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Hommage au western spaghetti à travers la guerre acharnée que se livrent les Blancs et les Rouges.
Par Colqhoun
Takashi Miike, le stakhanoviste fou du cinéma nippon, est de retour
avec un hommage au western spaghetti (et accessoirement un remake à peine
déguisé de Pour une poignée de Dollars de Sergio Leone, ce film étant
déjà un remake d’un film... japonais : Yojimbo de Akira Kurosawa), tourné
en anglais, au Japon, avec, comme guest de luxe, Quentin Tarantino
dans le rôle d’un pistolero increvable (qui parle avec un accent
japonais). En somme, du bon gros fantasme de geek qui a tout pour s’avérer ultra
jouissif quand on sait que le bonhomme a réalisé des ovnis comme
Audition, Visitor Q, Ichi the Killer ou encore la trilogie Dead or Alive.
Mais si le résultat est honorable et réjouissant à plusieurs reprises, il
n’y a non plus pas de quoi crier au chef-d’oeuvre.
Comme tout bon (simili-) western spaghetti qui se respecte, l’histoire est celle d’un mystérieux pistolero qui arrive dans une petite ville où règnent deux gangs ennemis (les Heike et les Genji), terrorisant les quelques paysans suffisamment courageux pour rester sur place. Bien vite, l’arrivée de l’inconnu provoquera le chaos avant de se terminer en carnage. Et Miike de reprendre toutes les caractéristiques du genre. De la pellicule cramée à la musique morriconienne en passant par les mexicans stand-off, tout y est. Et le mélange fonctionne plutôt bien. Ces cowboys japonnais, tous plus allumés les uns que les autres (le chef Heike qui veut se faire appeler Henry parce qu’il a lu Shakespeare) qui déclament leurs dialogues dans un anglais plus qu’approximatif et s’affrontent à coups de flingues, fusils ou sabres rappellent immanquablement les manteaux poussiéreux que l’on pouvait croiser dans la trilogie des dollars de Leone. Dans l’ensemble, le film propose son lot de moments de bravoure, doublé d’un humour gentiment trash plutôt bienvenu (le crâne fendu en deux par le sabre est un grand moment de rigolade) mais, comme souvent chez Miike, peine à maintenir un certain rythme et se laisse aller à plusieurs reprises à des bavardages inutiles qui plombent un peu le récit. Mais si l’on connaît un peu l’univers du réalisateur japonais, on sait aussi que ces plages quelques peu ennuyantes laissent bien souvent augurer des conclusions à la hauteur de nos attentes. Et Sukiyaki Western Django ne déroge pas à la règle en proposant un gunfight épique qui prend place alors que la neige commence à recouvrir le paysage de son linceul.
Miike, en plus d’être capable de réaliser jusqu’à 5 films en une année,
est aussi un réalisateur totalement versatile, passant d’un style à
l’autre, d’un genre à l’autre avec une aisance déconcertante. Ce western
en est un exemple de plus. Entre ces flashbacks aux couleurs ultra
criardes, ces fonds de scène peints sommairement (toute la première partie
avec Tarantino en maître du six-coups, entièrement tournée en studio)
et ce grain épais de la pellicule qui brûle toute l’image, Miike adopte
totalement les codes du genre qu’il traite. Zooms, caméra au ras du
sol, plans larges sur cette petite ville perdue entre les montagnes, tout
rappelle Leone ou Corbucci, bien que gardant une approche et une ambiance
purement japonaises.
Sukiyaki Western Django, tout sympathique soit-il, dépasse difficilement son statut d’oeuvre-hommage et fonctionne majoritairement par les références qu’il appelle à tout bout de champ. Le film reste divertissant, voire même très enthousiasmant à plusieurs reprises, mais s’enlise en voulant en faire un peu trop. On sera aussi dubitatif face au choix de faire parler les acteurs en anglais quand on voit la peine que certains ont à articuler deux mots correctement, amenant du coup un humour pas forcément volontaire.
Quoiqu’il en soit, Miike prouve une fois de plus que peu importe le genre, peu importe le sujet, il s’adapte et livre un produit efficace (ou presque), bien foutu et jusqu’au boutiste. Pas mémorable, pas déplaisant non plus et sans doute le meilleur film de son réalisateur depuis Gozu.
