Critique de film

Godzilla vs King Ghidorah

"Gojira vs. Kingu Gidorâ"
affiche du film

Des hommes venus du futur débarquent au Japon pour alerter le monde de la menace représentée par Godzilla. Ils proposent d'effacer celui-ci de l'histoire en revenant dans le passé...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Godzilla vs. King Ghidorah - Retour dans le passé du futur du présent du passé
Par : Fred Pizzoferrato
Tags : Asiatique, Monstres

Troisième volet de l’ère Hensei, Godzilla vs King Ghidorah reste un sympathique épisode de l’interminable saga consacrée au dinosaure atomique. Même si son scénario très complexe aurait sans doute nécessité un peu plus de maîtrise et de soin dans les détails, l’ensemble demeure divertissant et change agréablement de la routine du genre. Le métrage s’éloigne en effet radicalement des clichés du kaizu-eiga et développe une série de sous-intrigues qui emmènent le spectateur d’une époque à l’autre, le baladant de 1992 à 2204 en passant par les années 40, au risque de le perdre dans les méandres des paradoxes temporels.

Tout débute au XXIIIeme siècle. Nous voyons des scientifiques explorer les océans à la recherche de King Ghidorah. Le monstre est toujours vivant, même si une de ses trois têtes a été tranchée par Godzilla au XXeme siècle… Petit retour à l’époque actuelle (enfin précisément en 1992, date de la sortie de ce film !) : des hommes venus du futur, appelés commodément Futuriens, débarquent à Tokyo pour avertir le Japon de la destruction future de leur pays par Big G. En effet, en s’attaquant une fois de plus aux réserves énergétique dispensées par les réacteurs nucléaires, Godzilla va provoquer une réaction en chaîne rendant l’archipel invivable pour plusieurs décennies. Seule solution : le rayer de l’Histoire en remontant le temps jusqu’en 1944 pour soustraire aux radiations nucléaires un dinosaure vivant sur une île oubliée du temps. La jolie Miki, toujours liée télépathiquement à Big G (Megumi Ogata rempile dans le même rôle après Godzilla vs Biollante) et quelques autres débarquent donc en 1944 et kidnappent le dinosaure, l’envoyant suffisamment loin dans l’océan pour lui éviter de se changer en Godzilla. L’opération est donc une réussite mais les Futuriens laissent malencontreusement dans le passé trois petites créatures ailées. Or, lors des tests nucléaires effectués dix ans plus tard, les bestioles sont soumises à de fortes radiations et deviennent assez inexplicablement le fameux dragon tricéphale King Ghidorah, l’adversaire le plus acharné de Godzilla.

De retour en 1992, Godzilla n’existe pas, bien que chacun se souvienne de son existence, une contradiction majeure avec les lois du paradoxe temporel mais ne chipotons pas sur les détails du scénario. King Ghidorah, de son côté, domine le pays, une manipulation des Futuriens, décidés à détruire le Japon devenu dans l’avenir la plus grande puissance mondiale ! En effet, les Futuriens ont le pouvoir de contrôler le dragon à trois têtes et ne se privent pas d’utiliser son pouvoir de destruction massive. Mais qu’est devenu le fameux dinosaure jeté dans l’océan en 1944 ? Il a finalement été irradié par un sous-marin nucléaire russe et est donc devenu Godzilla, ce que les Japonais ignorent. Décidé à tenter le tout pour le tout, le Japon délègue alors un sous-marin pour créer le Big G…qui, ayant déjà muté, n’hésite pas à détruire le submersible, provoquant une nouvelle mutation qui le rend deux fois plus grand et plus puissant que précédemment. Ce gigantesque Godzilla finit par battre son adversaire tricéphale mais s’avère incontrôlable et menace d’anéantir la nation. Une des Futuriens trahit finalement la cause et décide de sauver le Japon. Elle ramène alors du futur un nouveau Ghidorah, une création cybernétique qui devrait pouvoir vaincre le roi des monstres. La bataille finale s’engage…

