Critique de film

Tourist trap

"Tourist trap"
affiche du film

Un groupe de jeunes amis voyage à travers le désert et tombe en panne de voiture. Alors que Woody part à la recherche d’une station-service, les autres sont recueillis par monsieur Slausen (Chuck Connors), un homme qui vit en solitaire dans les montagnes. Sa maison abrite un véritable musée de cire rempli de mannequins qui ont l’air plus vrai que nature. Des mannequins qui semblent en fait bien vivants…

Les critiques à propos de ce film

Critique de Tourist Trap - Poupées de cire, poupées de sang
Par : Chroniqueurs
Tags : Slasher

Par Swan

Comme dans tout film d’horreur de série B du début des années 80, Tourist Trap s’ouvre sur une bande de jeunes sillonnant en jeep le désert américain dans la plus grande insouciance. Cheveux longs et idées courtes. Trois filles, trois garçons, plein de possibilités… En panne de voiture (évidemment ils ont une panne de voiture, sinon c’est pas la peine de faire un film !), nos jeunes amis sont obligés de faire un détour et de s’arrêter dans une antique station-service dont le propriétaire, un vieux cowboy solitaire du nom de Mr. Slausen, les accueille avec une amabilité tellement forcée qu’elle en devient suspecte. Slausen coule des jours paisibles et ennuyeux, pleurant la mort de son épouse. Sa demeure abrite un véritable musée de cire remplis de mannequins à l’allure presque humaine. Des mannequins fabriqués en série par le mystérieux frère de Slausen, celui qui vit dans la grande maison dans la vallée, caché du monde pour faire comme dans Psychose. Mais ces mannequins sont-ils vraiment là juste pour faire joli ? Pourquoi leurs sourires sardoniques donnent-ils l’impression qu’ils risquent de se réveiller à chaque instant ?...

En vous laissant sur ce suspense insoutenable, saluons ici la première réalisation de David Schmoeller, un habitué des productions du roublard Charles Band puisqu’il réalisera par la suite pour le même producteur l’excellent Crawlspace (Fou à Tuer) avec Klaus Kinski, le premier épisode de la très longue saga des Puppet Master, The Arrival, un honnête film de science-fiction présenté au Festival d’Avoriaz mettant en scène John Saxon mais surtout le fascinant documentaire Please Kill Mr. Kinski, narrant à l’instar de Werner Herzog ses relations houleuses avec l’acteur teuton secoué du ciboulot sur le tournage de Crawlspace. Un cinéaste ici bien entouré puisque figurent dans son équipe deux illustres débutants : le premier assistant Ron Underwood qui en 1989 nous fera mourir de rire et d’effroi avec son génial Tremors, ainsi que le photographe de plateau Robert Harmon dont le classique Hitcher est resté dans toutes les mémoires. On se souviendra de David Schmoeller dans la petite histoire du cinéma fantastique comme d’un cinéaste peu prolifique éduqué à l’école du système D, de la débrouille et des petits budgets, revendiquant des influences aussi variées qu’Alejandro Jodorowski, Luis Buñuel et Roger Corman.

Animé d’un sens très poussé de la belle image, Schmoeller nous offre avec Tourist Trap un petit simili-slasher teinté de paranormal, magnifiquement cadré et photographié pour une série B de cet acabit. Tourist Trap se démarque effectivement tant bien que mal du gros de la production par sa galerie de mannequins de cire proprement effrayants. Des mannequins qui arrivent à provoquer l’effroi sur un simple regard. Malsaine, l’ambiance onirique de certaines scènes du film est rendue plus troublante encore par la partition du maestro Pino Donaggio (Carrie, Hurlements, Pulsions…) dont la musique douce et sensuelle vient souligner le côté charnel des poupées maléfiques dans des scènes qui anticipent le final du Maniac de Lustig ou encore le Dolls de Stuart Gordon.

Budget oblige, Schmoeller a pour coutume d’engager dans ses oeuvres des acteurs bon marché et gentiment has been, d’anciennes gloires en manque de cachets ou des chevronnés de la série B (Kinski, Saxon, William Hickey…) Ici c’est Chuck Connors, héros de la série télévisée The Rifleman (L’Homme à la Carabine) ainsi que de dizaines de westerns de série B qui s’y colle, bien décidé sur la fin de sa longue carrière à redorer son étoile de shérif ternie en essayant de supplanter Vincent Price dans le registre des grands interprètes de l’horreur. Las, la tentative ne sera pas totalement concluante ! Connors, le fils que John Wayne aurait pu avoir d’un accouplement musclé avec Jack Palance, fort de ses deux mètres, de son accent traînant typiquement texan et d’un menton carré en acier, ne fait pas particulièrement des étincelles dans le rôle de Slausen, surjouant comme si sa vie en dépendait, comme s’il avait suivi les cours de la fameuse « Christian Clavier School of Acting » dont la première leçon, digne de Stanislavski et de l’Actors Studio s’intitule « Comment en faire des caisses... » Il n’est donc pas étonnant de trouver l’acteur plus convainquant lorsqu’il porte le masque de cire du tueur en série aux pouvoirs surnaturels (les mêmes que ceux de Carrie mais en plus vicieux !) et qu’il enduit le visage d’une de ses victimes d’un plâtre bouillant avant de la transformer en poupée. A noter également au casting une jolie débutante, la fort court vêtue Tanya Roberts, future Drôle de Dame, future Sheena Reine de la Jungle, future James Bond Girl (Dangereusement Vôtre) mais surtout future playmate à deux reprises pour la revue du lapin aux grandes oreilles.

S’il est un point faible dans le cinéma de Schmoeller, il faut le trouver dans des scénarios très classiques et sans surprises, alignant un à un et sans broncher tous les clichés inhérents au genre et repiquant sans vergogne des idées chez ses petits camarades quand le manque d’inspiration se fait sentir. On retrouve donc ici et là des éléments repêchés dans Psychose, Carrie mais surtout dans Massacre à la Tronçonneuse dont il reproduit ici la trame presque à l’identique : la bande de jeunes qui tombe en panne et s’éloigne des grandes artères pour faire un Détour Mortel (!) qui les confrontera à des bouseux psychopathes… Presque un sous-genre à lui tout seul !

Si Schmoeller fait donc fi de toute originalité et si sa direction d’acteurs laisse souvent à désirer, son style si particulier et sa capacité bien réelle à créer une ambiance menaçante font de Tourist Trap un film plus réussi et agréable que le récent House Of Wax de Jaume Collet-Serra, remake inavoué et officieux de cette petite perle du début des années 80. Si il ne restera pas forcément dans les mémoires, ce film modeste permet néanmoins d’admirer la professionnalité et la débrouille d’un réalisateur sympathique et doué, artisan amoureux du genre dont le Tourist Trap n’est définitivement pas un piège à cons…

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