Critique de film

Bal des vampires (Le)

"Dance of the vampires"
affiche du film

Les aventures d’un professeur et son élève sur les traces des vampires.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Le bal des vampires - A crocs à la danse
Par : Damien Taymans
Tags : Vampires, Comédie, Parodie

Le professeur Abronsius et son jeune disciple Alfred sillonnent les terres sub-carpathiques à la recherche d’une ultime preuve de l’existence des vampires. Gelés par le froid, ils atterrissent dans une auberge de Transylvanie et constatent que de nombreux indices semblent étayer la thèse de la présence d’un vampire dans les environs. Lorsque Sarah, la fille de l’aubergiste Shagal est enlevée par le comte von Krolock, les deux scientifiques décident de se rendre au château voisin et d’extirper la belle des mains crochues du comte…

Fraîchement débarqué en Grande-Bretagne, Roman Polanski réussit à imposer son patronyme aux consonances polonaises dans le paysage cinématographique national grâce à Répulsion et Cul de sac, deux œuvres flirtant avec le genre qui constituent une belle carte de visite pour le cinéaste. Déjà, le goût de Polanski pour les personnages autres, pour le montage abrupt et la tension dynamique y est décliné. Avec son ami Gérard Brach, auteur des scénarii des deux métrages précités, Polanski rédige le script d’un long-métrage s’inscrivant dans le style des classiques de Roger Corman et de la Hammer, plus précisément celui des Maitresses de Dracula de Terence Fisher. Investi dans son projet, le cinéaste cumule pour le coup les postes de scénariste, de réalisateur et d’acteur principal, aux côtés de l’acteur de théâtre Jack McGowran, déjà au casting de Cul de sac un an plus tôt.

Filmé en Metrocolor (procédé, proche du Technicolor, à la gamme chromatique contrastée malgré un éclairage plus ténu) dans les studios anglais de la Metro et dans le nord de l’Italie, Le Bal des vampires est le premier film du cinéaste à bénéficier de la couleur. Disposant d’une étonnante palette chromatique qui ne cesse de jouer sur les contrastes lumineux (les étendues neigeuses immaculées/le ciel embrumé diffusant une lumière lunaire inquiétante), le métrage dispose d’un traitement pictural volontairement dichotomique, à l’image de son récit. Car, la pellicule dépasse le simple cadre réducteur du délire parodique qu’il constitue pour la conscience populaire. Démystifiant les rapports entre la réalité et l’irrationnel (d’où naît l’absurde), recourant à l’imagerie exhaustive du vampirisme (pieu aiguisé, crucifix, absence de réflexion dans les miroirs, gousses d’ail, cape noire doublée de rouge) pour mieux la dénaturer, Polanski construit une pellicule aussi respectueuse que subversive à l’égard d’un genre qu’il affectionne particulièrement. De part en part, le métrage puise sa dynamique dans l’antagonisme, alternant des images contrastées (plans larges suivis de plans rapprochés) qui soulignent l’opposition entre les deux cadres principaux : l’auberge où vivent reclus une bande d’ermites hypocrites et dévots et le château du comte von Krolock où tout n’est que luxure et plaisir (la jeune Sarah y jouit des bains à foison, contrairement à la vie monacale qu’elle endurait sous le joug de son père). Deux cadres à l’origine de l’instauration du fantastique puisque c’est l’irruption du comte dans l’auberge qui marque le départ du récit, de même que l’exode des deux héros vers l’antre vampirique permet au rythme de s’accélérer brutalement. Mélange subtil d’humour et de terreur, Le Bal des vampires emprunte un schéma à la tension graduelle, constamment désamorcée par une chute absurde (la recherche de Shagal dans la cave se termine par l’éventrement d’un tonneau de vin, la course-poursuite entre Alfred et Herbert, le fils pédéraste du comte, dans la cour intérieur du château).

Le Bal des vampires n’a rien perdu de son charme malgré le poids des années qui eussent pu entamer l’impact de l’oeuvre. Pastiche malicieux et cocasse du genre vampirique, la pellicule s’avère être une création respectueuse. A mille lieues des parodies caricaturales, Le Bal des vampires fait preuve d’un humour cinglant et d’une mise en scène ingénieuse qui suffisent à l’élever au panthéon des meilleures œuvres sur le thème.

Commentaires sur le film

le bal des vampires
5 etoiles

31 mai 2010 à 21:05

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