On le voit, l’histoire est riche et apparemment palpitante. Les rebondissements sont nombreux et le jeu entre les époques permet de relancer régulièrement l’intérêt, éloignant ce Godzilla vs King Ghidorah d’un simple affrontement entre monstres géants. Mais tout n’est pas rose pour autant. Tout d’abord, certains aspects du scénario ne tiennent absolument pas la route : si Big G est rayé de l’Histoire et n’a jamais existé, le Japon devrait être différent. De plus, personne ne devrait se souvenir de lui et la Force G n’aurait pas lieu d’être, entre autre, à moins qu’elle ne soit devenue la Force K pour lutter contre ce nouvel ennemi implacable qu’est King Ghidorah, d’ailleurs théoriquement actif depuis une quarantaine d’années ! Une telle désinvolture dans les paradoxes temporels tempère grandement l’intérêt que l’on peut trouver au métrage, lequel bouffe aussi à tous les râteliers du cinéma ricain.

Le métrage n’hésite pas, en effet, a effectuer quelques emprunts à plusieurs classiques de la science-fiction américaine. Le gros de l’intrigue s’inspire ainsi de Terminator alors que les séquences des objets volants non identifiés survolant le Japon rappelleront de vieux classiques des fifties, en particulier Le Jour où la Terre s’arrêta. Dans le même ordre d’idées, le métrage ne se prive pas de puiser à d’autres sources, de Retour vers le futur 2, à un plagiat éhonté de Terminator 2, en passant par des emprunts à Star Trek, voire à Star wars et même à Jurassic park. Des références un peu trop appuyées même si le petit clin d’œil à Spielberg au début est amusant ("Des extra-terrestres viennent nous visiter en soucoupes ? Vous raconterez cela à votre fils, major Spielberg").

Dinosaure ravageant une petite île, voyage temporel, combats au laser, téléportation, androïde indestructible, et même un très bref combat d’arts martiaux ! Le patchwork proposé s’avère plutôt lourd mais demeure plutôt divertissant même si Big G n’apparaît qu’au bout d’une heure de métrage. Une mise en place bien longue mais, de cela, on a l’habitude avec cette saga. Heureusement, les quarante minutes suivantes rattrapent ce qui précède en accumulant les destructions massives. Ces séquences sont parmi les plus spectaculaires et réussies de la saga, avec un Godzilla franchement méchant qui dévaste des villes entières avec son feu nucléaire. Les combats contre King Ghidorah assurent également un plaisir de premier choix. Niveau effets spéciaux, ce titre oscille entre le réussi (si !), le passable et le franchement raté, à l’image des petites bestioles caoutchouteuses plutôt ratées avant leur mutation en Ghidorah.

Godzilla vs King Ghidorah possédait le potentiel nécessaire pour devenir une véritable réussite et s’imposer comme un des meilleurs épisodes de la série mais, au final, l’impression est mitigée. La faute en incombe principalement à un scénario trop incohérent et prévisible pour tenir véritablement le spectateur en haleine. Les emprunts à diverses réussites du cinéma américains sont de leur côté trop évidents pour ne pas devenir agaçants. Le tout se suit néanmoins sans effort particulier mais nous sommes loin d’un épisode de premier plan, d’autant que le patriotisme satisfait peut agacer le spectateur occidental. Les japonais sont ici parvenus à se montrer encore plus nationalistes et excessifs que les pires blockbusters américains à la Independance Day, un « bel » exploit !

Les fans seront néanmoins satisfaits, la présence de Ghidorah, dans sa forme traditionnelle et ensuite dans celle, splendide, de son évolution en Mecha King Ghidorah permettant de passer un bon moment. Le dragon à trois têtes demeure en effet un des kaizu les plus réussis de toute la saga et l’impressionnant final tient pour sa part toutes ses promesses. Malgré un scénario troué de toute part il est donc possible de passer un bon moment devant ce spectacle divertissant et primaire. Même si quelques longueurs s’avèrent un brin soporifiques et que le métrage puisse agacer par certains partis pris, Godzilla vs King Ghidorah s’avère plaisant, original et amusant à suivre. Et ça c’est déjà beaucoup !

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