Critique de film

Venom

"Venom"
affiche du film

Au plus profond des marécages de la Louisiane, un groupe d'adolescents tente de percer le mystère entourant la mort d'un de leurs amis. Au cours de leurs investigations, ils font la connaissance d'un dénommé Mr. Jangles, dont le comportement et les agissements se révèlent des plus énigmatiques et inquiétants. Très vite, ils vont s'apercevoir que cet homme est possédé par l'âme de 13 démons et qu'il met un acharnement diabolique à poursuivre de nouvelles victimes...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Venom - Au fond du bayou, à droite
Par : Ursula Von Trash

Après Souviens- toi l’été dernier (1998), Jim Gillespie revient avec une nouvelle bande de jeunes écervelés, dans un coin paumé, aux prises avec un taré flippant. Vous me direz rien de nouveau sous le soleil, et effectivement le scénario n’est qu’un énième slasher, pas très inventif.

Tout commence en Louisiane, lieu cinématographiquement mystérieux, les marais, la brume, la pleine lune et le vaudou, une vraie bonne ambiance à la Poppy Z Brite. Une valise remplie de serpents (plus convaincants que Snakes on a Plane), renfermant les âmes damnées de psychopathes, se retrouve ouverte lors d’un accident de voiture. Les serpents prennent alors possession du corps d’un camionneur passant par là, le transformant en mort-vivant brutal et sanguinaire. Pour lutter contre ledit monstre, une bande de jeunes composée d’Eden et Eric, le couple héroïque qui se sépare mais qui s’aime (quel classique sirupeux), d’une bimbo blonde qui ne fait pas long feu, d’une afro-américaine, petite fille de la sorcière vaudou locale, qui est censée maîtriser la magie noire et du fils du camionneur, le beau gosse rebelle, qui hérite tout de même de l’une des meilleures scènes du film...

Le plus souvent télégraphié, le scénario n’est que rarement une surprise pour le spectateur, les dialogues demeurent plats (le killer étant mutique, ça supprime quelques saillies qui auraient pu être amusantes) et les personnages ont l’épaisseur d’un post-it. Le monstre possédé ne surprend jamais, il se déplace lentement, se relève systématiquement d’un bloc après chaque attaque tel Mike Myers à son époque ou le pêcheur en ciré de Souviens-toi l’été dernier. Venom se place du coup dans la lignée des films où le maniaque est une entité surnaturelle, monolithique, sauce eighties (Jason reste la référence dans le genre) mais sans pour autant que l’hémoglobine ne dégouline. C’est d’ailleurs là que le bât blesse. Quelques scènes sortent toutefois leur épingle du jeu, notamment une scène de morgue, de facture classique avec lumière clignotante, travelling dans un couloir désert, mais contre toute attente le dispositif fonctionne plutôt bien, ou encore quelques mises à mort inédites (mais pas de gore assumé, dommage). L’autre légère touche d’originalité du film consiste en l’utilisation du vaudou. Véritable bestiaire de poupées vaudous (LA scène qui vaut véritablement le détour, où un personnage devient une poupée vaudou géante, pas assez trash, encore), de colifichets en crânes de serpents, de bougies et d’incantations, l’ambiance sorcellerie exotique de Venom donne assurément son caractère au film. Malheureusement, le décor reste un artefact et ne devient jamais suffisamment inquiétant ou morbide. On traîne dans un cimetière au milieu du bayou mais on ne flippe jamais. On piétine dans un marais fétide et la peur n’est pas au rendez-vous.

Film oubliable, Venom ne restera pas dans les annales du cinéma d’horreur, tout comme les précédentes réalisations de Gillespie. Plus divertissant que véritablement horrifiant, Venom est le film parfait pour une soirée entre potes un samedi soir de désœuvrement.

Critique de Venom - Venin, vous avez dit venin ?
Par : Fred Bau

Ray n’est pas un gars foncièrement mauvais. C’est juste un camionneur un peu rustre et sauvage du fin fond de la Louisiane, chahuté par quelques jeunes mal élevés du coin, et prêt à jouer les chevaliers servants avec les gentilles dames de tout âge. Le problème, c’est que lors d’un accident de la route avec une mambo vaudou, il se fait mordre par des serpents dont le venin regorge de mauvais esprits, pour finir par mourir noyé, puis ressusciter en serial killer possédé et cadavérique. Voilà la seule originalité du film : une valise au pouvoir surnaturel qui emprisonne des serpents vénéneux et maléfiques, qui prennent possession d’un pauvre type lorsque celle-ci s’ouvre accidentellement. Il y avait là de quoi développer effectivement un tueur vénéneux.

