Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Michio Hayashi travaille pour la recherche médicale. Dix ans auparavant, il a conçu une machine novatrice qui permet à la compagnie qui l'emploie de faire de gros profits. Ses employeurs ont de grandes espérances avec son nouveau projet, une chaise roulante intelligente qui fait corps avec son malade. Soumis à cette forte pression, Michio Hayashi traverse une crise difficile à gérer. Un jour, lors d'une expérimentation, il fait la connaissance de son 'Doppelganger', un double qui, d'après les croyances locales, annoncerait une mort prochaine...
Michio Hayashi turbine pour la recherche médicale. Surdoué et extrêmement inventif, celui-ci tente de concevoir depuis quelques années une création qui pourrait révolutionner le monde médical : une chaise roulante intelligente qui ne ferait plus qu’un avec le patient qui l’habite. Mais le projet se fige à son état embryonnaire et le chercheur ne parvient pas à offrir à sa machine l’autonomie qu’il souhaiterait. Un jour, lors d’une expérimentation, Michio fait la connaissance de son double, son döppelganger, censé selon la légende, présager d’une mort immenente…
Trop rapidement estampillé cinéaste de genre, Kyioshi Kurosawa prouve avec Doppelganger l’éclectisme vivifiant qui parsème l’ensemble de sa
filmographie qui virevolte entre films d’auteurs et ébauches expérimentales et épouse autant des aspirations horrifiques que dramatiques, à l’instar de son contemporain, Takashi Miike. L’œuvre, bâtie sur la thématique ésotérique du double qui nuit à son modèle, s’aventure sur le terrain de l’expérimentation filmique chère au cinéaste qui profite de cette nouvelle expérience pour peaufiner son autopsie d’une société japonaise moribonde. Dans son cadre grisâtre à l’orée de l’apocalypse, le métrage déroule avec une langueur monocorde un drame des plus singuliers. Hanté par son autre moi, son döppelganger, le héros fait un constat également double : celui de cet autre inquiétant et de la cristallisation de sa propre existence de laquelle le double devient un miroir révélateur. La mise en scène lourdaude renforce la dépression qui gangrène progressivement cet anti-héros incapable de s’accomplir et qui ne trouvera probablement de salut que dans l’anéantissement de ce semblable encombrant qui constitue son exact contraire. Un compagnon aussi destructeur que libérateur, à l’image de cette pellicule schizophrénique.
Fortement imprégné de fantastique, ce drame tourne souvent à la farce burlesque au gré de séquences volontairement allégées. Face au fardeau dramaturgique se dresse un îlot de légèreté où souffle une brise de
loufoque qui s’avère tout aussi rafraichissante que cinglante. Créant une rupture de ton évidente, ces détails exhaussent considérablement le poids de la dramaturgie autant que leur omniprésence ne la minent. Bâtard dans son traitement, schizophrénique dans sa thématique, Döppelganger entretient en outre cette dualité dans sa mise en scène, emplie d’effets de style qui soutiennent le poids symbolique de l’ensemble (les nombreux split screens, des champs/contre-champs audacieux). Mais, à force de s’enfoncer dans l’expérimentation formelle, Kurosawa fournit une narration ampoulée, érodée en outre par un montage hésitant qui termine de transformer l’intrigue en un road-movie nébuleux aux péripéties forcées (les nombreuses haltes de l’exode final).
Döppelganger semble dépossédé de cette verve propre au cinéma de Kurosawa. Au point que le métrage ne traite sa thématique qu’en surface pour lui préférer une esthétique foutraque qui s’avère aussi innovante par certaines de ses options qu’ennuyeuse par la redondance de ses effets.
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