Critique de film

Sleep Dealer

"Sleep Dealer"
affiche du film

Mexico City, dans un futur proche. Les réserves d’eau sont détenues par des corporations, et les frontières sont sous contrôle aérien. Les Mexicains qui cherchent du travail sont employés comme main-d’œuvre à bon marché dans des usines délocalisées où ils manipulent à distance des robots ouvriers pour des chantiers situés aux Etats-Unis. On suit la vie de trois jeunes bien décidés à tout mettre en œuvre pour contrer ce « réseau ». Affublés d’un attirail SF de puces et de tuyaux fluos, les deux héros du film, une belle écrivaine et un garçon un peu paumé tout juste débarqué de sa campagne, se lancent à l’assaut des injustices sociales.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Sleep Dealer - La révolution du sommeil
Par : Chroniqueurs

Par Colqhoun

Dans un futur proche, le monde est majoritairement contrôlé par la puissance militaire. Des entreprises américaines se sont installées au Mexique et y font travailler des ouvriers qui commandent à distance des machines sur des chantiers aux Etats-Unis, connectés via des "nodes", sorte de ports implantés sur leurs bras et leur épine dorsale (bonjour Matrix). Memo, un jeune homme arrive de sa campagne pour travailler en ville, après s’être introduit malgré lui dans le réseau sécurisé du système de surveillance de l’armée, provoquant une attaque qui tuera son père. Il y fera la rencontre de Luz, une jeune femme (la jolie Leonor Varella, que l’on a pu croiser dans Blade 2) qui l’aidera à trouver un emploi. En parallèle, l’officier responsable de l’attaque quittera son poste pour aller retrouver Memo et l’aider à détruire le barrage qui empêche son village d’être approvisionné en eau.

Clairement engagé, altermondialiste, Sleep Dealer se veut l’étendard des minorités occultées, méprisées et exploitées, une allégorie on ne peut plus directe de notre société actuelle où les puissants dirigent et les faibles subissent. Rien de bien nouveau sous le soleil donc. L’éternelle lutte des classes, où les opprimés finiront par faire entendre leur voix, quitte à y perdre quelques plumes. Mais cette collaboration americano-mexicaine manque le coche sur à peu près toute la ligne. Et ce n’est pas forcément son maigre budget (2.5 millions de $) qui est à mettre en cause, mais plutôt une succession de choix de réalisation et d’écriture qui ne permettent pas au film de faire entendre sa voix et plongent le spectateur dans un océan d’ennui.

Sleep Dealer est une sorte de petit manuel du parfait altermondialiste. Ennuyeux, il nous faut subir quasiment une heure et demie de pellicule avant d’en arriver à ce qui nous intéresse et de voir enfin les personnages passer à l’action. Avant cela, le film s’étale en long et en large sur ce système qui exploite les travailleurs, sur la relation naissante mais surtout inintéressante entre Memo et Luz et sur les états d’âme de l’officier qui regrette son geste. Le film ne propose pas vraiment de réflexion, juste une succession caricaturale de situations prévisibles et faciles pour appuyer le propos simpliste du réalisateur. Non pas que cette dénonciation en règle du système soit de mauvais goût, mais tout est amené avec si peu d’intelligence que seuls les converti s adhéreront aux idées du film. Children of Men, certes dans un traitement différent, nous parlait lui aussi d’une société totalitaire avec autrement plus de neurones et d’ambiguïté (et ne laissant donc pas cette sensation de prendre le spectateur pour un crétin à qui il faudrait tout expliquer).

Alex Rivera a dû jouer avec un petit budget. On le sait. Qui dit petit budget, dit solutions de fortunes, système D et un minimum de réflexion pour réaliser le film sans trop faire ressentir le manque de moyens. Mais Rivera veut absolument tout montrer, quitte à se vautrer dans le ridicule avec des images de synthèses hideuses. La réalisation en soi n’a rien de déshonorant. Pas spécialement inspirée, elle reste très passe-partout et participe à l’ennui ambiant. En somme c’est un film fauché qui a un peu de peine à accepter son état de production modeste et qui voudrait se montrer tellement contestataire qu’il s’enlise dans les lieux communs, à grand renfort de flash back tires-larmes.