Django !! Django !!
A une époque où le western est carrément devenu un sous-genre mineur et presque oublié du grand public, certains cinéastes font de la résistance. Si Robert Rodriguez s’est fait le principal représentant en proposant notamment El Mariachi, Desperado et Desperado 2 et que Sam Raimi a offert il y a quelques temps déjà son fabuleux Mort ou Vif, chef-d’œuvre hélas souvent décrié du cinéma contemporain, le western s’est remis à faire rêver quelques réalisateurs, dont notamment Takashi Miike. Cinéaste jusqu’auboutiste par excellence, auteur des véritable ovnis Visitor Q, Gozu et Ichi The Killer, le Nippon fit parler de lui lorsqu’il se mit en tête de réaliser un hommage aux westerns spaghettis parle biais de ce film au titre pour le moins
incongru Sukiyaki Western Django. Attendu tant par ses fans que par les amateurs de cow-boys bien barrés, le film avait tout pour charmer un public international toujours friand des excentricités du bonhomme. Sukiyaki Western Django, remake de Pour une poignée de Dollars de Sergio Leone et, par la force des choses, de Yojimbo d’Akira Kurosawa, narre l’affrontement de deux clans opposés. D’un côté, les Genjis, le clan blanc dirigé par Yoshitsune, et de l’autre, les Heike, le clan rouge de Kiyomori, qui luttent pour la possession d’un trésor caché dans un village de montagne isolé. Un jour, un tueur solitaire et habile débarque dans la ville.
Avant dé débuter réellement son récit, Miike se livre à ce qu’il fait de mieux :une entame décalée qu’il tourne cette fois par l’entremise de l’apparition d’une guest-star de luxe , Quentin Tarantino, qui, dans une séquence totalement loufoque, se livre à un discours aussi peu académique que jouissif. Façon pour Miike de placer les rouages de son œuvre dans un cadre léger et amusant, cette scène, si elle n’a que fort peu d’utilité, offre au moins l’occasion d’admirer un Tarantino au sommet de sa forme. Malheureusement, le Nippon éprouve bien plus de difficulté à attacher à cela sa véritable séquence initiale, ne parvenant pas à faire montre de cohérence. Si la mise en scène demeure appréciable et dans la plus pure tradition du genre, le cinéaste éprouve des difficultés à dresser un discours réellement valable. De ce fait, même si l’humour est toujours présent au détour de quelques bons mots et de quelques situations loufoques, l’incompréhension règne quant aux réels enjeux de l’histoire.
Qu’à cela ne tienne, Miike ne se
démonte pas et livre alors un spectacle agréable malgré un classicisme évident. Sauvé par un aspect formel original et une mise en scène assez rythmée lors de certaines scènes, le récit ne parvient néanmoins pas à s’orienter vers un style particulier. Tiraillé par ses vieux et délirants démons, le réal japonais ne parvient jamais à trancher entre humour et drame, rendant toute la dramaturgie pourtant bien présente dans l’œuvre totalement inefficace et inappropriée. Passant le plus souvent parle biais de bavardages inutiles, cette dernière n’arrive jamais vraiment à se développer pour passer outre des pitreries filmiques réussies par Miike. Mais, malgré ce gros point noir, comme à son habitude, Miike retombe sur ses pattes, pour proposer quelques scènes tout bonnement hilarantes encore mâtinées d’une action de très bon goût. Fusillades parsemées de schizophrénie et répliques qui laissent bouche-bée sont donc au programme jusqu’à un final qui, sans être retentissant, reste parfaitement en phase avec le genre auquel Miike a voulu rendre hommage.
Loin d’être brillant, cet hommage de Miike au western ne restera sans doute pas dans les annales. Si Sukiyaki Western Django constitue sans doute à l’heure actuelle le film le moins barré de Miike, sa mise en forme et la splendide interprétation des acteurs viennent au secours du cinéaste. L’humour de l’œuvre, quant à lui, est à mettre au rang des grandes réussites et, sans égaler celui de Gozu, reste le fruit de l’imagination perturbée d’un réalisateur de grand talent.
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Un hommage qui part en vrille et ne réussit jamais à retrouver le charme des vrais westerns spaghetti. De belles images, une mise en scène assez délirantes et un peu d’humour mais, surtout, beaucoup d’ennui.