Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Au XXIe siècle, pendant une guerre intersidérale entre les Humains et une race d’extra-terrestres reptiliens, un pilote de chasse terrien et un Drac se retrouvent abattus à la surface d’une planète hostile. Forcés à s’entraider pour survivre, ils deviennent amis et apprennent leurs cultures respectives. L’extra-terrestre meurt en mettant un enfant au monde. Le pilote terrien en prend soin en dépit des préjugés des deux races.
Suite à l’éradication de Richard Full circle Loncraine sur les plateaux islandais, le projet Enemy mine est au point mort. Fort du succès de ses deux précédentes productions (Das Boot en 1981 et L’histoire sans fin en 1984), le teuton Wolfgang Petersen se voit offrir un aller simple pour le Nouveau Monde afin de puiser dans les intarissables mines du nouvel Eldorado et d’échafauder une œuvre cinématographique digne de ce nom à partir du roman de Barry Longyear. Au premier plan, deux personnages que rien ne relie, sinon le fait qu’ils partagent un univers les réduisant à une taille infinitésimale. Et un autre lien d’une importance capitale, leur animosité quasi
génétique qui les oppose fondamentalement. Car, suite à la conquête humaine de l’espace qui ne se produit pas sans heurts (loin s’en faut), les Hommes et les Dracs (créatures asexuées qui plus est hermaphrodites, tout un programme) en viennent à lutter pour un bout de caillou qui n’a toujours pas trouvé preneur.
Une haine viscérale foncièrement incompréhensible puisque les deux bipèdes partagent une inimitié qu’ils sont incapables de légitimer, se lançant à la face toute une série d’a priori réducteurs dans le seul but d’asseoir leur incompatibilité raciale. Pourtant, cloisonnés sur une planète hostile peuplée d’une jolie langue planquée sous une nappe de sable mouvant (issu d’une forêt palombienne du marsupilami), les deux êtres doivent apprendre à s’entraider et à se soutenir moralement sous peine de finir esseulés dans un univers qu’ils ne maîtrisent pas. Naît alors une relation de bon voisinage qui tend rapidement à l’amitié inoxydable, poussant chacun à révéler des clefs de compréhension sur sa propre race. Quand le Drac enseigne à son compagnon hominidé l’ensemble de sa lignée générationnelle, l’Homme lui apprend l’existence de Mickey Mouse, personnalité hautement importante pour tout bipède qui se respecte. De fil en aiguille, Petersen trace une histoire cousue de fil blanc ressemblant davantage au métrage de John Boorman Duel dans le Pacifique (dans lequel deux soldats ennemie se retrouvaient bloqués sur une île déserte) qu’à l’œuvre originelle. Lacrymal à l’excès, Enemy mine dresse un bilan archi-caricatural des deux espèces afin de souligner adéquatement l’infinie bêtise humaine qui pratique l’apartheid comme les Dracs épluchent leur bible, c’est-à-dire avec une minutie dévote et un soupçon de discrétion.
De cette fable humaniste ressortent principalement les interprétations à
la fois touchantes et convaincantes de Dennis Quaid (Willis Davidge) et de Louis Gossett Jr. (le Drac Jeriba) qui parviennent à provoquer chez le spectateur une douce empathie pour chacune de ces âmes perdues, livrées à elles-même. Une empathie d’autant plus forte qu’elle lui permettra d’occulter certaines séquences un brin poussives qui suscitent autant le rictus railleur que le resserrement de la glotte.
Quoi qu’il en soit, l’œuvre chagrine et entraîne dans une espèce de nostalgie presque inconsolable, soutenue par la vétusté des effets spéciaux (à l’instar de L’histoire sans fin du même cinéaste) et par cette maladroite volonté de délivrer, via une pléiade d’images d’Epinal, un message fort, superficiellement ontologique qui contraint à remettre en doute l’aryanisme de certaines créatures bas du front peuplant notre belle planète. Léger comme une brise, long comme un premier baiser, Enemy mine provoque une mélancolie relative pour cette époque bénie où le cinéma vendait du rêve pelliculé sur une grande toile blanche de préférence.
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