La suite n’est pourtant qu’une succession au goût de déjà-vu. Après avoir dégommé deux adultes, Ray s’en prend tout le reste du film à une bande d’ados tout droit sortis d’une pub pour gel de cheveux ou pour gel anti-points noirs. Aucun cliché ne nous est épargné, quand on n’assiste pas à du plagiat direct. Cicatrice à la Scarface pour Ray. Couloir, porte entre-baillée et lumière vascillante made in Big John pour la morgue. Personnages qui s’aventurent seuls dans les coins ombragés d’une station service paumée pour se faire dessouder made in Hooper. Maison isolée façon Nuit des morts-vivants dans les marais où Ray continue platement à dégommer des adolescents tous aussi transparents les uns que les autres. Course-poursuite dans les marais entre un camion qui a des allures de méchante machine à la Duel, et une voiture, puis à pieds, pour finir dans un cimetière, jusqu’à un combat final avec la seule adolescente encore en vie, qui après avoir lutté dans un caveau, aura finalement raison de Ray en plein air (zut, je viens de raconter la fin).

Disons-le très franchement, Venom est ennuyeux à mourir. Et il faut croire que Ray lui-même, tout possédé qu’il soit par plusieurs démons, s’ennuie lui aussi beaucoup. Non seulement, il n’a que peu d’imagination pour commettre ses meurtres. Mis à part la scène dans la station service où il improvise avec du matos de mécano, et la voiture qu’il met sur le toit au fond du bayou pour empêcher ses proies de s’enfuir, il se borne à asséner des coups de pied de biche et de chaîne (ce qui est tout de même pitoyable pour un type qui a autant de mauvais esprits vaudous en lui). Mais pire encore : il ne semble pas trop savoir s’il doit nous la jouer à la Zombie, à la Jason, où à la Freddy. Il décidera finalement, dépourvu de toute identité propre, et après avoir gagné peu à peu un aspect de plus en plus putréfié, ce, jusqu’à avoir une gueule d’amour entre Spawn (maître du lancer de chaînes) et Voldemort (maître des coups de baguette maléfique), de se laisser écrabouiller par son propre camion, qui, oh immense originalité, démarre sans problème, bien que la jeune héroïne survivante ait du mal avec l’embrayage et les vitesses. On se demande alors ce qu’elle a de si spécial, qu’il n’ait pas réussi à la massacrer elle aussi, alors qu’il a passé tout le film à tuer sans de réelles difficultés quiconque a croisé sa route.

Ray se serait-il, au cours du métrage, lassé de ce statut paradoxal entre dépersonnalisation zombiesque et possession par des esprits maléfiques, qui fait qu’au bout du compte, il est un monstre aussi insignifiant que les ados qu’il massacre ? On est tenté de penser que Jim Gillepsie aura eu avec Venom la prétention de faire un film ultra-référencé, sans être dupe cependant de sa créature tueuse morte dans l’oeuf ovipare vaudou, qu’il finit par dégommer à son tour, après avoir trucidé une bande de jeunes. Et en guise de venin, on aura surtout eu droit à une petite mascarade commerciale de plus qui sent le plat hyper réchauffé.

Venom est un slasher de plus pour ados en mal de frissons cinématographiques convenus, qui malgré une bonne idée de départ, peine tout de long à nous imposer un personnage inquiétant, et qui ne parvenant jamais à exploiter le cadre géographique où il situe son histoire, reflète une idée extrêmement superficielle, bâclée, et caricaturale de l’adolescence. Pour un film de genre dont les adolescents sont la cible, on peut dire que c’est de l’arnaque pure et simple. Venin donc, à éviter, si tant est que vous exigiez plus d’un slasher que quelques sursauts réflexes produits par des procédés plus zombiesques encore que ce pauvre Ray, qui avec le spectateur, est le gros dindon de cette farce.


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