esquissées mais de main de maître. Le doute quant aux motivations de Ryder n’est pas permis : dès l’entrée, Harmon nous le présente comme un individu étrange aux pratiques décalées (ben oui, faire du stop sous un soleil de plomb pour occire entre deux portions de nationale, c’est pas courant). Le jeune Jim quant à lui nous est montré dans sa posture adulescente (stade obligatoire entre l’adolescence et l’âge adulte) : désemparé, sans repère, tout fier de son nouveau boulot et de ses premières responsabilités, Jim est incapable de réagir face à ce monstre sanguinaire trop sûr de lui. Pourtant, au contraire des trop fréquents thrillers qui ne prennent pas la peine de s’intéresser un tant soit peu à leurs héros, The Hitcher met en ostentation l’élévation progressive du héros qui devient tout à tour homme, protecteur de la gente féminine et justicier vengeur. Une densité évolutive qui va à l’encontre de la personnalité monochrome du tueur, taciturne et inflexible. Impossible au passage de ne pas saluer l’extraordinaire interprétation de Rutger Hauer qui signe là l’un des meilleurs rôles de sa carrière, formidablement aidé par les prestations honorables de C. Thomas Howell et Jennifer Jason Leigh.

Cependant, comme je l’avais mentionné lors de mon introduction, The Hitcher souffre de quelques défauts qui ne viennent en aucun cas amoindrir sa portée et son importance mais font balancer l’équilibre qui semblait régner sur le statut irréprochable du métrage. Démarrant sur les chapeaux de roue (à l’instar des nombreux bolides qui parsèment l’intrigue), l’œuvre s’offre quelques longueurs à mi-chemin, débordant souvent dans le too much. « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire » disait Corneille et Harmon de renchérir en prenant des risques scénaristiques fatals. Et vas-y que le meurtrier et la proie se rencontrent sempiternellement malgré les vastes étendues qu’ils recouvrent, et vas-y que la jeune et jolie Nash embraie et risque sa vie auprès d’un illustre inconnu à la gueule tailladée et aux vêtements en lambeaux et couverts de sang, et vas-y que ce tueur implacable peut mesurer au centième près les faits et gestes de tout le monde et ainsi foutre le boxon quand il l’entend…

The Hitcher mérite donc incontestablement son statut de film-culte mais n’en est pas pour autant la plus grande réussite de tous les temps. Généreux, décomplexé et complètement frappé, le modèle se situe toutefois à mille bornes (et dans le désert, c’est long) de la copie nouvellement formatée par le clippeur Dave Meyers (The Hitcher 2007).


Oeuvres liées :

Commentaires sur le film

4 etoiles

coups de coeurCoup de coeur !

Excellent thiller Road-movie. A voir de toute urgence pour ceux qui ne l’on pas encore vu !

9 mai 2009 à 19:05 | Par jpo77

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