Avec son sujet intéressant à défaut d’être original, Sleep Dealer s’avère surtout être un gros morceau d’ennui qui n’a, au final, pas grand chose à raconter. Dommage.

Critique de Sleep dealer - Bonne nuit les petits
Par : Damien Taymans

Pro-actif depuis quelques années, le septième art mexicain peut se targuer d’avoir fourni dernièrement quelques pellicules indispensables. En 2000, Alejandro Gonzales Inarritu crée l’événement avec Amours chiennes, nommé à l’Oscar du meilleur film étranger, bientôt suivi trois ans plus tard de 21 grammes et en 2006 de Babel, gratifié du Prix de la mise en scène au festival de Cannes. L’année suivante, Le labyrinthe de Pan du mexicain Del Toro rafle trois Oscars et remporte pas moins de soixante autres récompenses tandis que le science-fictionnel Les Fils de l’homme d’Alfonso Cuaron relance une production qualifiée « d’anticipation » en mal-être. Peu complexé face au géant voisin étatsunien, le Mexique lance sur le marché un nouveau métrage s’inscrivant dans un registre quasiment similaire avec ce Sleep Dealer d’Alex Rivera.

Œuvre anticipative, Sleep Dealer dépeint un univers futuriste probant morcelé en deux grandes aires antagonistes. Les villages désertés ont subi un important exode au profit des grandes villes, seul eldorado où l’accomplissement personnel et professionnel sont encore possibles. C’est dans l’une de ces métropoles, Tijuana, baptisée la ville du Futur, que Memo, héros malheureux depuis l’accident qui causa la mort de son paternel, tente d’échapper à l’atavisme campagnard en contournant le système via la greffe à son système nerveux des connexions nécessaires (appelés nodules) pour intégrer une des usines délocalisées où l’on manipule à distance des robots sur des chantiers situés aux Etats-Unis. Axant l’essentiel de son métrage sur les deux composantes essentielles de toute œuvre science-fictionnelle, à savoir le personnage principal et le monde futuriste qui l’entoure, Rivera refaçonne à sa sauce l’univers dans lequel Sleep Dealer s’inscrit, au point d’en faire une pièce qui collabore autant à l’amélioration du genre qu’elle ne s’en distingue par son traitement particulier. Témoin de ce glissement, le héros, Memo, qui diffère des habituels personnages héritiers d’une autorité qu’ils entendent faire respecter ou qui les dépassent. Enfant du nouveau Tiers Monde, Memo se pose comme un représentant potentiel de nos générations actuelles qui se dirigent doucement vers un déclin amorcé depuis quelques années déjà. Immigré conventionnel, le héros subit les altérations de la politique mondiale régie par l’apparition du Village global qui provoque la fermeture des frontières et cloisonne les populations paupérisées dans leur vie miteuse en anéantissant toute possibilité de vivre le rêve américain, un rêve que les multiples connexions au sein d’un réseau mondial ne permettent plus que de caresser sans jamais pouvoir l’embrasser.

Clairement engagé, altermondialiste, Sleep Dealer se veut l’étendard des minorités occultées, méprisées et exploitées, une allégorie on ne peut plus directe de notre société actuelle où les puissants dirigent et les faibles subissent. Sont abordés pêle-mêle les relations mexicano- américaines, les problèmes de la sécheresse, du paupérisme, du réchauffement climatique et de la précarité du plus grand nombre au profit d’une minorité omnipotente. Seulement, à force de tirer sur des ambulances trop souvent mitraillées et de courser une dizaine de lièvres simultanément, le cinéaste gaspille ses cartouches et abandonne le traitement de son intrigue principale au profit d’intérêts d’autant plus secondaires qu’ils ne sont la plupart du temps qu’effleurés. Optant pour la quantité au mépris de la qualité, le métrage accumule les considérations démagogiques et les raccourcis fébriles sous couvert d’un sous-texte prétendument travaillé.

Monument de prétention indigeste, Sleep Dealer tente longtemps de faire illusion en ouvrant des champs de possibilités jamais exploitées. Son titre, par contre, n’est en rien racoleur : le rythme lancinant et le manque d’actions auront tôt fait d’ensommeiller le spectateur.

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