Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Dans la région arctique du nord de l'Alaska, une compagnie pétrolière a envoyé une équipe de forage dont l'un de ses membres est mystérieusement assassiné...
Cinq ans après avoir exploré la mythologie amérindienne avec Vertigo, Larry Fessenden effectue un glissement géographique pour prospecter en terre arctique et revenir à une horreur moins iconique mais bien réelle, celle émanant de la perspective d’une apocalypse météorologique. Cette même perspective dont on nous rabâche les oreilles depuis une décennie en raison de l’augmentation relative de la température et de la disparition progressive de la couche d’ozone.
Une équipe d’employés d’une firme pétrolière, la North Industries, est dépêchée pour examiner la possibilité d’extraire du pétrole de gisements en Alaska. Sur place, l’équipée est gouvernée par un leader insensibles
aux effets des perforations sur la nature qui trouve un farouche opposant en la personne d’Hoffmann, soucieux de la préservation environnementale et obnubilé par le réchauffement climatique. Cependant, à côté de leurs disputes, subsiste un autre adversaire plus dangereux que leurs considérations théoriques…
Le métrage s’ouvre sur un documentaire propagandiste présentant la North Indutries comme une compagnie irréprochable bénéficiant de l’approbation du congrès pour commettre en toute impunité ses méfaits pétrolifères. Le film se clôture par un slogan endoctrinant : « Trust, risk, results », noyant entre deux termes forts les risques encourus par ce genre d’alternative, sorte de déni de l’apocalypse à venir. En signant The last winter, Fessenden s’attaque à une mythologie bien plus élémentaire que celle abordée lors de son précédent Vertigo. Dame-Nature se retrouve au centre des préoccupations de ce pamphlet relativement écologique sans que le métrage tombe pour autant dans le sensationnalisme façon Al Gore qui assène nombre de lieux communs assassins et simplistes à l’égard des polluards.
Utilisant un cadre renvoyant inévitablement à The Thing de Carpenter, Fessenden évite les écueils habituels de ce genre de discours en instaurant une atmosphère étouffante d’isolement et de petitesse face aux immenses étendues neigeuses. L’horreur s’installe lentement, l’ambiance anxiogène s’épaissit au fil du métrage pour acculer au mieux les personnages dans une situation cauchemardesque dans laquelle ils se seront en fin de compte glissés seuls. A côté de la menace présente mais invisible qui rend le climat plus oppressant encore, Fessenden adopte la stratégie carpenterienne en l’édulcorant quelque peu, la rendant davantage réaliste qu’une possession par une créature extraterrestre. A l’instar du métrage de Carpenter, la règle
de l’homo homini lupus s’applique ici à la lettre mais dans un tout autre registre. A mille lieues de tout danger tangible, l’homme est défini comme une créature néfaste qui, à défaut, se nuit à elle-même. L’intelligence du propos de Fessenden se situe dans la position qu’il adopte tout en restant en recul. Malgré son engagement écologique, le réal privilégie les discussions entre ses deux ténors que sont Hoffmann et Pollack pour en extraire un débat stérile amputé d’arguments valables tenu par deux personnages peu reluisants. Si la brutalité et le déni environnementaliste de Pollack ressortent aisément, le fatalisme et la résignation d’Hoffmann en font un représentant de tout ce que l’homme a de pleutre et de pusillanime. Deux ténors qui s’annihilent conjointement pour la simple raison qu’ils représentent l’humanité pervertie face à la grandeur d’une nature pure et inaltérable.
Visuellement impeccable et narrativement intéressant, The last winter séduit également par la qualité de son interprétation, la maîtrise cinématographique du réalisateur et son engagement discret mais profond. Sans ses longueurs ennuyeuses et ses personnages convenus, le métrage aurait mérité des salves d’applaudissements qui se transforment en un simple satisfecit.
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