Critique de film

Red shoes (The)

"Bunhongsin"
affiche du film

Sun Jae découvre un jour son époux au lit avec une maîtresse portant des souliers provenant de sa collection. Déménageant sur le champ avec sa fille Tae Soo, elle intégre un nouvel appartement. Dans le métro, elle trouve une paire de chaussures. Attirée, fascinée, elle les chausse et ressent un épanouissement quasi-extatique qui la rend des plus séduisantes.

Les critiques à propos de ce film

Critique de The red shoes - Une belle pointure du cinéma coréen
Par : Damien Taymans
Tags : Asiatique, Objets tueurs

Ces dernières années, lancées par la vague post-Ring qui toucha une grande partie de l’Asie, la Corée du Sud est devenue une valeur montante en termes de productions horrifiques. Ainsi, on a pu admirer dernièrement d’assez bonnes œuvres comme The wig, Phone, Wishing stairs ou encore le très bon 2 sœurs. Si le dernier exemple cité s’apparentait davantage au domaine du thriller, les autres surfaient encore sur le succès horrifique japonais entériné avec les méfaits de Sadako et ne s’en démarquaient parfois que très peu (la perruque tueuse de The wig rappelant étrangement les cheveux raides de la jeune fille destructrice).

Après les perruques ou les marches tueuses, c’est désormais au tour des chaussures de s’y mettre. Armées de leur talon fétiche, celles-ci volent et massacrent à qui-mieux-mieux ceux qui s’opposent à leurs semelles… Passionnant, n’est-il pas ? Bon, ok, j’arrête de déconner. The red shoes est à mille lieues de posséder une trame aussi simpliste. Rassurons les fétichistes : les fameuses pompes rouges apparaissent plus que de raison (sauf qu’en réalité elles sont davantage « pink » que « red ») et on peut même les admirer sous toutes les coutures. Cependant, une véritable intrigue existe à côté de cet étalage de maroquinier. Une intrigue plus qu’intéressante même.

Librement adapté d’un conte d’Andersen, le métrage arbore, à l’instar de l’histoire originelle, une dimension psychanalytique certaine. Peinture de la famille moderne, éclatée, déconstruite et reconstruite autour d’un noyau plus serré et plus fragile. Sun Jae tente de rebâtir avec sa fille une nouvelle cellule familiale en faisant fi des relations que la gamine entretenait avec son père. Le père est dépeint comme le responsable de cet éclatement. Incapable de contenir son sexe à l’intérieur de son caleçon, le bougre s’envoie sa maîtresse dans la maison conjugale. Pire, il chausse les pieds de son amante avec une paire d’escarpins appartenant à son épouse et lui scande qu’ « ils lui vont mieux qu’à elle ». Deuxième erreur qui introduit superbement la deuxième dimension psychanalytique de l’œuvre : l’étude du fétichisme à travers le prisme des chaussures rouges.

Le fétichisme décrit en psychanalyse l’amour éprouvé envers la femme idéale par le biais d’un objet représentant la dite femme. Et les fétichismes, ce n’est pas ça qui manque : chaussures, bottes, matières vestimentaires, parties du corps, … Les chaussures fétiches dans le métrage s’apparentent à un objet convoité qui rend plus femme que toutes les femmes, objet incroyablement féminin qui permet à Sun Jae de s’élever socialement parlant au rang de toutes les autres. En mal être par rapport à ce mari infidèle, Sun Jae trouvera une échappatoire grâce à cet ersatz vestimentaire. Dès lors, les dites godasses suscitent convoitise et jalousie auprès des autres femmes qui tentent de s’en emparer à tout prix. La convoitise amène son lot de dangers puisque chacune de ces voleuses sera durement punie (jambes tranchées, pieds coupés, …).

Ne s’inscrivant nullement dans la vague Ring, The red shoes choisit méticuleusement ses références et emprunte davantage aux gialli qu’au fantastique. Sur base de cette malédiction, les personnages principaux vont mener une enquête afin de déterminer quelle est la provenance de l’objet meurtrier (tournure particulière plus propre au remake américain de Ring d’ailleurs). A l’instar du genre auquel il souhaite appartenir, le métrage frappe par le pouvoir de ses images : meurtres graphiques, violence exacerbée, couleurs ternes teintées de rouge profond (le profondo rosso d’Argento).

Placé au centre de l’intrigue, Sun Jae bénéficie d’une interprétation parfaite de la part de l’actrice Kim Hye-Soo qui varie les tons à l’envi et sait autant resplendir et attirer qu’attirer répulsion et rejet. Sun Jae représente un personnage féminin balancé entre malaise et désir, entre désarroi et convoitise, être éminemment complexe, désireuse de séduire les hommes et de se sentir à nouveau femme mais incapable de réaliser son devoir de mère (comme le prouvent les multiples confrontations avec sa fille). Personnage inquiétant qui se fait le vecteur de cette atmosphère anxiogène.

Une fable étrange à la dimension conceptuelle singulière et à l’imagerie parfaite. Passionnant, étourdissant, The red shoes séduit autant qu’il ne déçoit lors de sa conclusion floue et dommageable.

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